La LNH vient de réussir un tour de force en se rendant au bout de ses séries éliminatoires sans aucune interruption. À compter de ce vendredi, la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) tentera de relever un défi similaire.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

C’est en effet ce vendredi que s’amorcera cette drôle de saison 2020-2021 du circuit junior québécois. Une saison écourtée (60 matchs au lieu de 68), des matchs joués à huis clos dans les 12 arénas du Québec, des duels exclusivement intra-division.

Drôle aussi parce que cette saison s’amorcera sans un jeune homme qui est la tête d’affiche du circuit depuis trois ans : Alexis Lafrenière. L’attaquant de l’Océanic de Rimouski sera repêché le 6 octobre, vraisemblablement par les Rangers de New York au 1er rang, et poursuit son entraînement dans la région de Montréal en attendant le jour J.

Ensuite ? Gilles Courteau, le commissaire de la LHJMQ, serait bien heureux de le revoir à Rimouski.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Gilles Courteau, commissaire de la LHJMQ

« Il pourrait très bien jouer à Rimouski. Je ne pense pas qu’il voudra se présenter à un camp de la LNH sans avoir eu de la compétition avant. S’il veut un bon niveau, on sera là pour lui », a indiqué Courteau, en entrevue téléphonique avec La Presse, jeudi.

Et l’Europe ?

Dans les faits, la situation ne sera peut-être pas si simple. À Rimouski, on a procédé jeudi à la nomination de Nathan Ouellet comme capitaine, rôle qui était assumé par Lafrenière la saison dernière. L’entraîneur-chef de l’Océanic, Serge Beausoleil, maintient depuis plusieurs semaines que l’avenir de Lafrenière serait décidé par l’équipe qui le repêchera.

Une position moins tranchée que celle de Courteau, mais les enjeux sont différents. C’est que le commissaire de la LHJMQ doit aussi veiller à ne pas créer de précédent qui placerait les ligues juniors canadiennes dans une fâcheuse position.

Ce précédent, ce serait que Lafrenière joue dans une ligue professionnelle en Europe cette saison. Ses agents avaient reconnu, en février 2019, avoir fait des démarches en ce sens pour la campagne 2019-2020, avant de décider de rester à Rimouski.

De plus, en KHL, en Suède, en République tchèque, la campagne est déjà commencée. Dans la LNH ? Ça pourrait attendre à janvier.

« Le repêchage aura lieu la semaine prochaine. Il y aura ensuite des discussions avec l’équipe. Plusieurs éléments seront particuliers. Nous, on sera dans la deuxième semaine de notre saison. La LNH ne saura pas encore la date de début des camps. Ce serait une belle initiative des Rangers de lui permettre de venir jouer avec nous », ajoute Courteau.

On pourrait toutefois comprendre l’équipe qui repêchera Lafrenière de lui conseiller de jouer chez les pros. Le Québécois vient d’aligner deux saisons de suite de plus de 100 points. L’an dernier, il a récolté 112 points en seulement 52 matchs. On n’exagère pas en disant qu’il est prêt à passer à une autre étape.

Ce sera à son équipe de décider. Mais en fonction de notre entente avec la LNH, s’il ne joue pas dans la LNH, il peut seulement jouer ici. Ils ne pourraient pas l’envoyer en Europe.

Gilles Courteau, commissaire de la Ligue de hockey junior majeur du Québec

Le commissaire a entièrement raison ici, faisant référence au règlement C.1. (a) de l’entente entre la LNH et la Ligue canadienne de hockey, qui chapeaute les trois circuits juniors. Mais Lafrenière (ou l’équipe qui le repêchera) pourrait très bien tenter de négocier une compensation pour que Rimouski libère le joueur, lui permettant ainsi de jouer en Europe. C’est ce qui était arrivé avec Nail Yakupov, 1er choix au total en 2012, qui avait opté pour la KHL plutôt que Sarnia l’automne suivant, pendant que la LNH était en lock-out.

Parions que ce dossier fera jaser au cours des prochaines semaines…

L’exemple de la LNH

Le dossier Lafrenière est un enjeu majeur de ce début de saison, mais la COVID-19 sera au centre de tout.

Contrairement à la LNH, la LHJMQ n’a évidemment pas 90 millions à investir pour isoler ses joueurs dans une bulle et les soumettre à des tests de COVID-19 quotidiens.

En revanche, la ligue a revu en profondeur ses façons de faire afin de présenter un plan accepté par l’Institut national de santé publique du Québec. Le fait de disputer les matchs à huis clos a retenu l’attention, mais les équipes vont aussi réduire au maximum les nuits passées à l’hôtel. Dans un contexte où le gouvernement demande aux citoyens de limiter les déplacements interrégionaux, c’est là une mesure cruciale. De plus, deux équipes (les Remparts de Québec et l’Armada de Blainville-Boisbriand) sont basées en zone rouge et iront jouer des matchs en zone orange ou jaune.

On joue à huis clos. Même si les joueurs partent de Boisbriand pour se rendre à Sherbrooke, ils partent en bus, débarquent, jouent leur match et repartent. Ils ne seront pas en contact avec quiconque. Ils ne pourront rien propager.

Gilles Courteau

Du reste, le commissaire a bon espoir que les joueurs respecteront les protocoles en place. La LNH a d’ailleurs offert au cours des deux derniers mois – à l’exception, disons, du très festif défilé du Lightning de Tampa Bay mercredi – un bel exemple de ce que peuvent accomplir des joueurs disciplinés, puisqu’aucun cas de COVID-19 n’a été déclaré dans les bulles de Toronto et d’Edmonton.

« Ce qui s’est passé avec la LNH a un impact positif sur ce qui se passe chez nous depuis le début des camps. C’est ce qui nous permet de commencer notre saison [ce vendredi] », croit Courteau.

Les joueurs devront être disciplinés et les propriétaires, eux, devront se serrer la ceinture. Sans spectateurs au Québec, ils seront donc privés de leur principale source de revenus. Les six équipes des Maritimes, elles, pourront jouer devant public, mais celui-ci sera de taille très limitée. Selon le confrère Mikaël Lalancette, les Wildcats de Moncton, avec 2500 spectateurs, auront la plus grande capacité.

« Ce que j’ai dit à nos 12 équipes du Québec, c’est que la Santé publique avait accepté notre protocole à condition que les matchs soient à huis clos. Mon message, c’est qu’on sera à huis clos toute la saison. Si quelque chose change en cours de saison, ce sera un cadeau. Nos équipes ont fait leur budget en fonction d’une saison à huis clos. »

C’est d’ailleurs pourquoi la demande d’aide financière de 20 millions de dollars à Québec sera cruciale. En votant en faveur de sanctions plus sévères pour les bagarres cette semaine, la LHJMQ a aidé sa cause auprès du gouvernement.

En vrac

Les bagarres

Parlant des bagarres, le changement de règlement a fait jaser. Certains ont applaudi les sanctions plus sévères, tandis que d’autres se demandent pourquoi la ligue n’en a pas profité pour carrément prévoir une expulsion dès qu’un joueur laisse tomber les gants. « Il y a une chose qu’on n’aura pas, ou qu’on aura du bout des lèvres, c’est la reconnaissance de l’amélioration sur le règlement des bagarres, martèle Courteau. De 2008 à 2020, on a réduit les bagarres de 80 %. Ce n’est pas rien ! Mais des gens disent : c’est bien, vous êtes à 0,22 bagarre par match, mais ça pourrait aller plus loin. Des gens parlent d’abolir les bagarres, on les entend. Mais il y a aussi des gens qui sont contents de l’amélioration, et qui ne parlent pas. »

Les Européens

Plusieurs équipes amorceront la saison sans pouvoir compter sur leurs deux joueurs européens en raison de la fermeture des frontières, un enjeu de taille, car les deux Européens auxquels les équipes ont droit sont généralement des joueurs d’impact. Un imbroglio sur les visas requis pour entrer au Canada serait à l’origine des complications. Courteau affirme toutefois avoir obtenu la coopération des autorités de santé publique canadiennes et attend maintenant des réponses du ministère des Affaires intergouvernementales, ce qui serait la dernière étape. « On est conscients de la frustration et de l’anxiété de nos équipes d’avoir ces deux joueurs européens. On travaille là-dessus au quotidien », assure le commissaire.

Les mises en échec

Petite bombe dans la Ligue junior de l’Ontario : la ministre du Sport en Ontario, Lisa MacLeod, a indiqué au journaliste Rick Westhead qu’elle pourrait demander au circuit d’interdire les bagarres, mais aussi les mises en échec, afin d’autoriser la ligue à disputer sa saison, dont le début est prévu le 1er décembre. Courteau ne croit toutefois pas que cette demande incitera les gouvernements du Québec ou des Maritimes à exiger de telles mesures. « On a bon espoir que ce qui a été accepté par les quatre provinces sera maintenu », répond-il.

La webdiffusion

À 40 $ par mois, le coût de l’abonnement au service de webdiffusion a fait sursauter bien des amateurs. Courteau affirme toutefois que sa ligue n’avait pas son mot à dire, puisque ce sont les détenteurs des droits de webdiffusion qui fixent les tarifs. « Et le tarif sera similaire pour la WHL et l’OHL, précise-t-il. Tout ce qu’on a pu faire, c’est travailler avec eux pour négocier des tarifs spéciaux pour les parents, les familles de pension des joueurs et les détenteurs d’abonnements de saison. »

La Coupe Memorial

Enfin, Courteau a indiqué que la Coupe Memorial 2021, si elle a lieu, se déroulera à la mi-juin. Le tournoi devrait donc avoir lieu, même si la saison des ligues de l’Ontario et de l’Ouest commencera deux mois plus tard que celle de la LHJMQ.