Max Domi a un nouvel agent : Darren Ferris, de l’agence montréalaise Quartexx. Un négociateur audacieux, réputé pour tenir la ligne dure face aux directeurs généraux. Un profil qui plaît aux joueurs mécontents de leur sort.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Max Domi n’a pas justifié l’embauche de Ferris. Ni le congédiement de son ancien agent, Pat Brisson, un proche de Marc Bergevin.

Il n’a pas à le faire non plus. Mais sachez que la décision n’est pas anodine. Les joueurs changent moins souvent d’agent que de tailleur ou de coiffeur. Lorsqu’ils le font, c’est généralement au moment de négocier un nouveau contrat. Exemple : Max Pacioretty, passé de Pat Brisson à Allan Walsh – réputé plus dur – avant de quitter Montréal. Le choix de l’agent fournit des indices sur les intentions du joueur.

Alors, à quoi rime cette alliance entre Max Domi et Darren Ferris ?

Ferris est un agent bien connu dans la LNH. Il représente Taylor Hall, qui sera le joueur autonome le plus convoité cet automne. Mais son écurie est surtout constituée de jeunes joueurs. Mitchell Marner. Andreas Athanasiou. Sam Bennett. Josh Anderson. Brendan Perlini. Victor Mete. De quelques espoirs aussi, notamment Filip Zadina.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Darren Ferris

Ces dernières années, Ferris s’est fait un nom avec une clientèle précise.

Les joueurs autonomes avec compensation.

Exactement le statut de Max Domi.

Comme vous le constaterez, ses négociations reprennent souvent le même modus operandi. Une stratégie qui repose sur deux prémisses : l’attente et la menace d’aller jouer en Europe.

ANDREAS ATHANASIOU

Attente : À l’été 2017, l’attaquant des Red Wings de Detroit devient joueur autonome avec compensation. Il est insatisfait de son temps de jeu. Seulement 13 minutes par match. Bien qu’il soit le deuxième buteur de l’équipe à forces égales, il joue peu en supériorité numérique. Les négociations piétinent.

Menace : Peu avant l’ouverture du camp, il menace de poursuivre sa carrière dans la KHL. « Andreas doit considérer les offres sérieuses de la KHL. Il y a une différence considérable [avec l’offre des Red Wings] », déclare alors Darren Ferris. Les Red Wings choisissent d’amorcer la saison sans lui. Athanasiou ne se rendra jamais en Russie. Il va plutôt s’entraîner en Suisse, avec le club de Lugano.

Conclusion : Après deux semaines en Suisse, Athanasiou revient à Detroit. Il signe un contrat d’un an, d’un peu moins de 1,4 million. Depuis, les Red Wings l’ont échangé aux Oilers d’Edmonton.

JOSH ANDERSON

Attente : Un copier-coller du cas d’Andreas Athanasiou. Lui aussi devient joueur autonome avec compensation à l’été 2017. Lui aussi joue peu (12 minutes par match), même s’il est le troisième buteur des Blue Jackets de Columbus à forces égales. Lui aussi ignore le camp d’entraînement.

Menace : Darren Ferris joue sur deux tableaux. D’une part, il indique que Josh Anderson souhaite se joindre à l’équipe olympique canadienne pour les Jeux de PyeongChang. De l’autre, il évoque la possibilité que son client aille s’entraîner en Suisse. À Lugano. Comme Athanasiou.

Conclusion : Le 2 octobre, quelques jours avant le début de la saison, Josh Anderson signe un contrat de 5,5 millions, étalé sur trois ans. Exactement la même offre que les Blue Jackets lui avaient soumise un mois plus tôt.

SAM BENNETT

Attente : Nous sommes toujours à l’été 2017. L’attaquant des Flames de Calgary devient joueur autonome avec compensation. Les pourparlers s’étirent.

Menace : Tout juste avant l’ouverture du camp, en septembre, Darren Dreger, de TSN, indique que Bennett pourrait aller jouer en Europe.

Conclusion : Le 6 septembre, Bennett signe un contrat de deux ans, pour un peu moins de 2 millions par saison. L’offre était sur la table depuis un mois. Depuis, il a signé une nouvelle entente qui prendra fin en 2021.

BRENDAN PERLINI

Attente : Devinez quoi ? Un autre joueur autonome avec restrictions, qui passe l’été sans contrat. C’était en 2019. Cette fois, pas de menace. Il faut dire que l’attaquant des Blackhawks de Chicago venait de terminer la saison avec seulement 21 points en 68 matchs, et un différentiel de - 17.

Conclusion : Il s’entend avec les Blackhawks tout juste avant le début du camp, pour un contrat de moins de 1 million. Ensuite ? Il n’a disputé qu’un seul match à Chicago. Les Blackhawks l’ont échangé aux Red Wings contre un défenseur d’âge junior.

MITCHELL MARNER

Attente : Je pense que vous avez compris le principe. Joueur autonome sans restriction. Été 2019. Sans contrat au 1er septembre.

Menace : Comme ce fut le cas avec Anderson et Athanasiou, il est question que Marner aille jouer en Europe. Toujours en Suisse. Mais pas à Lugano. À Zurich. L’équipe locale confirme même l’information sur son compte Twitter.

Conclusion : Marner signe son nouveau contrat le jour de l’ouverture du camp des Maple Leafs de Toronto. Une entente de six ans, d’une valeur de 65 millions. Son salaire de 16 millions, cet hiver, faisait de lui le joueur le mieux payé de la LNH.

Vous voilà avertis. Ne soyez pas surpris si Max Domi et le Canadien ne s’entendent pas avant le camp d’entraînement. Ni si l’attaquant menace de s’exiler en Suisse, en Russie ou au Cachemire. C’est juste de la négociation.

Jake Allen, un bon coup

Un petit mot sur le nouveau gardien du Canadien, Jake Allen. À 4,3 millions la saison prochaine, il sera un substitut de luxe. Sauf que c’est aussi un luxe dont le Tricolore ne pouvait plus se passer.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Jake Allen

Depuis 2016, les substituts de Carey Price se sont tous écrasés les uns après les autres. Devinez leur nombre de victoires, pour le plaisir.

60 ? 50 ? 40 ?

Non. 36. En quatre ans. Contre 47 défaites, incluant celles en prolongation. Seul Cayden Primeau, le temps de deux petits matchs, a maintenu une moyenne d’arrêts supérieure à 91 %.

Jake Allen a aussi connu sa part de problèmes ces dernières années. Il a toutefois rebondi de façon spectaculaire cette saison, avec un pourcentage d’arrêts de 92,7 % et une moyenne de 2,15. Il a même amorcé quatre matchs dans les séries éliminatoires. Devant Jordan Binnington, qui a mené les Blues de St. Louis à la Coupe Stanley il y a seulement un an.

Fini, donc, les diachylons qu’on changeait tous les mois. Cette fois, le Canadien a une véritable option pour seconder son gardien vedette. Et ça ne lui a coûté qu’un choix de troisième tour. Un bon coup de Marc Bergevin.