C’est l’histoire du gars qui se rend au magasin pour acheter Reckless, principalement pour Heaven et Run to You. Arrive au côté B, il découvre que c’est Ain’t Gonna Cry qui est en fait la meilleure chanson de la cassette. Belle surprise !

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Pourquoi vous parle-t-on de Bryan Adams ce matin ? Parce que le Canadien a eu droit à des surprises du genre, ces dernières années, avec des choix tardifs de repêchage.

Lors de sa visioconférence avec les médias la semaine dernière, Rob Ramage s’est fait demander quel espoir du Canadien, à son avis, passe quelque peu sous le radar et n’obtient pas toute l’attention méritée. Et c’est un lointain choix de 7e tour qu’il a nommé.

« On a Brett Stapley, qui est un moteur de l’attaque à l’Université de Denver. Il va disputer sa troisième année et il progresse très bien », a répondu le directeur du développement des joueurs du Tricolore.

Évidemment, la remarque s’est rendue au jeune homme. Des amis l’en ont averti. Son agent aussi.

« J’étais content d’entendre ça. Rob a raison : on ne parle pas beaucoup de moi !, lance le joueur de 21 ans au bout du fil.

Quand on parle peu de toi, tu peux t’en servir comme motivation pour prouver aux gens qu’ils ont tort.

Brett Stapley

« Le rang de repêchage importe peu. Certains joueurs repêchés tardivement ont de belles carrières, tandis que des choix de premier tour n’arrivent jamais à se développer. C’est assez intéressant de voir comment se construisent les attentes autour des joueurs. »

Stapley évoque son rang de repêchage, parce que c’est précisément ce qui explique que l’on parle peu de lui. Il a attendu au 190e rang pour être repêché, en 2018, et ce, après avoir été ignoré à sa première année d’admissibilité, en 2017.

Si on ajoute au portrait sa taille modeste (5 pi 10, 177 lb), Stapley incarne parfaitement le rôle du négligé, et c’est tout à fait normal. Après tout, en calculant aussi le repêchage de 2017, 406 joueurs lui ont été préférés avant qu’on arrive à lui ! Sauf qu’il a dépassé quelques-uns de ces 406 joueurs depuis, rappelant que le rang de repêchage n’est pas non plus une finalité.

C’est ce que l’entraîneur-chef de Stapley à Denver, David Carle, a souligné.

« Une fois que tu es repêché, le rang importe peu, mentionne Carle, à La Presse. Montréal a eu combien, 35 choix dans les trois dernières années [29 choix] ? Vous avez posé la question à Rob et il a nommé Brett. Il se fout bien que Brett soit un choix de 7e tour. Tout ce qu’il voit, c’est un bon joueur de hockey. »

En progression

La saison dernière, Stapley a inscrit 30 points (5 buts, 25 passes) en 35 matchs, une nette progression par rapport à ses 19 points en 32 sorties un an plus tôt. Ses statistiques sont donc plus que respectables, mais il importe de rappeler qu’il a déjà 21 ans et qu’il a disputé sa première année universitaire à 19 ans, plutôt qu’à 18 ans comme le font les meilleurs espoirs.

David Carle est bien placé pour décrire sa progression, puisqu’il a aussi participé au processus de recrutement du Britanno-Colombien.

Quand on le voyait jouer dans le junior, ce qui ressortait, c’était son sens du hockey, sa capacité à faire des jeux, à gagner des batailles 50-50 pour la rondelle. Aujourd’hui, on voit encore ces qualités, et on voit de l’amélioration.

David Carle, entraîneur-chef à l’Université de Denver

« Dans le junior, il prenait souvent des punitions d’indiscipline ; tranquillement, il élimine cela de son jeu. Il s’améliore aux mises au jeu. Son rythme est meilleur quand il monte avec la rondelle. Sa force sur ses patins [edges] est impressionnante. Et il est très intelligent. »

Ni Carle ni Stapley n’ont voulu entrer dans le jeu des comparaisons. Mais en lisant entre les lignes, on comprend qu’on n’a pas affaire à un futur magicien du hockey, mais plutôt à un joueur assez complet, un peu comme ce que devient Jake Evans.

Un an ou deux

Stapley a encore droit de jouer deux saisons au collège, dont celle qui commencera dans quelques semaines. Compte-t-il disputer ces deux saisons avant de faire le saut chez les professionnels ?

« Je ne le sais toujours pas. J’aimerais vraiment gagner un championnat national et décrocher mon diplôme », explique-t-il. Dans l’intervalle, c’est Rob Ramage qui assure principalement le lien entre le jeune homme et l’organisation. « Il me donne de bons conseils. En temps normal, j’ai de ses nouvelles environ aux deux semaines, et il a assisté à quelques-uns de mes matchs. »

Si le Canadien en vient à lui offrir un contrat, Stapley aurait donc la chance de prouver une nouvelle fois que le 7e tour sourit à Trevor Timmins.

C’est un choix de 7e tour, tout comme Jake Evans, comme Cayden Primeau. C’est le 7 chanceux !

Rob Ramage, directeur du développement des joueurs du Canadien, la semaine dernière

Car quoi qu’en disent Stapley et Carle, il y a bien une raison pour laquelle certains attendent aussi longtemps avant d’être réclamés. À titre indicatif, entre les repêchages de 2011 et 2015, 24,6 % des choix de 7e tour ont fini par jouer un match dans la grande ligue. Ondrej Palat est toutefois le seul véritable joueur d’impact, mais Dominik Kubalik et Nikita Gusev pourraient aussi revendiquer ce statut si la saison 2019-2020 est représentative de ce qu’ils offriront pour la suite de leurs carrières.

Les chances de trouver un pilier au 7e tour sont donc minimes. Mais pour des choix aussi tardifs, le simple fait que le joueur atteigne la LNH constitue une victoire en soi pour une organisation. Pour chaque Jack Evans, pour chaque Cayden Primeau, il y a plusieurs Arvid Henrikson, John Westin et Colin Sullivan. Stapley est déterminé à terminer dans la première catégorie.