La réinitialisation, ou le « reset on the fly », comme se plaît à le qualifier Marc Bergevin, est officiellement terminée à Montréal.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Après deux ans à regarnir la banque d’espoirs, le directeur général du Canadien est prêt à échanger des choix au repêchage et, ou, des espoirs, pour du renfort à court et moyen terme.

Voilà essentiellement ses propos, mardi, lors d’une deuxième tournée médiatique en deux semaines.

Le Canadien a désormais identifié ses deux centres d’avenir, Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi. Les jeunes candidats en défense ne manquent plus : Alexander Romanov, Mattias Norlinder, Jordan Harris, Jayden Struble, Cale Fleury, Noah Juulsen et Josh Brook.

À l’attaque, Cole Caufield est le marqueur d’avenir, Jesse Ylonen n’est pas loin de Montréal (il a marqué quatre buts à ses deux premiers matchs préparatoires en Finlande) et jusqu’à tout récemment, Ryan Poehling était encore considéré comme un joyau de l’organisation.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Jesse Ylonen

Le Canadien est à la croisée des chemins. Grâce à l’émergence de Suzuki et Kotkaniemi, il a été impressionnant en séries éliminatoires. Et donné de l’espoir pour la prochaine saison.

Carey Price et Shea Weber avancent en âge. Ils n’auront pas cinq ans pour gagner. Et après avoir accordé à Jeff Petry un contrat de quatre ans, Bergevin voudra convaincre Brendan Gallagher et Phillip Danault, d’éventuels joueurs autonomes sans compensation, de rester.

Le directeur général ne cache pas son intérêt pour un ailier robuste capable de marquer. Le prix à payer pour Patrik Laine semble trop élevé. Et malgré tout son talent, le Finlandais ne semble pas correspondre aux valeurs de l’organisation en raison de son comportement individualiste. Taylor Hall entre dans le même moule et étoufferait le Canadien sur le plan de la masse salariale.

Andrew Shaw

Bergevin n’a jamais cédé de choix de premier tour en huit ans de règne à Montréal. En juin 2016, il a sacrifié deux choix de deuxième tour pour obtenir Andrew Shaw, des Blackhawks de Chicago.

Shaw avait 25 ans et venait de connaître des saisons de 20, 15 et 14 buts. Après deux saisons ordinaires, il a donné 19 buts et 47 points en 63 matchs au Canadien à sa dernière année. Une production de 24 buts et 61 points sur une saison complète, de loin sa meilleure en carrière, au sein d’un trio avec Max Domi et Jonathan Drouin.

Mais il était usé. Le Canadien a réussi l’an dernier à récupérer des choix de deuxième et troisième tours de ces mêmes Hawks pour lui. Il a disputé 26 matchs l’hiver dernier et passé le reste du temps dans la salle du thérapeute.

L’idée derrière l’acquisition de Shaw n’était pas vilaine. Mais il n’a pas produit lors de la bonne saison. Le Canadien voulait gagner en 2016-2017. Il a obtenu seulement 29 points, dont 12 buts. Deux ans plus tard, lors de sa « grosse saison », le Canadien était déjà en réinitialisation.

Le Canadien détient trois choix de deuxième tour cette année, en plus de son choix de premier tour, au 16e rang. L’an dernier, les Canucks de Vancouver ont cédé un choix de premier tour pour obtenir J. T. Miller. Il venait de connaître une saison de 47 points à Tampa Bay. Il a explosé pour 72 points avec les Canucks.

Un attaquant comme Jake Virtanen à Vancouver, capable de compter une vingtaine de buts, ou Alex Killorn, avec le Lightning de Tampa Bay coincé par le plafond salarial, coûterait sans doute minimalement un choix de premier tour.

À Tony Marinaro, sur les ondes de TSN 690, Bergevin a déclaré mardi être prêt à offrir un joueur, un espoir et le choix de premier tour pour réussir un gros échange.

Voilà une déclaration intéressante et étonnante de la part d’un directeur général réticent à offrir ses choix de premier tour. Et qui confirme la fin de la période de réinitialisation.

Mais il faut trouver le bon partenaire pour faire un tel échange. L’ailier Anthony Mantha, 6 pi 5 po et 234 livres, vient d’avoir 26 ans. Les Red Wings de Detroit ont de faibles espoirs de gagner dans les prochaines années. Steve Yzerman pourrait-il se laisser tenter par une offre semblable ? Mantha a obtenu 38 points en 43 matchs la saison dernière. L’ailier droit Sam Reinhart est-il disponible à Buffalo ? C’est un joueur de 24 ans capable d’amasser une soixantaine de points par saison.

Il y a sans doute aussi quelque part des joueurs disponibles dont nous ignorons les problèmes avec leurs formations respectives. Une surprise n’est jamais à écarter.

L’ouverture d’esprit de Bergevin ouvre la porte aux spéculations.

On ne doit cependant pas écarter les scénarios selon lesquels Nick Suzuki, Jesperi Kotkaniemi ou Alexander Romanov quitteraient Montréal pour améliorer l’équipe. Il faut probablement ajouter Mattias Norlinder à la liste, désormais au quatrième rang dans la hiérarchie des jeunes joueurs du Canadien derrière Suzuki, Kotkaniemi et Romanov, si l’on se fie aux propos de Bergevin à l’endroit de son espoir suédois lors de son entretien avec le collègue Jean-François Chaumont, mardi.

« Wow ! C’est un de nos très beaux espoirs, a confié le directeur général à Chaumont. Il y a ceux qui sont déjà à Montréal comme Kotkaniemi, Suzuki, Romanov. Après ce groupe, c’est probablement Norlinder qui nous impressionne le plus. J’aime son jeu dans l’ensemble. Il est un très bon défenseur. Il fait aussi partie de l’échange avec Vegas pour Pacioretty. Nous avions échangé un choix de deuxième tour, acquis de Vegas, pour reculer et recevoir un choix de troisième tour et un autre au cinquième tour. »

À la fin de son entretien avec Marinaro, Bergevin a cependant réfréné l’enthousiasme de son interlocuteur. « Suis-je proche d’effectuer un tel échange ? Non, a répondu le DG. Il faut être deux pour danser… »

Aussi bien diminuer nos attentes. Quitte à être surpris si Bergevin sort un lapin de son chapeau.