Les commentaires dithyrambiques envers les espoirs du Canadien en défense semblent se multiplier récemment

Publié le 3 nov. 2020
Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Ces analyses et ce concert d’éloges tiennent-ils la route ? Le CH aura-t-il vraiment « trop » de bons défenseurs dans trois ou quatre ans ? Permettons-nous aujourd’hui un portrait des principaux candidats. Jeudi, nous comparerons ce groupe avec les cuvées des autres années et enfin, vendredi, nous analyserons les décisions prises par des équipes de la LNH ayant eu un trop-plein de bons jeunes défenseurs ces dernières années.

Alexander Romanov, le plus acclamé de tous pour l’instant, ne constitue plus un défenseur de calibre junior.

Romanov a joué deux ans pour le meilleur club en Russie, le CSKA Moscou. Il a été proclamé défenseur par excellence au Championnat du monde junior en 2019.

Le Russe a été nommé au sein de l’équipe d’étoiles de ce même Championnat en 2020. Lors des deux années précédentes, en 2017 et en 2018, Thomas Chabot, Charlie McAvoy, Rasmus Dahlin et Cale Makar – quatre vedettes dans la LNH aujourd’hui – ont constitué les heureux élus. Il y a toujours des exceptions, comme Brandon Gormley en 2012, qui n’a pas percé, mais généralement, de tels honneurs ne trompent pas.

Romanov, repêché au deuxième tour en 2018, a fait un pas de plus l’été dernier. Après l’avoir vu s’entraîner avec ses pairs pendant plusieurs semaines dans la bulle à Toronto, Marc Bergevin comme Claude Julien l’ont presque assuré d’un poste au sein du top 6 pour la prochaine saison. Les gestionnaires du monde du hockey sont généralement plus prudents avec leurs recrues.

« Ce sera un jeune défenseur qui, à 23-24 ans, nous donnera 24-25 minutes contre les meilleurs trios adverses, m’avait confié Bergevin en février. Le genre de défenseur qu’on envoie sur la glace pour protéger une avance, jouer en infériorité numérique, peut-être jouer les 30 dernières secondes de la supériorité numérique quand tu sais que l’autre équipe revient avec son gros trio. Mais il faut lui donner du temps. Un défenseur comme ça, je le considère aussi important qu’un défenseur capable d’obtenir 60 points, mais à risque. »

Mattias Norlinder

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Mattias Norlinder

Mattias Norlinder a accordé plusieurs entrevues au Québec cette semaine. Ce choix de troisième tour en 2019 a fait le saut en première division suédoise (SEL) avec Frölunda cette saison et malgré ses 20 ans, il vient déjà au troisième rang chez les défenseurs de son équipe au chapitre de l’utilisation.

Son entraîneur, Roger Rönnberg, a œuvré avec les équipes nationales de la Suède de 2007 à 2013. À Frölunda, où il travaille depuis sept ans, il a dirigé les défenseurs John Klingberg, Erik Gustafsson et Rasmus Dahlin, premier choix au total en 2018.

Cela ne fait aucun doute pour lui, un défenseur hors pair attend le Canadien. « De tous les défenseurs offensifs que j’ai dirigés à Frölunda, il possède les meilleures qualités défensives, a-t-il déclaré au confrère Patrik Bexell, du site habseyesontheprize.com. Il joue pour faire gagner son équipe. Il possède une incroyable fondation. Il est brillant quand il n’a pas la rondelle. Il y a tellement de dimensions à son jeu. »

Le compliment est de taille. Une telle sommité ne mettrait pas sa réputation en jeu pour vanter un garçon de 20 ans. Rönnberg n’a aucun compte à rendre au Canadien non plus.

Rönnberg n’est pas le seul. L’entraîneur de Norlinder à Modo l’an dernier, Björn Hellkvist, a été lui aussi fort élogieux au terme de la saison 2018-2019.

« Je devrais être prudent, mais je ne le serai pas, a-t-il confié à ce même Patrik Bexell, établi en Suède. Il sera défenseur dans la LNH. Il a toutes les qualités. Je ne le vois pas échouer. Il aura besoin d’une autre saison ou deux, mais je crois qu’il pourrait déjà jouer dans la Ligue nationale en 2020-2021. Tobias Enstrom [l’ancienne star des Jets de Winnipeg] est devenu un meilleur défenseur avec lui. Mattias pourrait jouer avec n’importe qui, il est bon à ce point, mais de constater qu’il a eu un tel impact sur un vétéran comme Toby était incroyable. »

Bergevin suit évidemment cet espoir suédois de près. Au collègue Jean-François Chaumont, il a déclaré il y a quelques semaines que Norlinder constituait le meilleur espoir de l’équipe après Romanov.

Jordan Harris et les autres

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Jordan Harris au camp des recrues du Canadien en 2019

L’autre sujet de reportage cette semaine, Jordan Harris, a été le seul espoir cité par Claude Julien après Romanov lors de son plus récent point de presse.

Harris, un choix de troisième tour en 2018, a 20 ans. Il était membre de la première paire de défenseurs de l’équipe américaine au Championnat du monde junior l’an dernier. Comme Norlinder et Romanov, il peut jouer à gauche comme à droite même s’il lance de la gauche.

À 19 ans, Harris jouait déjà entre 25 et 27 minutes à l’Université Northeastern, dans la NCAA. « Il jouera entre 27 et 30 minutes cette année », a confié son entraîneur, Jim Madigan, à Grant McCagg, du site recrutes.ca.

Madigan ne doute pas du succès de son protégé dans la LNH. « Il pourra quitter la NCAA et faire le saut directement comme nos anciens défenseurs Josh Manson et Matt Benning, dit-il. Il est tellement fiable. C’est un patineur extraordinaire et il fait toujours le bon jeu. Je ne veux pas le comparer à Nicklas Lidstrom, mais ce gars-là, même s'il n'était pas spectaculaire, possédait des habiletés incroyables et un extraordinaire coup de patin sans pour autant transporter la rondelle d’un bout à l’autre de la patinoire. Jordan est comme ça. »

L’entraîneur de Northeastern vante-t-il ainsi tous ses joueurs ? En 2019, le site theathletic.com lui a ouvert la porte à propos de son meilleur défenseur cette année-là, le Montréalais Jeremy Davies, sur le point de faire le saut dans les rangs professionnels après avoir obtenu 36 points en 37 matchs. « Il doit améliorer son jeu défensif, son jeu sans la rondelle. C’est un défenseur offensif très cérébral, mais au prochain niveau, on ne peut battre ses adversaires en étant plus futé, car ils sont tous très futés. »

Davies a été échangé des Devils du New Jersey aux Predators de Nashville avec des choix au repêchage pour P.K. Subban avant de disputer un match dans l’organisation des Devils. Il a passé l’hiver dans la Ligue américaine. Il aura 24 ans en décembre. Il commence à se faire tard.

Jayden Struble, un défenseur gaucher lui aussi, coéquipier de Harris avec les Huskies, a été repêché au deuxième tour en 2019. Il possède de très belles qualités athlétiques. Il pourrait obtenir un poste avec l’équipe junior américaine en prévision du Championnat du monde cette année.

Madigan voit aussi Struble dans la LNH éventuellement. « C’est un patineur fantastique, mais sur une note de cinq, Jordan [Harris] mérite un cinq à titre de patineur de la LNH, confie Madigan à Grant McCagg. Jayden patine bien, mais Jo est à un niveau supérieur. »

Il faudra attendre la deuxième saison de Struble dans la NCAA et voir son impact au Championnat du monde, s’il y participe, avant de se prononcer davantage.

Malgré l’abondance de bons défenseurs gauchers, le Canadien a repêché Kaiden Guhle au premier tour, 16e au total, cette année. Marc Bergevin n’a pas tari d’éloges à son endroit. Ni l’entraîneur-chef de l’équipe nationale canadienne junior, André Tourigny, par ailleurs.

Comme dans le cas de Struble, il faudra attendre ses performances au Championnat du monde junior, et une autre saison à Prince Albert, dans la Ligue junior de l’Ouest, avant de se faire une idée plus claire et de les placer devant Romanov, Norlinder et Harris dans la hiérarchie.