Depuis l’Europe, le vétéran a prodigué des conseils aux jeunes espoirs du Canadien

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Quand il a appris qu’il avait été repêché par le Canadien de Montréal le mois dernier, le Tchèque Jan Mysak n’a pas mis de temps à faire aller ses contacts.

Son objectif : joindre au plus vite le centre Tomas Plekanec, qui a disputé 984 matchs dans le maillot tricolore avant de rentrer en République tchèque il y a deux ans.

Le jeune homme a manifesté le désir de rencontrer le vétéran, ce que l’ancien du CH a bien sûr accepté. Mysak, choix de 2e tour (48e au total) du Canadien, se trouve présentement en Finlande pour y disputer le tournoi de la Coupe Karjala. Mais dès son retour, les deux joueurs auront certainement la chance de se croiser et de jaser.

La chose, en soi, n’est pas une nouvelle, puisque Rob Ramage, directeur du développement des joueurs à Montréal, avait annoncé cette rencontre au cours d’une visioconférence la semaine dernière.

Mais ce qu’on apprend maintenant, c’est qu’il est encore proche du Canadien. Il ne remplit aucun rôle « officiel », mais il aime bien se rendre disponible, « comme un ami », lorsqu’on lui demande un coup de main. Notamment pour discuter avec de jeunes joueurs qui s’apprêtent à amorcer leur carrière professionnelle.

Au cours des dernières semaines, il a donc discuté pendant une demi-heure par le truchement de la plateforme Zoom avec les espoirs repêchés par l’équipe, a-t-il souligné au cours d’une conversation avec La Presse. « Je leur ai expliqué un peu ce que ça impliquait de jouer dans la LNH, de jouer avec cette équipe », dit-il.

Il affirme apprécier ce nouveau rôle de mentor qu’il est appelé à remplir. Presque 20 ans après que le CH a fait de lui son choix de 3e tour (71e au total en 2001), il se revoit dans ces jeunes joueurs qui ont encore tout à apprendre.

Quand j’avais leur âge, j’aimais écouter les joueurs qui étaient là depuis longtemps. Ils m’ont toujours aidé.

Tomas Plekanec, ancien attaquant du Canadien de Montréal

Lorsqu’il a fait ses premiers pas à Montréal, c’est surtout vers son compatriote Jan Bulis et le Slovaque Richard Zednik qu’il s’est tourné.

Sa rencontre avec Jan Mysak l’aidera d’abord à en apprendre plus sur l’attaquant de 18 ans. Il se rappelle l’avoir affronté deux fois la saison dernière en Extraliga, principale ligue du pays, et sait de lui qu’il fait partie du groupe de « jeunes joueurs tchèques talentueux qui ont une grosse chance de jouer dans la LNH ». Pour le reste, il n’a vu ses exploits qu’à la télé.

Par ailleurs, même s’il n’a plus de lien formel avec le CH, Plekanec suit encore le quotidien de l’équipe de près.

Il connaît donc tous les détails de l’électrochoc qu’a administré le directeur général Marc Bergevin à son équipe avec l’acquisition, coup sur coup, de Jake Allen, Joel Edmundson, Josh Anderson et Tyler Toffoli. « Chaque été, les fans s’attendent à la grosse signature ; je crois que cette année, l’équipe s’est vraiment renforcée, souligne Plekanec. Ils ont fait du bon boulot, et je leur souhaite que ça se traduise par du succès sur la glace et un bon bout de chemin en séries éliminatoires. »

Même s’il a eu la chance de jouer au centre, comme partenaire de trio d’Alex Kovalev, aurait-il tout de même espéré, à l’époque, qu’on lui adjoigne un ailier costaud à la Josh Anderson ?

On ne l’y prendra pas.

« J’ai toujours eu de bons coéquipiers et de bons partenaires de trio, je ne regrette rien », dit-il en riant.

PHOTO JOSEF POLÁČEK, FOURNIE PAR LES RYTÍŘI DE KLADNO

Tomas Plekanec en action

Incertitude

On en fait peu de cas au Québec, qui entretient peu de liens avec la République tchèque, mais le petit pays de 10,7 millions d’habitants est présentement l’État le plus violemment touché par la pandémie de COVID-19 sur le continent européen.

Au cours des deux dernières semaines, ses quelque 1600 cas et 23 morts par 100 000 habitants représentaient un triste sommet au sein de l’Union européenne, selon les données publiées vendredi par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies.

« Ç’a commencé à très mal aller à la fin du mois de septembre », note Plekanec, dont tous les membres de la famille sont restés en santé. « Lentement, les choses s’améliorent. Lentement », répète-t-il.

Après avoir pu présenter quelques rencontres au début de septembre, la Liga, deuxième division du championnat tchèque, a dû stopper ses activités le temps que ne s’apaise la crise de santé publique. Il s’agit du circuit où évoluent les Chevaliers (Rytíři) de Kladno, club dont Plekanec est le capitaine et qui a été relégué au terme de la saison dernière.

Les entraînements reprennent peu à peu, mais aucune date de retour au jeu n’est encore arrêtée.

Ses 10 points en 8 matchs trahissent le calibre plus faible de la Liga, alors que le joueur a accumulé 33 points en 50 matchs la saison passée en première division. Cela ne l’empêche pas, à 38 ans, de garder vivante la flamme qui l’anime sur la patinoire, à plus forte raison maintenant qu’il joue dans sa ville natale.

Ce n’est certainement pas le propriétaire du club à Kladno, Jaromir Jagr, qui le poussera vers la retraite : à 48 ans, celui qui remplit aussi les fonctions de président de l’équipe est toujours actif sur la glace. Il n’a pas encore joué cette saison, mais devrait être en uniforme au moment où la ligue reprendra vie.

Avec 29 points, dont 15 buts, en 38 matchs l’an dernier, le numéro 68 n’est toujours pas prêt à dire ses adieux au hockey, assure son coéquipier.

« Il est encore bon ! s’exclame Plekanec. Évidemment, il n’est plus aussi rapide qu’il l’a déjà été, et il ne peut plus disputer autant de minutes, mais il peut être un joueur très efficace pour cette équipe. Surtout en avantage numérique, il peut encore marquer des buts. Il est tellement fort… »

PHOTO JOSEF POLÁČEK, TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK DES RYTÍŘI DE KLADNO

Jaromir Jagr, derrière le banc de l’équipe dont il est le propriétaire et au sein de laquelle il joue toujours.

Plekanec se voit disputer une ou deux autres campagnes et, bien qu’il se garde de parler de retraite, il avoue qu’il aimerait tenter sa chance comme entraîneur. « C’est difficile de savoir si je vais aimer ça sans l’avoir essayé », ricane-t-il.

Avec un bébé né il y a 10 mois et deux enfants de 5 et 9 ans nés à Montréal, le facteur familial pèsera lourd dans la balance au moment de planifier sérieusement son après-carrière.

« Un an à la fois » demeure le mot d’ordre pour l’instant.

À plus forte raison en contexte de pandémie, on ne l’en blâmera certainement pas.