Le nouveau directeur général des Coyotes de l’Arizona, Bill Armstrong, a le mérite d’être franc : il a accepté le poste par défaut, après avoir échoué dans sa tentative de succéder à Dale Tallon en Floride.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

« Je me suis enfermé au bureau pendant deux semaines après avoir raté la chance d’être embauché en Floride et j’ai écrit mon plan pour les Coyotes », a-t-il déclaré ces derniers jours à une balado de lArizona consacrée à léquipe.

« Je suis toujours meilleur quand je suis fâché. La Floride m’a donné une belle chance d’obtenir l’emploi. Mais j’étais vraiment furieux de ne pas avoir été embauché. Les Coyotes m’ont appelé deux semaines plus tard. J’avais eu quelques semaines pour faire mes recherches. J’étais prêt pour l’interview… »

Il faut être un peu cinglé pour accepter un tel poste. Ou complètement désespéré. Armstrong est sans doute un peu des deux.

Notre homme, âgé de 50 ans, a passé les 15 dernières années dans l’organisation des Blues de St. Louis. Il a été recruteur, directeur du recrutement en 2010 après le départ de Jarmo Kekalainen, puis promu adjoint au DG Doug Armstrong (aucun lien de parenté) en 2018.

On demande à Bill Armstrong d’aller à la chasse à l’ours avec un couteau à beurre, pour reprendre la fameuse expression de Pat Burns : il doit reconstruire les Coyotes avec une banque d’espoirs plutôt mince et un seul choix parmi les trois premiers tours (un choix de troisième tour) en deux ans.

Son prédécesseur, John Chayka, plus jeune DG de l’histoire de la LNH à 26 ans lors de son embauche en 2016, a laissé l’organisation dans un état lamentable.

Taylor Hall a disputé 44 matchs en Arizona. Il a coûté un choix de premier tour en 2020 (18e au total), Dawson Mercer, repêché par les Devils, un solide espoir en défense, Kevin Bahl, repêché au deuxième tour en 2018, et l’attaquant Nick Merkley, 23 ans, repêché au premier tour en 2015.

Les Coyotes ont aussi été privés d’un choix de premier tour en 2021 et d’un choix de deuxième tour en 2020 parce que Chayka n’a pas respecté les règles de la LNH en matière de recrutement : ils ont tenu une séance d’essai privée pour des espoirs sans y avoir le droit.

« Nous n’avons pas de choix de premier tour pour deux ans, c’est un peu décourageant, admet Armstrong. Mais il n’y a pas d’excuses. Je savais dans quoi je m’embarquais… »

Les effectifs vieillissent en Arizona. Leur premier ailier droit, Phil Kessel, a 33 ans. Il vient de connaître sa pire production offensive en presque 15 ans avec 14 buts. Le deuxième centre, Derek Stepan, a 30 ans. Il a obtenu 28 points, dont 10 buts, en 70 matchs. Le meilleur compteur de l’équipe, Nick Schmaltz, est plus jeune à 24 ans. Il a amassé 45 points. Il ne doit pas être loin de son plateau. L’autre centre « offensif », Christian Dvorak, n’a jamais dépassé la marque des 40 points en une saison.

Trois des cinq premiers défenseurs ont 32 ans ou plus. Alex Goligoski est âgé de 35 ans, Niklas Hjalmarsson de 33 ans et Jason Demers, de 32 ans. Les deux gardiens, Antti Raanta et Darcy Kuemper, ont tous les deux plus de 30 ans.

Chayka a pourtant bien commencé son mandat en obtenant du Wild du Minnesota un choix de premier tour en 2017 et de deuxième tour en 2018 pour les joueurs de location Martin Hanzal et Ryan White. Il a aussi acquis un choix de troisième tour pour le gardien Mike Smith.

Il aurait dû poursuivre le processus de reconstruction avec cette équipe déjà vieillissante à l’époque. Mais il a vite gaspillé ce choix de premier tour (7e au total) et un excellent jeune défenseur récemment acquis, Tony DeAngelo, pour un gardien, Raanta, et Stepan.

DeAngelo, 25 ans, vient d’amasser 53 points, dont 15 buts, en 65 matchs avec les Rangers. Il vient de signer un contrat de deux ans pour presque 5 millions annuellement.

New York serait dans une meilleure position encore s’ils n’avaient pas repêché Lias Andersson au septième rang. Nick Suzuki, Robert Thomas, Gabriel Vilardi et Martin Necas étaient encore disponibles. Les Rangers viennent de récupérer un choix de fin de deuxième tour en 2020 pour Andersson.

Kessel a coûté Alex Galchenyuk (obtenu pour Max Domi) et le défenseur Pierre-Olivier Joseph, repêché au premier tour en 2017.

Avec si peu de choix et d’espoirs, Bill Armstrong a tenté d’échanger son meilleur défenseur, Oliver Ekman-Larsson, pour obtenir de bons jeunes éléments. Il a négocié avec les Bruins et les Canucks, sans succès. Vendredi, Armstrong a annoncé aux médias que sa formation allait probablement demeurer intacte en prévision de la prochaine saison.

Il y a tout de même quelques bons éléments autour desquels construire. Le premier choix de 2018, Barrett Hayton, repêché au cinquième rang, aura sa chance cette saison. Il avait obtenu 12 points en 7 matchs au Championnat mondial junior avant de se blesser gravement à une épaule lors de son rappel dans la Ligue nationale.

Le défenseur droitier Victor Soderstrom, premier choix du club en 2019, 11e au total, a obtenu cinq points à ses sept premières rencontres en deuxième division suédoise cet automne. Il a amassé six points en sept matchs au Championnat mondial junior.

Jakob Chychrun, 22 ans, est déjà un pilier en défense. Clayton Keller, 22 ans, est un attaquant de qualité. Il n’a jamais pu répéter sa production de 65 points à son année recrue, mais son potentiel demeure. Connor Garland, 24 ans, a surpris avec 22 buts.

Mais les Coyotes demeurent une formation remplie de trous. Voyons qui de Bill Zito, en Floride, et Bill Armstrong, en Arizona, saura relancer son organisation le plus rapidement…

Une autre tuile…

Bill Armstrong n’est pas au bout de ses peines. Une autre tuile s’est abattue sur lorganisation lundi matin. Les Coyotes et leur président Xavier Gutierrez ont annoncé leur intention de promouvoir la diversité dans leur entreprise et de combattre le racisme. Mais on vient d’apprendre que le premier joueur repêché par les Coyotes cette année (au quatrième tour), Mitchell Miller, a admis en Cour juvénile de l’Ohio il y a quelques années avoir persécuté un camarade de classe de race noire, non seulement avec ses mots dégradants, mais ses poings…

À LIRE

On a demandé à Simon-Olivier Lorange de faire le portrait de Josh Anderson, l’une des quatre acquisitions de Marc Bergevin. Non seulement a-t-il parlé à Anderson, mais aussi au DG de son équipe junior, Mark Hunter, à ses anciens coéquipiers de la Ligue américaine, Michael Chaput et Frédéric St-Denis, et même au responsable des supériorités numériques à Columbus en 2018, le légendaire Martin St-Louis. Un travail colossal de recherche.