Le Canadien est à la croisée des chemins.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Ou bien il tente une dernière poussée avec la formation actuelle.

Ou bien il la démantèle maintenant.

Pourquoi ? Parce que l’été prochain, Jeff Petry, Brendan Gallagher, Phillip Danault, Tomas Tatar et Joel Armia obtiendront tous leur autonomie complète. Jesperi Kotkaniemi et Artturi Lehkonen auront droit à des hausses de salaire. Le Canadien ne pourra pas tous les réembaucher et respecter le plafond salarial. Et plus il reste de temps à leur contrat, plus leur valeur est grande sur le marché des transactions.

Aussi, soyons pragmatiques. L’équipe termine l’année avec 36 victoires en 81 matchs (saison et séries incluses). Une nette régression, par rapport aux 44 de la saison précédente. Pourtant, les deux formations étaient pratiquement identiques. Des conditions idéales pour justifier un démantèlement.

Ça, c’est la théorie dans un monde rationnel.

Or, 2020 est tout sauf une année normale.

Ça change quoi ?

D’abord, on ne sait même pas quand commencera la prochaine saison. Ni même s’il y en aura une. C’est comme un gros détail. Ça risque de ralentir le marché des transactions. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit le printemps dernier dans le baseball majeur. Entre le 12 mars et le 29 juin, aucun joueur n’a été échangé. En juillet, il n’y a eu qu’un seul échange impliquant deux joueurs ou plus.

J’ai demandé à Marc Bergevin ses attentes pour les prochaines semaines. « C’est un nouveau territoire. Je ne sais pas ce qui peut se passer pour le marché des transactions », a-t-il indiqué.

Concrètement, quel DG cédera un choix de premier tour contre un futur joueur autonome qui pourrait rater toute la prochaine saison ?

Aucun.

Ceci n’exclut pas la possibilité qu’il y ait des transactions. Le plus probable, ça reste un échange impliquant des joueurs sous contrat pour au moins deux saisons. Voici les candidats les plus susceptibles de quitter Montréal dans les prochaines semaines.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Max Domi est l’un des joueurs de l’édition actuelle du Canadien qui sont les plus susceptibles d’être échangés au cours des prochaines semaines, estime notre chroniqueur.

Max Domi

Marc Bergevin a été honnête, samedi : « [Max] a eu une saison difficile. Dans le dernier mois, on s’attendait à plus. On sait qu’il a le potentiel. Éventuellement, le joueur se prend en main et doit performer. »

Max Domi est maintenant joueur autonome avec restriction. Donc sans contrat. Les négociations doivent commencer bientôt. Lui se perçoit comme un centre de premier trio. Le Canadien fait une évaluation différente. Son temps de jeu a fondu. De 17 minutes, en saison, à 14 minutes, en séries. Une utilisation comparable à celles de Nick Cousins et Alex Galchenyuk. Pas très flatteur, à la veille d’une négociation.

Or, en réduisant le temps de jeu de Domi, le Canadien a aussi diminué sa valeur sur le marché. Il est maintenant étiqueté comme un centre de 25 ans de troisième ou quatrième trio, avec de grosses lacunes en défense. Ajustez vos attentes en conséquence.

Victor Mete

Après une série atroce contre les Penguins, Victor Mete a mieux joué contre les Flyers. Assez pour assurer son poste la saison prochaine ? J’en doute. Ben Chiarot, Alex Romanov et Brett Kulak devraient être les trois défenseurs gauchers la saison prochaine. Dans notre balado Sortie de zone, mon collègue Martin McGuire s’est même demandé si le Canadien allait lui offrir un contrat en vue de la prochaine saison. Mete pourrait être échangé contre un défenseur droitier. Il pourrait aussi servir d’appât pour permettre au Canadien d’améliorer son rang de sélection au repêchage.

Ryan Poehling

Dans son bilan, Marc Bergevin a vanté la qualité des espoirs de l’organisation. Il a nommé Nick Suzuki. Jesperi Kotkaniemi. Alex Romanov. Cole Caufield.

Mais pas Ryan Poehling.

L’Américain – un choix de premier tour – est le seul attaquant du Canadien à ne pas avoir joué en séries. On lui a préféré Jake Evans (choix de 7e tour), Alex Belzile (jamais repêché), Jordan Weal, Dale Weise et Charles Hudon. « Une décision des instructeurs », s’est justifié Marc Bergevin. Il a ajouté que la direction n’avait pas encore jeté l’éponge. « On a confiance en lui. On s’attend à un très bon camp d’entraînement de [sa part]. »

Maintenant, suivons le conseil de Sacha Guitry.

Lisons entre les lignes, ça fatigue moins les yeux.

Poehling a 21 ans. Il est le sixième centre de l’organisation. Ses chances de percer l’alignement à l’automne sont presque nulles. Son potentiel offensif est limité. Depuis l’école secondaire, il n’a jamais terminé parmi les 25 meilleurs marqueurs de sa ligue. Difficile de le projeter dans un autre rôle que celui de quatrième centre.

Le Canadien pourrait être tenté de l’échanger pour combler un autre besoin. Sauf que les attaquants défensifs de son âge ne sont pas précisément la « saveur du jour ». Malheureusement, je ne crois pas que le Canadien obtiendrait un espoir de premier plan ou un choix de premier tour en retour.

Tomas Tatar

Si un des futurs joueurs autonomes est échangé à l’automne, ce sera probablement Tomas Tatar. Et soyez assuré que si Marc Bergevin teste les eaux, ça va mordre.

C’est vrai, il a connu « des séries un peu difficiles », dixit Marc Bergevin. Mais le Slovaque de 29 ans a quand même terminé la saison au 34e rang des marqueurs de la LNH. Sa production offensive lors des deux dernières saisons est comparable à celles d’autres ailiers gauches établis.

POINTS PAR MATCH DEPUIS 2018
Mike Hoffman, Panthers 0,85
David Perron, Blues 0,83 
Tomas Tatar, Canadien 0,80
Max Pacioretty, Golden Knights 0,77
Filip Forsberg, Predators 0,77

À 27 ans, Perron avait été échangé contre un choix de premier tour. À 29 ans, Hoffman valait des choix de 2e, 4e et 5e tours. Pacioretty, lui, a permis au Canadien d’acquérir Tatar, Suzuki et un choix de 2e tour. La valeur de Tatar ? Probablement un choix de premier tour.

À une condition.

Qu’il y ait une prochaine saison.