Comme partout dans la ligue, l’équipe de recrutement du Canadien a eu beaucoup, beaucoup de temps pour peaufiner sa liste en vue du repêchage, dont le premier tour aura lieu ce mardi soir.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Certes, en raison de la pandémie de COVID-19 qui a paralysé le sport organisé partout sur la planète le printemps dernier, l’annulation de plusieurs championnats ainsi que l’impossibilité de tenir les traditionnels tests physiques individuels ont réduit l’échantillon dont profitent habituellement les recruteurs pour se faire une idée sur les joueurs disponibles.

Or, assure Trevor Timmins, directeur général adjoint et responsable du recrutement amateur chez le Tricolore, on a tiré profit des rares avantages que conférait la situation. Au total, l’organisation a interviewé plus de 200 espoirs, aussi bien dire l’écrasante majorité des 217 joueurs qui seront sélectionnés au cours des deux prochains jours (7 tours, 31 équipes). Certains d’entre eux ont eu droit à plus d’un entretien.

Comme jamais auparavant, on a écouté les bandes vidéo de matchs jusqu’à les user afin de décortiquer les forces et les faiblesses de chacun.

« On a appris à opérer différemment, a résumé Timmins en point de presse virtuel lundi après-midi. On a eu la chance de plonger dans la personnalité de ces espoirs. »

À n’en point douter, les aptitudes au hockey ne sont plus les seuls éléments qui intéressent les équipes professionnelles. Les joueurs ont été invités à remplir un questionnaire sur leur personnalité, élaboré par David Scott, consultant en psychologie du Canadien. Ce dernier a ensuite colligé les réponses et, dans certains cas, préparé des questions additionnelles plus spécifiques pour une conversation ultérieure.

« Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas comme nous, à notre époque », a fait valoir Timmins, 52 ans. Signe des temps, ils ont beaucoup plus de « distractions », ont besoin de davantage de « structure » dans leur cheminement athlétique.

Autant de facteurs qui changent la manière qu’ont les recruteurs de prédire le cheminement futur d’un hockeyeur de 17 ou 18 ans ; l’essence de leur travail, en somme.

« On a une bonne équipe de développement, on peut leur fournir de l’information pour les guider sur le bon chemin, mais on ne peut pas prendre les décisions à leur place, a encore dit Timmins sur les jeunes joueurs appelés à être repêchés. En tant qu’organisation, on fait de notre mieux pour leur donner la meilleure assistance possible. »

Au final, l’équipe cherche les joueurs les plus déterminés à fournir « l’effort additionnel » au moment opportun, les plus impatients de s’« améliorer et d’apprendre à devenir des pros ». Un refrain connu chez Timmins, qui a rappelé qu’il s’attendait des futurs membres du Tricolore qu’ils « donnent le même genre d’effort que Brendan Gallagher l’a fait depuis le début de sa carrière ».

Peu de détails

Du reste, comme c’est son habitude, Trevor Timmins est resté très discret sur sa stratégie des prochains jours.

Au premier tour, le Canadien disposera du 16e choix. Par la force des choses, un coup de circuit est moins probable qu’en ayant une place au sein du top 10. Se retrouver en plein milieu du premier tour, c’est espérer que d’autres équipes fournissent de l’« aide » en laissant disponibles des joueurs que le CH a en haute estime, a-t-il dit. Les chances sont « minces » de mettre la main sur un joueur prêt à jouer dans la LNH dès la saison 2020-2021.

Sur la possibilité que ce premier choix soit échangé, Timmins a simplement affirmé qu’il voulait ce qu’il y a de mieux pour l’équipe et que le dernier mot revenait à son patron Marc Bergevin.

Sur les sélections dont il dispose au deuxième tour, il a platement estimé qu’il voyait de la « profondeur » dans les rangs 47 à 57, fourchette au cours de laquelle le club s’exprimera trois fois, à moins d’une transaction.

Pas grand-chose à se mettre sous la dent non plus en ce qui a trait aux cibles du Canadien. On cherche du talent, du travail, du caractère. Des joueurs qui « paient le prix pour aider l’équipe à être meilleure ». À l’heure actuelle, aucune position ne représente un « besoin criant », rappelle-t-on.

Hendrix Lapierre

Des collègues ont tenté de faire parler Timmins d’Hendrix Lapierre, attaquant des Saguenéens de Chicoutimi qui pourrait bien être disponible au 16e rang du premier tour. Le talent de Lapierre ne fait de doute pour personne, mais son état de santé a laissé les observateurs songeurs au cours de la dernière année. Le jeune homme traîne un historique de commotions cérébrales et a subi une blessure aux vertèbres cervicales qui a tardé à être diagnostiquée.

Le Gatinois est toutefois de retour en forme, et il vient de connaître un camp d’entraînement du tonnerre. Et depuis des mois, son agent s’est assuré que toutes les équipes soient bien au courant que son protégé avait pleinement retrouvé la santé.

À son sujet, Timmins a salué l’« occasion qu’a Hendrix de montrer au monde ce qu’il peut faire sur la glace et de prouver qu’il est en santé ».

À ses yeux, Lapierre représente-t-il un joueur à haut risque ? « Ce n’est pas à moi d’en discuter. On est certains d’avoir toute l’information disponible », a simplement dit Timmins.