« Comme tous les jeunes, je rêvais que mon nom soit sur la Coupe Stanley, je rêvais de jouer un septième match dans les séries. Mais ma vie a changé quand j’avais 18 ans. »

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

David Carle n’était pas différent de tous les autres espoirs qui espéraient être repêchés en 2008. Sauf que dans son cas, le rêve de jouer dans la Ligue nationale s’est évaporé du jour au lendemain. Il souhaite maintenant atteindre la LNH derrière le banc. Et il est sur la bonne voie !

Carle est l’entraîneur-chef des Pioneers de l’Université de Denver depuis 2018. C’est donc lui qui dirige notamment l’espoir du Canadien Brett Stapley, et c’est justement en fouillant sur Stapley qu’on est retombés sur l’histoire de l’entraîneur.

C’est bien malgré lui que Carle s’est retrouvé jeune en complet-cravate. Dans les jours qui précédaient le repêchage de 2008, il a reçu un diagnostic de cardiomyopathie hypertrophique. Cette maladie, qui touche entre 0,2 et 0,5 % de la population, « est caractérisée par [une] hypertrophie du muscle cardiaque qui peut provoquer un blocage à la sortie du cœur », écrit l’Institut de cardiologie de Montréal.

« Puisque le risque de mort subite est augmenté lors de l’activité physique intense, les patients atteints de cardiomyopathie hypertrophique doivent éviter tout sport compétitif », lit-on aussi.

C’est ici que ça se complique pour Carle, qui a donc aussitôt été forcé à la retraite. Son histoire avait fait la manchette à l’époque, et le Lightning de Tampa Bay s’était servi de son choix de 7e tour (203e au total) pour le sélectionner, de façon honorifique.

N’eût été son état de santé, il aurait pu être repêché plus tôt. La Centrale de recrutement de la LNH l’avait classé au 60e rang des patineurs nord-américains, tout juste derrière Derek Stepan (58e) et devant Adam Henrique (65e), deux joueurs qui connaissent depuis une belle carrière.

La LNH, c’est assurément quelque chose qui m’intéresse. J’ai seulement 30 ans et c’est la meilleure ligue au monde. Je ne veux pas penser trop loin, mais si la chance se présente un jour, je serai heureux de la saisir.

David Carle, entraîneur-chef de l’Université de Denver

« Mais j’adore Denver et je dois tout à cette université. Ça prendrait une offre très spéciale pour que je parte. »

Parcours bien rempli

Cette loyauté entre Carle et le programme de Denver, elle va dans les deux sens.

Quand l’homme natif de l’Alaska a reçu son diagnostic, il avait déjà été recruté par les Pioneers. Ils souhaitaient tout de même respecter son engagement envers lui ; il a donc été invité à se joindre à l’équipe à titre d’étudiant-assistant.

« D’année en année, j’obtenais plus de responsabilités. À la fin, je faisais beaucoup de vidéo, j’étudiais les tendances de nos futurs adversaires [prescout], je faisais de l’enseignement individualisé, du développement des habiletés. C’était une excellente expérience, raconte Carle. George Gwozdecky et Derek Lalonde [les entraîneurs] m’ont traité de façon incroyable. Ils ont compris que j’étais dans une position inconfortable, parce que j’assistais aux rencontres des entraîneurs et j’habitais en résidence avec les joueurs ! »

Carle se souvient d’un moment précis, pendant la troisième de ses quatre années comme étudiant-assistant, où il a réalisé qu’il pourrait très bien faire carrière comme entraîneur.

« Pendant un entraînement, Derek [Lalonde] et moi, on déplace les buts pour permettre aux joueurs de faire un exercice de patinage. Et Derek me dit : “tu vas faire ça à temps plein, n’est-ce pas ? » Je lui ai répondu que je ne le savais pas, que je n’y avais juste jamais pensé. Et il m’a répondu : ‘tu devrais, tu es bon pour ça ! » »

Lalonde — aujourd’hui entraîneur adjoint chez le Lightning — ne s’est pas contenté de paroles vides. En 2011-2012, il devient entraîneur-chef des Gamblers de Green Bay, dans la USHL. L’année suivante, il embauche Carle comme adjoint, le temps de deux saisons. Carle retourne ensuite à l’Université de Denver, où le coach, Jim Montgomery, cherchait un adjoint.

« Je me souviens de la conversation avec Monty [Jim Montgomery], se remémore Lalonde. Monty voulait engager David, mais il était encore un jeune de 24 ans ! Monty se demandait si David était prêt pour un poste à temps plein à l’université. Je lui ai demandé de me faire confiance. Un an plus tard, Monty m’a remercié. Il m’a dit : tu avais entièrement raison. »

Carle devient ensuite entraîneur-chef de l’équipe en 2018, en remplacement de Montgomery, nommé entraîneur-chef des Stars de Dallas.

Quand Jim est parti pour la LNH, tous les gars voulaient que DC obtienne le poste. La façon dont il a géré l’adversité dans une période très difficile, tout le monde peut s’en inspirer et tenter de l’appliquer à sa propre vie.

Brett Stapley

À sa première saison comme pilote, Carle a mené les Pioneers au Frozen Four, le carré d’as du championnat national universitaire. Le tournoi a été annulé la saison dernière, pour les raisons que l’on connaît tous. En deux campagnes avec Carle comme entraîneur-chef, Denver montre une fiche de 45-21-11.

Bref, son parcours est celui de bien des entraîneurs, sauf qu’il l’a vécu 20 ans plus jeune que la plupart d’entre eux. « Son approche, sa maturité étaient incroyables, se souvient Lalonde. Il rêvait d’être repêché au 2e tour et tout d’un coup, ça devient impossible. Mais il ne s’est jamais senti comme une victime, il ne s’est jamais apitoyé sur son sort. »

L’histoire de Carle semble peut-être anormale de l’extérieur, mais à ses yeux, elle ne l’est pas.

« Je ne prends pas de médicaments. J’ai une forme très légère de la maladie, et beaucoup de gens en ont une forme bien pire que la mienne. Je subis deux examens par année, avec les meilleurs cardiologues au pays. Je suis entre très bonnes mains, je fais mes exercices et je surveille mon alimentation.

« Je vis une vie normale, outre le fait que je ne puisse pas jouer au hockey. Mais je ne fais plus de tests VO2 Max ! »