« Vous faites bien d’apprendre à dire son nom, car vous allez le répéter souvent ! »

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Au bout du fil, Marcel Goc rigole lorsque La Presse lui demande la manière exacte de prononcer le nom de l’Allemand Tim Stützle (1), espoir européen le mieux coté en vue du repêchage de la LNH. Le top 5 lui semble assuré, probablement même le top 3.

Goc est possiblement la personne la mieux placée pour parler de son jeune compatriote. Lui-même un choix de premier tour des Sharks de San Jose en 2001 (20e au total), il a disputé 636 matchs en Amérique du Nord avant de retraverser l’Atlantique pour conclure sa carrière dans son pays natal. À Mannheim, dans la DEL, principale ligue allemande, il a été le coéquipier de Stützle la saison dernière. Et le voilà maintenant derrière le banc à titre d’entraîneur adjoint.

Quand Stützle est arrivé dans le vestiaire des Aigles la saison dernière, à 17 ans à peine, il n’a pas du tout été intimidé, assure Goc.

« Il s’est senti à l’aise tout de suite et n’a fait que s’améliorer pendant l’année, explique le vétéran de 10 saisons dans la LNH. C’est un superbe joueur d’attaque. Il s’est tout de suite retrouvé sur l’avantage numérique. C’était emballant de le voir aller ! »

S’alignant désormais avec l’Eisbären Berlin, l’ancien du Canadien Maxim Lapierre a lui aussi pu voir Stützle à l’œuvre en 2019-2020. Selon lui, la réputation du jeune homme est loin d’être surfaite.

Ce n’est pas lui qui suit le groupe, c’est lui qui le mène. Pour un jeune de son âge, c’est assez spécial.

Maxim Lapierre

Stützle est identifié comme un ailier gauche par la centrale de recrutement de la LNH, mais on l’emploie au centre à Mannheim. On vante ses qualités de maniement de rondelle, principalement en espace restreint, de même que son coup de patin.

« Il n’a pas à craindre de perdre le disque, car il a ce qu’il faut pour aller le récupérer », analyse Marcel Goc. Selon lui, sa prise de décision est peut-être l’aspect que Stützle gagnerait le plus à développer, « mais ça vient seulement avec l’expérience », précise-t-il.

En outre, à 6 pi 1 po et 187 livres, il peut encore prendre du coffre, ce qu’il a d’ailleurs fait pendant la saison morte, témoigne son entraîneur. Ce faisant, il « sera encore plus efficace dans les batailles serrées le long de la bande et devant le filet ».

« C’est important pour lui, car dans la LNH, tout le monde est plus rapide, plus fort. Certains gars semblent gros et lourds, mais ils savent patiner ! », ajoute encore Goc.

Apprentissage

En téléconférence avec des représentants des médias la semaine dernière, Tim Stützle est apparu détendu, en pleine possession de ses moyens. Dans un anglais impeccable, il a répondu à chaque question calmement, avec le sourire.

Il s’est notamment dit reconnaissant d’avoir pu profiter d’une nouvelle disposition prévue par la fédération allemande pour les équipes de la DEL, soit celle d’ajouter deux postes supplémentaires par formation pour des joueurs nationaux de moins de 23 ans. Stützle a saisi cette chance et s’est imposé avec 34 points en 41 matchs, une performance bonne pour le titre de recrue de l’année dans le circuit.

Il a en outre salué le fait d’avoir pu calquer sa routine sur celle de joueurs chevronnés, notamment ses quelques coéquipiers qui ont goûté à la LNH – Goc, bien sûr, mais également Andrew Desjardins et Ben Smith.

« J’ai beaucoup appris des vétérans, notamment en observant leur manière de s’alimenter, de se préparer à un match, a-t-il dit. Chaque jour, je devais être un professionnel à 100 %. »

Cette cohabitation imposée n’a pas de prix, estime Maxim Lapierre. Il a pu le constater à Berlin avec son compagnon de trio Lukas Reichel, qui est aussi pressenti pour devenir un choix de premier tour cette semaine.

« Les jeunes savent qu’ils vont être dans la formation, ça leur enlève de la pression, précise le Québécois. C’est tellement bon pour leur développement… Ils arrivent à l’aréna, ils n’ont pas besoin de se stresser de se faire couper et ils ont la chance d’apprendre avec des vétérans. Je veux être certain de donner [à Reichel] toute l’information possible pour qu’il puisse monter dans la LNH. »

Faire le saut vers la « grande ligue », c’est d’ailleurs ce que Stützle semble disposé à faire dans les meilleurs délais, selon différents experts cités dans les médias au cours des dernières semaines. Les Kings de Los Angeles, qui possèdent le deuxième choix au total, auraient un œil sur lui et se verraient bien l’amener en renfort dès la reprise du jeu. Si ce scénario se concrétisait, l’attaquant deviendrait l’Allemand repêché le plus tôt de l’histoire.

Le personnel d’entraîneurs à Mannheim sait déjà que sa route et celle du jeune homme « se sépareront bientôt », raconte Marcel Goc. Et la nervosité commence, à juste titre, à se faire sentir chez le principal concerné à l’approche du jour J, dit-il.

« Je crois que Tim a tous les outils pour réussir, il doit seulement les utiliser comme il faut. En réalité, il le fait déjà. C’est vraiment un joueur complet. »

(1) On prononcera « Stoutzleu »