(TORONTO) Le Canadien a beau mener 2-1 dans la série contre les Penguins, les failles de l’équipe ne sont pas disparues par magie. Contrairement à Fred Caillou, Claude Julien n’a pas un Grand Gazou qui peut régler ses problèmes en un claquement de doigts.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

À ce stade-ci de la série, ce n’est pas non plus à l’entraînement que les problèmes se corrigent. Pour jeudi après-midi, Julien planifiait un entraînement « très léger, juste pour sortir les gars de l’hôtel », a-t-il expliqué.

Vendredi, à 16 h, quand s’amorcera le quatrième duel de la série, ces problèmes seront donc encore présents. Appelons-les les drapeaux rouges, des signaux que tout ne tourne pas rond pour autant.

Ce n’est pas une fatalité, remarquez. La tenue de Jonathan Drouin était inquiétante dans les deux premiers matchs. Mercredi, le Québécois s’est pointé devant le filet, la rondelle l’a trouvé, et une déviation plus tard, son langage corporel a changé du tout au tout.

Quels sont donc ces drapeaux rouges ?

Des problèmes aux ailes

S’il y a deux valeurs sûres chez le Canadien depuis deux ans, ce sont Brendan Gallagher et Tomas Tatar.

Les deux sont des modèles de constance. Cette saison, les plus longues séquences sans points de Tatar ont duré trois matchs. Même chose pour Gallagher, régulier comme un métronome depuis que sa manie de se fracturer la main gauche lui est passée.

PHOTO NATHAN DENETTE, LA PRESSE CANADIENNE

Brendan Gallagher (11) est maintenu sur la glace par Sidney Crosby (87) lors du deuxième match du Canadien face aux Penguins

En trois matchs depuis le début de la série, Tatar n’a pas de points. Il n’a aussi que trois tirs au but, notamment parce que sur ses meilleures occasions, en début de série, il a carrément raté la cible.

Gallagher, lui, n’a qu’une passe en trois matchs. Son problème, ce n’est pas qu’il ne fait pas d’effort, c’est plutôt son état de santé : il semble jouer sur une patte depuis un match et demi.

Restons à l’aile. Si Drouin a semblé trouver un second souffle après son but, Joel Armia demeure préoccupant. Le Finlandais a pourtant toutes les occasions : il joue 17 minutes par match, dont près de 3 minutes en avantage numérique. Il est l’unique ailier imposant dans cette équipe, ce qui devrait faire de lui – théoriquement – un joueur très utile en séries. Mais après trois matchs, il n’a pas de point.

Là où ça devient intéressant, c’est de voir que Julien a jumelé ces trois ailiers (et Drouin) à ses deux plus jeunes centres dans l’espoir de les relancer. Nick Suzuki a hérité du duo Tatar-Gallagher, tandis que Jesperi Kotkaniemi se retrouve avec son compatriote Joel Armia.

« On répond bien au centre, que ce soit KK, Suz ou [Max] Domi, estime Phillip Danault. On est jeunes, mais on montre du caractère, on ne se laisse pas marcher sur les pieds. On respecte quand même les Penguins, mais on est là pour gagner, et rien d’autre. »

Le cas Max Domi

Parmi les 17 patineurs du Canadien qui n’ont pas terminé le match 3 en sang, qui a été le moins utilisé à forces égales ? Deux morceaux de robot si vous avez répondu Max Domi !

Cette situation devient préoccupante. Quand Julien a voulu sortir son équipe de sa torpeur, il a limité ses changements à ses trois premiers centres, tout en laissant Domi avec Dale Weise comme ailier. Le fils de Tie n’a donc joué que 7 min 36 s à forces égales. Ses cinq minutes en avantage numérique ont haussé son temps d’utilisation.

Domi a terminé le match de mercredi sans aucune tentative de tir, il n’a pas de point en trois rencontres et affiche un différentiel de - 2.

À son point de presse de jeudi, Julien a été interrogé sur ce que le but marqué par Drouin pourrait avoir comme effet sur sa confiance. En écoutant sa réponse, il est facile de faire un rapprochement avec Domi.

« [Drouin] était assurément soulagé, il avait moins de pression sur les épaules. Il a senti qu’il apportait sa contribution. Il n’y a aucun doute que c’est bon pour sa confiance. C’est clair qu’il était plus énergique et on espère qu’il va continuer ainsi. »

Le sixième défenseur

Les statistiques de possession de rondelle sont souvent utiles, mais parfois, elles sont trompeuses.

Après trois matchs, Victor Mete occupe le 2e rang parmi les six défenseurs du CH pour l’indice Corsi (tentatives de tirs que le Canadien contrôle quand il est sur la patinoire) avec 51,6 %. Derrière lui se retrouvent notamment Brett Kulak (50 %) Shea Weber (45,4 %) et Ben Chiarot (39,6 %).

Pourtant, nos yeux nous disent de façon assez claire que Mete a été le pire défenseur du Tricolore depuis le début de la série. Le temps d’utilisation est un autre bon indice : il n’a joué que 33 minutes en trois matchs !

Contrairement à la situation à l’avant, Julien n’a toutefois pas de solutions viables dans son groupe de jeunes. Son option privilégiée semble être Christian Folin, qui s’entraîne comme septième défenseur depuis l’arrivée à Toronto.

Le désavantage numérique

Enfin, dans une série où les officiels ne laissent pas passer grand-chose, l’infériorité numérique du Canadien perd en efficacité. Dans le deuxième match, les Penguins ont tiré 14 fois sur Carey Price avec l’avantage d’un homme, sans marquer. Mercredi, ces tirs se sont convertis en buts, deux fois plutôt qu’une.

« Ça aura un gros effet. On a confiance, on tire, on génère des occasions sur les retours, a analysé l’attaquant des Penguins Patric Hornqvist. C’est ça, l’avantage numérique. »

Bref, malgré l’avance de son équipe dans la série, Claude Julien aura amplement de matériel pour rappeler à ses joueurs que cette série est loin d’être gagnée.

« C’est à nous de garder les joueurs dans le moment et ne pas les laisser s’emporter, expliquait Julien jeudi matin. On a de bons vétérans qui aident à garder les gars les deux pieds sur terre. Je ne vois pas ça comme un problème, mais comme un défi. »

Présence « douteuse » pour Evans

Par ailleurs, Claude Julien a indiqué que la présence de Jake Evans était « douteuse » vendredi. L’attaquant recrue a été victime d’une percutante mise en échec de Brandon Tanev mercredi et a quitté le match en deuxième période, ensanglanté et sonné. « Je n’ai pas vraiment eu de nouvelles depuis hier. Il s’est fait ébranler. En ce moment, je dirais que sa présence est douteuse. S’il s’absente, on verra comment on gère ça », a indiqué l’entraîneur-chef. L’absence d’Evans pourrait permettre à Jordan Weal de revenir dans la formation, à moins que Julien opte pour la recrue Ryan Poehling, qui s’est entraîné avec le groupe principal mercredi matin.