Le 17 novembre prochain aura lieu l’évènement Hockey 911, un panel de discussion organisé par la Fondation de l’Hôpital général de Montréal et le Canadien. L’évènement est gratuit, mais le public est invité à faire des dons pour soutenir les soins critiques à l’Hôpital général de Montréal. Les discussions – virtuelles – tourneront autour du thème « Urgences en séries éliminatoires ». L’attaquant Brendan Gallagher et le DDan Deckelbaum, adjoint au médecin en chef du Tricolore, le DDavid Mulder, y participeront, et ils ont accepté de nous parler en marge de l’évènement.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Vous vous souvenez de la nouvelle de la retraite du défenseur Matt Niskanen ? Annoncée le 5 octobre, elle a toutefois vite été oubliée en raison du repêchage qui avait lieu le lendemain.

Brendan Gallagher, lui, s’en souvient.

Sur son compte TikTok, l’attaquant du Canadien a publié un montage où on revoit le double échec que Niskanen lui a asséné lors des dernières séries éliminatoires. À cela s’ajoutent des photos de ses visites chez le dentiste, qui avaient l’air aussi marrantes que ce qu’on peut imaginer.

Son commentaire qui accompagne le montage : « J’espère que Matt profite bien de la retraite. »

« Quand je m’ennuie, j’aime bien déconner un peu, nous lance Gallagher au bout du fil. C’était juste pour m’amuser ! »

Plus sérieusement, on sent Gallagher encore amer des évènements d’août dernier. Le Canadien est en retard 1-3 dans sa série contre les Flyers de Philadelphie, et le petit numéro 11 dispute, et de loin, son meilleur match de l’été, menant les siens à une victoire de 5-3 pour éviter l’élimination.

Mais en troisième période, Niskanen lui sert un double échec en plein visage, geste qui lui vaudra une suspension d’un match. Gallagher subit une fracture de la mâchoire, mais souhaite revenir au jeu. Sauf que Philadelphie remporte le match suivant pour éliminer Montréal.

Les Flyers ont été battus au tour suivant, puis Niskanen a annoncé sa retraite il y a un mois.

Étrangement, Niskanen n’a toujours pas parlé aux médias depuis son annonce surprise. Ni à Gallagher, d’ailleurs… « Quand Zdeno Chara m’a donné le double échec [à la trachée], il m’a contacté. Pas lui. C’est correct, c’est son choix.

« J’aurais aimé l’affronter de nouveau, poursuit Gallagher. Régler ça, ce n’est pas le bon terme. Mais il m’a sorti des séries. Il m’a privé de cette chance de jouer. J’aurais aimé compétitionner une nouvelle fois contre lui. »

Aujourd’hui, Gallagher considère sa mâchoire comme guérie, mais il devra se rendre chez le dentiste à son retour à Montréal. Le coup de Niskanen lui a déjà fait perdre une dent, « mais c’est possible qu’il y en ait quelques-unes qui suivent ».

Prêt à jouer

L’information ne surprendra pas beaucoup de gens, mais Gallagher était convaincu qu’il allait pouvoir disputer le match suivant, avant que les radiographies ne s’en mêlent. Le fait qu’il ait pu effectuer une autre présence après l’incident l’en avait convaincu.

« J’ai quand même terminé le match. Je me suis levé le lendemain et j’étais persuadé que je jouerais. Je passais la journée à l’hôtel, on avait congé, donc je récupérais. Mais j’ai dû passer des radiographies et en soirée, les médecins m’ont annoncé que je ne pourrais pas jouer. »

Le lendemain, jour du sixième match, Gallagher était opéré, ce qui impliquait qu’il sortait de la bulle où étaient confinés les joueurs. Pour la réintégrer, il aurait donc dû observer une quarantaine de quelques jours dans sa chambre d’hôtel.

« J’ai vu la première moitié du match avant d’entrer en salle d’opération. Si on avait gagné ce match, je serais immédiatement retourné à ma chambre pour commencer ma quarantaine. J’en aurais peut-être eu pour une semaine avant de pouvoir revenir au jeu. »

Le seuil de tolérance

Les images de Gallagher, la bouche ensanglantée, qui harangue les gilets orange, font déjà partie des grands moments de la carrière du petit numéro 11.

Le DDan Deckelbaum, adjoint au médecin en chef du Tricolore, a vu cette séquence en direct à la télévision. « Son seuil de tolérance à la douleur, tu pouvais le voir dans sa face ! », lance le DDeckelbaum, en riant.

Car justement, s’il y a une chose que cet incident a mise en relief, c’est le seuil de tolérance à la douleur de Gallagher. Il venait de disputer le tour de qualification en dépit d’une blessure à une hanche qui le faisait souffrir, et était prêt à continuer à jouer malgré une mâchoire cassée. On était loin des joueurs qui « se cassent un ongle et cherchent une excuse pour ne pas jouer », pour citer le directeur général Marc Bergevin.

« Gally est le premier à vouloir retourner sur la glace, pas seulement pour lui-même, mais pour l’équipe, rappelle le DDeckelbaum. Il veut juste être là pour l’équipe et c’est un vrai meneur. Mais de notre côté, on doit faire une évaluation complète du patient, afin de ne pas mettre sa santé à risque à son retour au jeu. »

« Certains joueurs ont un seuil de tolérance plus élevé tout en restant efficaces, ajoute Gallagher. De mon côté, je dis toujours qu’il y a une différence entre être blessé et en douleur. Quand tu es blessé [injured], tu ne joues pas. Quand tu es en douleur [hurt], tu peux quand même jouer. »

Peu importe le sport, les joueurs ne sont jamais à 100 %. De mon côté, j’évalue le risque. Peux-tu aggraver la blessure ? Peux-tu la gérer ? S’il y a un risque de subir une plus grosse blessure ensuite, tu ne dois pas jouer.

Brendan Gallagher

N’empêche, Gallagher a assurément un seuil de tolérance plus élevé que d’autres, surtout en séries. Le match du 21 août était le premier qu’il ratait en séries depuis le 27 avril 2009, quand il avait été laissé de côté par les Giants de Vancouver. Il en était à sa première saison dans les rangs juniors.

« Je ne pense pas que mon degré de tolérance soit spécial ! Tu t’y habitues. Au cours d’une saison, il y a certains jours où tu te sens moins bien. Souvent, c’est pire le matin, mais t’espères aller de mieux en mieux au fil de la journée.

« Pour ma part, si l’entraînement du matin d’un match est optionnel, et que je suis allé sur la glace récemment, je vais sauter mon tour. La meilleure façon de me préparer est de me reposer le matin et d’avoir une bonne activation avant le match. D’autres joueurs préfèrent sauter sur la glace et toucher un peu à des rondelles. »

De son côté, le DDeckelbaum devait se fier à ses homologues qui travaillent pour les Maple Leafs de Toronto et pour l’Association des joueurs afin d’évaluer le risque pour Gallagher. Les médecins des équipes ne faisaient pas partie des délégations qui se sont rendues dans la bulle à Toronto. Pour la mâchoire comme pour la hanche, il devait donc y avoir de la collaboration entre les joueurs, ces médecins et les médecins du Canadien.

« On était évidemment en contact très étroit, sur une base quotidienne, assure le DDeckelbaum. Ce n’était pas comme être sur place, mais c’était mieux que de ne pas être là du tout ! Les médecins des Leafs ont fait tout un travail. »