Un gars « avide d’apprendre, qui pense comme un professionnel ». Un jeune homme « humble », mais qui a néanmoins pleinement « confiance en ses moyens ». « Un joueur talentueux, mais aussi une personne spéciale ». Que ses professeurs et ses entraîneurs adorent.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Bonne chance pour trouver quelqu’un pour parler contre Dawson Mercer. Le talent sur la glace du Terre-Neuvien de 18 ans (il en aura 19 le 27 octobre) ne fait aucun doute. Ses 60 points en seulement 42 matchs en 2019-2020 ainsi que sa participation au Mondial junior parlent pour lui, et la centrale de recrutement de la LNH l’a placé au 10e rang de sa liste nord-américaine, ce qui en fait l’espoir de la LHJMQ le mieux coté après l’inatteignable Alexis Lafrenière.

Marqueur et passeur au flair indéniable, il est employé au centre comme à l’aile, en avantage et en désavantage numérique. « Un couteau suisse », résume Steve Hartley, entraîneur des Voltigeurs de Drummondville, équipe avec laquelle s’est aligné Mercer pendant deux saisons et demie avant d’être échangé aux Saguenéens de Chicoutimi l’hiver dernier.

Mais la curiosité que suscite ce jeune homme va plus loin. « En entrevue, on avait l’impression de parler à un gars de 30 ans », s’émeut un recruteur de la LHJMQ.

De fait, au bout du fil, le ton est calme et la voix, posée. À La Presse, Mercer explique que son principal but, au quotidien, est de s’améliorer et d’aider ses coéquipiers à s’améliorer eux aussi. « Je veux être le meilleur joueur possible, la meilleure personne possible », dit-il quelques fois au cours de la conversation.

Et c’est ce qu’il a exposé aux nombreuses équipes de la LNH qui ont communiqué avec lui au cours de la dernière année – l’essentiel des formations du circuit Bettman, en fait. Aux recruteurs comme aux journalistes qui lui posent grosso modo les mêmes questions depuis des mois, il reprend son crédo, patiemment.

« Peu importe qui me choisit, il n’y aura pas de point d’interrogation », dit-il.

Maturité

Dawson Mercer n’avait que 14 ans, en 2016, lorsqu’il a quitté Terre-Neuve pour s’établir au Québec. C’est d’abord à Sherbrooke qu’il s’est arrêté, à Bishop’s College, école secondaire privée dont les équipes évoluent notamment dans le circuit des prep schools du Midwest américain – à ne pas confondre avec l’université du même nom située tout près.

Une décision difficile pour un adolescent qui y voyait par contre un passage nécessaire.

Je savais que je voulais être un joueur de hockey dans la vie. Je sentais que de déménager me donnait de meilleures chances pour la visibilité et le développement. C’était un sacrifice, mais j’ai apprécié chaque moment de la route que j’ai empruntée.

Dawson Mercer

Son entraîneur de l’époque, Jonathan Lachance, se rappelle un athlète qui excellait dans plusieurs sports, mais surtout un garçon « facile d’approche », qui n’a pas tardé à se faire des amis et à s’intégrer. « Je dirais que tous les profs sont tombés en amour avec lui ! »

Même s’il n’a passé qu’une année à Bishop’s, Mercer a néanmoins monté les échelons un à un, studieux sur la glace comme en classe. D’abord enrôlé dans l’équipe U16, il a été promu l’année même vers le club U18, au sein duquel il a joué un rôle dominant tout en étant le benjamin du groupe.

« Il a fait son chemin, étape par étape, souligne M. Lachance. Peu de gens le connaissaient, mais les recruteurs qui l’ont vu savaient que c’était un joueur spécial. »

Sa sélection par les Voltigeurs, au 8rang du repêchage de la LHJMQ en 2017, a en effet surpris bien du monde. Tous les autres joueurs choisis au premier tour provenaient de la Ligue midget AAA du Québec.

À Drummondville, Steve Hartley parle de Mercer comme d’un joueur « perfectionniste », qui n’a ni plus ni moins que « marqué l’organisation ». Il vante « son approche, son niveau de sérieux au quotidien », indissociable d’une maturité, qu’il attribue à son départ prématuré du nid familial.

Il veut faire la différence chaque jour. Ce n’est pas pour rien qu’on parle de lui comme d’un choix de première ronde.

Steve Hartley, ancien entraîneur de Dawson Mercer

Son entraîneur actuel chez les Saguenéens, Yanick Jean, n’est pas moins enthousiaste. De Mercer, comme de son coéquipier Hendrix Lapierre, lui aussi destiné à une sélection au premier tour dans la LNH (voir autre texte), Jean parle de deux joueurs « dans une classe à part » depuis le début du camp d’entraînement des Sags. Les deux sont « avides d’apprendre, pensent comme des professionnels, vivent pour le hockey », énumère-t-il.

Travail à finir

Sur la glace, les recruteurs aiment avant tout la polyvalence de Mercer, mais également son intensité et sa compétitivité. Le principal concerné le résume ainsi : les mises en jeu en fin de match, il ne veut pas en rater une.

À Chicoutimi, il veut reprendre là où il a laissé au moment où la pandémie de COVID-19 a forcé l’annulation de la fin de la saison et des séries éliminatoires dans tout le hockey junior canadien. Les Sags avaient alors les ressources nécessaires pour aller jusqu’au bout. Depuis, des vétérans sont passés chez les professionnels, mais Mercer s’engage tout de même à « finir ce qu’on a commencé ».

Durant l’été, il a travaillé sur sa force physique et sa puissance, en phase avec la rare faiblesse que lui voient les recruteurs, soit son explosion sur patins.

Cela ne l’empêchera sans doute pas d’entendre son nom parmi les 31 premiers. La plupart des repêchages simulés le placent entre le 10e et le 15rang.

Dawson Mercer affirme, comme le veut la posture convenue, ne pas se soucier de son rang de repêchage ni de l’équipe qui le choisira. Il préfère se concentrer sur ses progrès et sur ceux des Sags.

Cela ne l’empêche pas de tirer une fierté certaine d’être un modèle pour les jeunes Terre-Neuviens. À ce jour, à peine 29 joueurs issus de cette province ont disputé un match ou plus dans la LNH. Et Mercer deviendrait seulement le 7e à entendre son nom au premier tour.

« Avoir du leadership, de la compétitivité, c’est être un modèle pour les plus jeunes, leur montrer ce que ça prend pour être le meilleur possible », conclut-il.

« Il faut leur rappeler l’importance de poursuivre ses rêves. »

Mû par son talent et sa sagesse, il a certainement tout ce qu’il faut pour réaliser le sien.

— Avec la collaboration d’Alexandre Pratt, La Presse