Carey Price. P.K. Subban. Josh Anderson. Trouvez l’intrus.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Certains diront que c’est Price, parce que son numéro n’est pas dans les 70. D’autres choisiront Subban, le seul qui n’a jamais gagné la Coupe Calder.

Ce qui relie les trois ? Ce sont maintenant les seuls à avoir signé un contrat de plus de six ans avec le Canadien. Anderson s’est joint à ce groupe sélect, jeudi, en signant une entente de sept ans et 38,5 millions de dollars avec le Tricolore.

PHOTO JEFF ROBERSON, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le Canadien de Montréal a consenti un contrat de sept ans d’une valeur totale de 38,5 millions US à l’attaquant Josh Anderson, jeudi soir.

Les sommes ne sont pas les mêmes, remarquez. Les ententes de Price (10,5 millions par saison) et Subban (9 millions) n’étaient pas dans la même stratosphère que celle d’Anderson (5,5 millions).

Mais Price comptait un trophée Hart, un trophée Jennings et une médaille d’or olympique quand il s’est entendu pour huit ans avec le CH en 2017. Subban, lui, avait un trophée Norris à son actif au moment de signer une entente de huit ans avec Montréal, en 2014.

Anderson ? Son fait d’armes dans la LNH jusqu’ici est une saison de 27 buts, réalisée en 2018-2019. Pas de trophées individuels. Il compte trois bagues de championnat, mais à des niveaux inférieurs (deux au niveau junior, une dans la Ligue américaine).

En ce sens, c’était lui, l’intrus.

La troisième fois sera-t-elle la bonne ?

Mais à défaut des trophées, Anderson apporte quelque chose que le Canadien n’a pas et qui, dixit Bergevin, ne court pas les rues : un mélange de robustesse, de vitesse et d’habiletés offensives.

Au cours de la saison 2018-2019, Anderson a été l’un des 4 joueurs à marquer plus de 20 buts et à distribuer au moins 200 mises en échec – les autres étant Alexander Ovechkin, Blake Coleman et Tom Wilson. Ces trois-là comptent aujourd’hui une bague de la Coupe Stanley. Et Coleman, comme Anderson chez le Canadien, apportait au Lightning un élément nouveau dans un groupe d’attaquants relativement petits.

Ajoutons que Bergevin tente de corriger cette lacune depuis son arrivée en poste. On retiendra que l’automne 2020 sera sa troisième tentative concertée à cet effet, mais peut-être celle qui a le plus de chances de réussir.

À l’été 2013, il avait ajouté les poids lourds George Parros et Douglas Murray à son équipe, qui venait de passer la saison à se faire tabasser par les Maple Leafs et les Sénateurs. Bergevin avait aussi repêché les hommes forts Michael McCarron et Connor Crisp cette année-là. Au bout du compte, Parros et Murray ont vu leur carrière prendre fin à Montréal, Crisp n’a jamais atteint la LNH et McCarron ne s’y est jamais établi.

Nouvelle tentative à l’hiver 2017. Cette fois, c’est à la date limite des transactions que Bergevin passe à l’action. Ses prises : Dwight King, Andreas Martinsen et Steve Ott, moins costaud que les deux premiers, mais robuste. Comme pour Murray et Parros, ce fut aussi la fin des émissions pour King et Ott dans la LNH.

Cette fois, Bergevin s’est d’abord offert un colosse, le défenseur Joel Edmundson, qui a 27 ans. Et voilà qu’il ajoute Anderson, un joueur de 26 ans dont le coup de patin lui assure une certaine longévité.

En fait, la plus grande inquiétude l’entourant était sa santé, puisque sa dernière saison a été gâchée par des blessures aux deux épaules, dont une qui a entraîné une opération. Mais le Tricolore a eu accès au dossier médical d’Anderson, et des joueurs ayant eu des opérations semblables s’en sont tirés sans séquelles.

Reste maintenant à voir ce qu’un Anderson en santé pourra accomplir. Sa campagne de 27 buts il y a deux ans était l’aboutissement de trois saisons de progression constante (17 buts en 78 matchs en 2016-2017, 19 buts en 63 matchs en 2017-2018). Il y a donc lieu de croire qu’il ne s’agissait pas d’une anomalie statistique.

C’est aussi ce qu’espérera Bergevin, sans quoi il trouvera l’entente longue. Il existe de dangereux précédents de contrats à long terme à des attaquants de puissance ; le nom de David Clarkson a notamment été évoqué par quelques-uns. Mais Clarkson avait 29 ans quand il a signé son contrat de 7 ans avec Toronto.

L’entente d’Anderson est aussi assortie d’une clause de non-échange, mais selon CapFriendly, les clauses ne sont pas très contraignantes. Pour les années 2 à 4, le joueur peut soumettre une liste de huit équipes où il ne veut pas être échangé. Pour les années 5 à 7, cette liste n’est plus que de cinq équipes.

Tranquille sur le marché…

Avec tout ça, l’ouverture du marché des joueurs autonomes, vendredi, s’annonce tranquille à Montréal. Selon nos calculs, Bergevin détient une marge de manœuvre de 2 millions, en projetant une entente de 1 million à Victor Mete, joueur autonome avec compensation.

À moins que Bergevin n’arrive à larguer deux contrats dans les prochaines heures, le DG n’aura pas le budget pour Taylor Hall, qui était associé au Canadien par l’informateur Darren Dreger.

Parlant de Hall… Il faudra surveiller – tiens donc – les Blue Jackets ! Leur DG, Jarmo Kekalainen, s’est délesté de près de 12 millions jeudi, en rachetant le contrat d’Alexander Wennberg et en échangeant les défenseurs Markus Nutivaara et Ryan Murray.

Max Domi pourrait donc passer, en quelques mois, de Jordan Weal à Taylor Hall comme ailier gauche. On le devinerait heureux, cette fois.