Le règne de Dale Tallon en Floride est finalement terminé.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

En dix saisons à la tête des Panthers, son équipe a participé aux séries éliminatoires seulement deux fois, sans jamais remporter le moindre tour (hormis une interruption d’un an en 2016-2017).

Les Panthers ont pourtant repêché quatre fois dans le top 4 entre 2010 et 2014 : Erik Gudbranson, 3e en 2010, Jonathan Huberdeau, 3e en 2011, Aleskander Barkov, 2e en 2013, et Aaron Ekblad, 1er en 2014.

« Dale a élevé le profil de l’équipe dans la dernière décennie, il a attiré des joueurs importants dans le sud de la Floride et amené du caractère et de la classe à notre organisation, a déclaré le propriétaire Vincent Viola dans un communiqué de presse diffusé dimanche soir. Nous avons acheté les Panthers en 2013 dans un but unique, remporter la Coupe Stanley. Nos efforts n’ont pas porté leurs fruits. Nous commençons dès maintenant à chercher un nouveau directeur général. »

Le DG déchu des Panthers a été embauché avec fanfare en 2010. On voyait en lui un sauveur, après neuf exclusions consécutives des séries. On attribuait à Tallon les succès des Blackhawks de Chicago.

Tallon avait été congédié un an plus tôt, en 2009, après avoir vu les Blackhawks atteindre la finale de l’Association de l’Ouest. Chicago avait raté les séries lors des cinq saisons précédentes. Ils ont remporté la Coupe trois fois après son départ, entre 2010 et 2015.

Chicago a terminé 28e et 26e lors des deux premières années de Tallon avec les Hawks, en 2006 et 2007. Leurs insuccès ont permis à l’organisation de repêcher Jonathan Toews au troisième rang en 2006 et Patrick Kane au premier rang en 2007.

Monstrueux contrats

Parallèlement à cette reconstruction, Tallon a ensuite offert des monstrueux contrats à Cristobal Huet, 22,5 millions pour quatre ans, et au défenseur Brian Campbell, 55,7 millions pour huit ans. Les deux n’ont pas eu l’impact espéré à Chicago.

Tallon a été congédié en juillet 2009. Les Hawks venaient pourtant d’atteindre le carré d’as. On lui reprochait cependant d’avoir envoyé en retard ses offres qualificatives à huit futurs joueurs autonomes avec compensation. « Je ne sais pourquoi c’est arrivé en retard, je ne suis pas facteur, avait-il déclaré aux journalistes à l’époque. Nous aurions pu les envoyer plus tôt. Nous ne l’avons pas fait, mais heureusement, nous avons réussi quand même à mettre tous ces joueurs sous contrat. »

Les Blackhawks ont conservé leurs joueurs, mais ils ont dû leur accorder des augmentations de salaire non nécessaires. Kris Versteeg et Cam Barker, par exemple, ont vu leur salaire bondir de 900 000 $ à 3 millions annuellement.

L’un des membres de sa garde rapprochée, Stan Bowman, a pris le relais, entouré par Marc Bergevin et Kevin Cheveldayoff, entre autres, deux futurs directeurs généraux. Un an plus tard, Chicago gagnait la Coupe.

Tallon a tenté de reproduire le même plan en Floride. Les Panthers ont terminé 28es au classement général en 2011, 30es en 2013 et 29es en 2014. Mais malgré plusieurs hauts choix au repêchage, Tallon, contrairement à Stan Bowman à Chicago, n’a jamais pu trouver la bonne recette pour permettre à l’équipe de prendre son envol.

DIX DÉCISIONS DOUTEUSES

1– Dès son entrée en poste en 2010, il offre plusieurs généreux contrats à des joueurs de second plan ou en fin de carrière. Il donne 12 millions sur quatre ans à Tomas Kopecky qui, à 29 ans, a connu une seule saison offensive potable, 14 millions sur quatre ans à Scottie Upshall, dont la meilleure saison offensive dans la LNH est de… 34 points. Puis il y a eu cet horrible contrat de 16,5 millions pour quatre ans au défenseur Ed Jovanovski, 35 ans et nettement en déclin. Un an plus tard, il donne 18 millions pour quatre ans à Tomas Fleischmann. Celui-ci a connu une bonne première saison avant de voir sa production décliner de façon draconienne.

2– Tallon n’a pas appris de la première fois. Lors de l’ouverture du marché des joueurs autonomes en 2014, il a donné 60 millions à six joueurs : Dave Bolland, Jusse Jokinen, Willie Mitchell, Shawn Thornton, Al Montoya et Derek MacKenzie.

3– L’idée d’amasser les choix de premier et deuxième tours à son arrivée en 2010 était bonne. Tallon a obtenu deux choix supplémentaires de premier tour en échangeant Nathan Horton et Keith Ballard. Il a amassé deux choix de deuxième tour supplémentaires en échangeant Dennis Seidenberg et Jordan Leopold. Mais le repêchage a été désastreux. Au troisième rang, Erik Gudbranson a été préféré à Ryan Johansen, Jeff Skinner, Mikael Granlund, Cam Fowler, Jaden Schwartz et Vladimir Tarasenko. Parmi les cinq autres choix dans les deux premiers tours, Nick Bjugstad a connu une carrière intéressante, mais a obtenu une seule saison de plus de 43 points. Trois autres ont disputé moins de 100 matchs et Alex Petrovic a toujours été un défenseur marginal.

4– On ne peut ranger l’arrivée de Roberto Luongo parmi les décisions douteuses puisque le gardien québécois a amené de la stabilité aux Panthers, mais la transaction n’a pas été profitable à long terme. En mars 2014, Dale Tallon échange son gardien d’avenir, Jakob Markstrom, 24 ans, et Shawn Matthias pour obtenir Luongo, 35 ans, et son énorme contrat. Mal entouré, Luongo n’a jamais réussi à leur permettre de franchir le premier tour. Luongo a pris sa retraite en 2019. Markstrom vient d’avoir 30 ans. Il est le gardien numéro un des Canucks depuis trois ans. Il vient de connaître sa meilleure saison en carrière. La transaction a été profitable à court terme pour la Floride, mais pas à long terme.

5– À l’aube du repêchage de l’élargissement des cadres, il a choisi de ne pas protéger Jonathan Marchessault malgré sa saison de 30 buts et d’échanger Reilly Smith aux Golden Knights de Vegas afin d’inscrire quatre défenseurs sur sa liste, parmi lesquels Alex Petrovic et Mark Pysyk, deux défenseurs très marginaux. Dès l’année suivante, Marchessault et Smith, membres du premier trio des Golden Knights, permettaient à Vegas d’atteindre la finale. Petrovic était échangé un an plus tard pour un choix de troisième tour et un joueur de second ordre. Pysyk a joué en moyenne 12 minutes l’an dernier. Il n’a jamais obtenu plus de 18 points dans une saison.

6– Jason Demers a été obtenu par Tom Rowe pendant l’année « sabbatique » de Tallon. Celui-ci l’a vite échangé à son retour contre Jamie McGinn. Demers est devenu depuis l’un des défenseurs les plus utilisés chez les Coyotes. McGinn a été blessé, puis abandonné deux ans plus tard. Il a disputé deux matchs cet hiver, dans la Ligue américaine.

7– L’un des seuls bons choix de 2010, Zach Hyman, repêché au cinquième tour, voulait s’assurer d’obtenir un poste rapidement en Floride lors de ses négociations de contrat en 2015, après une saison de 54 points en 37 matchs au Michigan. Les discussions ont mal tourné. Tallon l’a échangé aux Maple Leafs pour Greg McKegg. Hyman jouait sur le deuxième trio avec William Nylander en séries. Il a marqué 21 buts en 51 matchs cet hiver. McKegg a été perdu au ballottage moins de deux ans plus tard.

8– Le DG des Panthers aimait s’impliquer dans le repêchage. En 2015, l’équipe repêche le colosse Lawson Crouse au 10e rang. Mathew Barzal, Kyle Connor, Thomas Chabot, Brock Boeser et Travis Konecny étaient encore disponibles. Crouse a été échangé pour des choix de deuxième et troisième tours il y a quatre ans. C’est un compteur de 25 points par saison.

9– En 2017, Tallon accorde 39 millions pour huit ans à son jeune défenseur Mike Matheson. Celui-ci a joué en moyenne 18 minutes cet hiver sous Joel Quenneville et il a été rayé de la formation lors des deux derniers matchs de la ronde préliminaire des Panthers ces derniers jours.

10– Dale Tallon a donné l’été dernier 70 millions pour sept ans à Sergei Bobrovsky, qui jouait derrière la meilleure défense de la LNH à Columbus. En 50 matchs, il a maintenu une fiche de 23-19-6, une moyenne de 3,23 et un taux d’arrêts de ,900. Il lui reste six ans de contrat à 31 ans…