Les Maple Leafs de Toronto croyaient avoir réussi un coup de génie le 1er juillet 2018 en mettant la main sur John Tavares.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Tavares allait coûter 77 M$ pour sept ans, mais il n’avait pas encore atteint la trentaine et il était l’un des meilleurs buteurs de la LNH.

Aux yeux ce plusieurs, les Maple Leafs de Toronto devenaient des favoris pour remporter la Coupe Stanley avec cette acquisition de taille sur le marché des joueurs autonomes.

Deux ans plus tard, les Leafs ne sont pas plus avancés. Ils ont même reculé. Toronto a été éliminé en première ronde l’an dernier et au tour préliminaire cette année.

Tavares a connu de bonnes saisons régulières, mais a marqué quatre buts, et obtenu huit points, en douze matchs de séries éliminatoires. La recrue Nick Suzuki a un point de moins, mais autant de buts que lui, en dix matchs de séries éliminatoires.

L’arrivée de Tavares a déstabilisé l’échelle salariale à Toronto. Son salaire annuel de 12 M$ a gonflé les exigences salariales du trio de jeunes attaquants Auston Matthews, Mitch Marner et William Nylander.

Résultat ? Coincé par le plafond, le DG Kyle Dubas a dû se débarrasser d’actifs depuis deux ans pour réduire sa masse. Il a échangé un choix de première ronde en 2020 aux Hurricanes afin de se débarrasser du contrat de Patrick Marleau.

Non seulement a-t-il perdu Marleau, mais il s’est résout à échanger le jeune attaquant Kasperi Kapanen aux Penguins de Pittsburgh pour récupérer un choix de première ronde.

Deux défenseurs de son top quatre, Tyson Barrie et Cody Ceci, deviendront joueurs autonomes sans compensation et ne pourront être retenus. Barrie a déçu, il faut le dire. Mais il a coûté Nazem Kadri (Toronto a aussi reçu Alexander Kerfoot).

Dubas espère une émergence rapide des jeunes Rasmus Sandin et Timothy Liljegren. Il souhaite aussi voir sa plus récente acquisition, Mikko Lehtonen, bien s’adapter au style de hockey nord-américain, après quelques saisons couronnées de succès en Finlande. Parce que le DG des Leafs n’a pas d’autres solutions faute de marge de manœuvre salariale.

Les médias torontois ont été très prudents dans leurs critiques ces dernières années. Mais on commence à déchanter. Steve Simmons, du quotidien Toronto Sun, a écrit une chronique pleine de lucidité vendredi.

« Tavares a été ordinaire lors des séries contre Boston et Columbus, affirme-t-il. On ne paye pas un joueur 11 millions pour des performances ordinaires. Huit points en douze matchs, c’est un rythme de 55 points en saison régulière. Brayden Point a amassé 33 points en 23 matchs à Tampa. Nathan MacKinnon a obtenu 25 points en 15 matchs au Colorado. Prenez les performances de Bo Horvat, Elias Pettersson, Mathew Barzal, Pierre-Luc Dubois et Sebastian Aho en séries. Tavares est le cinquième centre le mieux payé, mais il ne produit pas comme l’un des dix premiers. Il se situerait probablement autour du 20e rang. »

Les Islanders de New York n’ont pas trop souffert du départ de Tavares. Son ancien club a remporté trois rondes en deux ans, atteint le carré d’as cet été. Long Island avait pourtant gagné une seule ronde en neuf ans avec Tavares.

À seulement 23 ans, le dauphin de Tavares, Mathew Barzal, a amassé 24 points en 30 matchs de séries depuis deux ans. Tavares en a 30 en 36 matchs en carrière. Josh Bailey a amassé 26 points en 30 rencontres depuis deux ans.

Le marché des joueurs autonomes s’ouvre dans une semaine. Taylor Hall, Mike Hoffman, Evgeni Dadonov, Mikael Granlund, Craig Smith seront des attaquants convoités, tout comme les défenseurs Alex Pietrangelo et Torey Krug.

Mais les DG devront être prudents. Tavares demeure une autre preuve de n’inefficacité de cette démarche.

Julien BriseBois l’a bien compris. Son acquisition la plus coûteuse l’an dernier, Kevin Shattenkirk, a reçu un salaire annuel de 1,75 million.

À lire

Alexandre Pratt nous parle de ces fameux choix de deuxième ronde. Une lecture fascinante !