(Boisbriand) Pas mal tous les secteurs inimaginables ont souffert des conséquences de la pandémie. À moins d’avoir un entourage exclusivement composé de travailleurs dans le domaine du désinfectant pour les mains, tout le monde connaît des gens qui ont subi des contrecoups de la COVID-19.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Le monde du sport n’y a pas échappé, même si les conséquences ont surtout été économiques, et non pas humaines.

Dans ce monde du sport, difficile de penser à une pire situation que celle du hockey féminin d’élite. Voilà maintenant plus d’un an que le sport est pris dans une spirale de mauvaises nouvelles. Pensez-y :

– en mars 2019, la Ligue canadienne de hockey féminin annonçait la fin de ses activités, laissant la controversée NWHL comme unique circuit professionnel féminin ;

– en septembre 2019, on apprenait que la Coupe des quatre nations (tournoi regroupant le Canada, les États-Unis, la Suède et la Finlande) était annulée en raison d’un différend entre la fédération suédoise et les joueuses ;

– en mars 2020, la pandémie forçait l’annulation du Championnat du monde, prévu en avril en Nouvelle-Écosse.

Dans les circonstances, chaque occasion de jouer — même un match amical — est appréciée, surtout après des mois de fermetures d’arénas. On peut comprendre pourquoi les joueuses présentes à la classique KR, samedi, avaient toutes le gros sourire !

Mais Marie-Philip Poulin l’admet : cette suite d’évènements l’a fait suer.

« Je ne te mentirai pas : c’était dur au début, admet la Beauceronne, rencontrée avant le match de samedi. Le hockey féminin a eu un petit obstacle sur son chemin. Le Championnat du monde annulé, la ligue qui disparaît. On a eu quelques showcases cette année, mais ç’a été difficile. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Marie-Philip Poulin

Mais de voir que les filles sont encore motivées à s’entraîner autant, de voir les Jeux olympiques qui arrivent dans moins de deux ans, c’est une motivation. On a perdu en finale aux derniers Jeux olympiques, on n’a pas gagné au dernier Championnat du monde. Oui, ça va moins bien au hockey féminin, mais individuellement, on a toutes la motivation de vouloir représenter notre pays au plus haut niveau.

Marie-Philip Poulin

Car oui, mine de rien, les Jeux olympiques d’hiver sont, théoriquement, dans 18 mois. Mais d’ici là, il y a un enjeu bien réel de maintenir les habiletés.

Selon Poulin, Lauriane Rougeau et les autres joueuses du programme national établies dans la région de Montréal, il y a toutefois une solution.

« On a Sébastien Bordeleau comme skills coach [entraîneur d’habiletés]. On va sur la glace avec lui à Laval, il nous intègre à ses groupes avec des joueurs juniors majeurs, avec son gars Thomas, avec d’autres joueurs professionnels, raconte Rougeau, elle aussi croisée à Boisbriand. On est chanceuses de pouvoir s’intégrer à son groupe. »

Bordeleau occupe ce rôle depuis 2013 avec l’équipe nationale féminine. C’est une tâche qui s’ajoute à son emploi avec les Predators de Nashville, en plus des mandats qu’il accepte sur une base individuelle avec ses clients en été. Quatre fois par semaine, à raison de 90 minutes par séance, il chausse donc les patins et les joueurs se présentent en fonction de leurs disponibilités.

« Marie-Philip vient deux ou trois fois par semaine. Chaque joueuse a son propre horaire. Il ne faut pas oublier que certaines doivent aussi avoir un emploi », rappelle-t-il, au bout du fil.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Sébastien Bordeleau

Le mandat d’entraîner Poulin est particulier. L’attaquante est considérée comme la meilleure joueuse de sa génération. Comment préserver un tel talent pour une joueuse qui n’a pas participé à une vraie compétition internationale depuis maintenant plus d’un an ?

« Elle est très, très forte mentalement, souligne Bordeleau. Elle se challenge tous les jours. Que ce soit un évènement international, un entraînement au gymnase ou sur la patinoire, elle a toujours la pédale au plancher, et c’est ce qui fait sa force. Tout ce qu’elle connaît, c’est se vider les tripes. C’est pourquoi j’aime l’avoir dans mes groupes.

« Elle ne fait pas des millions. Oui, elle a des commanditaires. Mais elle s’entraîne aussi fort que des gars qui gagnent très bien leur vie avec ça. J’adore la voir travailler. Et moi aussi, je la challenge, pour qu’elle continue à se développer. On parle de Marie-Philip, mais c’est la même chose avec Mélodie Daoust, avec Ann-Sophie Bettez. Les filles amènent de quoi d’exceptionnel à mes sessions. »

Objectif : Championnat du monde

À court terme, le perfectionnement se fera par les entraînements. L’édition 2020 de la Coupe des quatre nations — tournoi qui a généralement lieu en novembre — semble être à l’eau.

Les joueuses croisent donc les doigts pour affronter les Américaines en décembre, dans le cadre d’un évènement comme la Série de la rivalité, initiative lancée en février 2019.

« En ce moment, tout est reporté, indique Poulin. Normalement, en septembre, on a un camp, et ç’a été reporté. C’est une longue saison morte, donc on y va un jour à la fois. Ça va commencer en décembre, mais ce sera une saison condensée, une grosse année de décembre à avril et, ensuite, ce sera notre concentration pour les Jeux olympiques.

« On espère que les frontières ouvriront éventuellement. Mais on ne pense pas pouvoir affronter les Américaines avant décembre. On espère que le Championnat du monde aura lieu en 2021. Ce sera notre gros évènement. »

Ledit Championnat du monde est de nouveau prévu en Nouvelle-Écosse, et les Canadiennes pourraient donc jouer devant une foule partisane, si foule il y a. Avec ce qu’elles viennent de vivre, on devine toutefois que les joueuses tiendront simplement à jouer, peu importe ce qui se passe dans les gradins.