« On ne peut pas avoir de passagers. »

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Ces mots, ce sont ceux de Claude Julien après la défaite des siens, lundi soir. Une critique dure. Grinçante. Mordante. Pour piquer les joueurs là où ça fait le plus mal.

Dans leur orgueil.

L’entraîneur-chef s’est bien gardé de nommer les coupables. Je vais donc le faire à sa place.

PHOTO NATHAN DENETTE, LA PRESSE CANADIENNE

Joel Armia s’est fait battre par Sidney Crosby en première période, ce qui a mené au premier but des Penguins.

D’abord, Joel Armia. Auteur d’un match épouvantable. Sur le premier but des Penguins, il a ralenti lors de son repli défensif… contre Sidney Crosby. Une erreur impardonnable. Le capitaine des Penguins s’est retrouvé en échappée. Il a logé la rondelle entre les jambières de Carey Price. Un tir archi-précis, qui lui aurait permis de gagner la plus grosse peluche de La Ronde.

Puis l’ailier finlandais est allé visiter le banc des punitions.

Pas une.

Pas deux.

Trois fois. Pour avoir retenu, accroché et fait trébucher. Il s’en est bien tiré, car l’attaque à cinq des Penguins est en panne sèche.

Mais ses écarts de conduite ont surtaxé Phillip Danault et Nick Suzuki, qui se passaient le relais comme des patineurs courte piste. À la fin de la deuxième période, les deux meilleurs centres du Canadien étaient épuisés.

« En désavantage numérique, on a fait du bon travail, a reconnu Julien. Mais on a beaucoup fatigué nos joueurs. »

Surtout qu’ils ont aussi purgé deux autres punitions tout aussi inutiles, pour des surplus de joueurs sur la patinoire. Claude Julien bouillait de rage.

« C’est un manque total de concentration des joueurs, a-t-il dit. De savoir que leur [coéquipier] est encore sur la patinoire, c’est leur responsabilité. Dans un cas, c’est une question de jeunesse. Dans l’autre, on n’a pas porté attention à la situation. C’était un jeu de puissance. Deux défenseurs ont sauté sur la patinoire, alors qu’il aurait dû n’y en avoir qu’un. Il faut que les gars se concentrent mieux. »

L’angle de la caméra ne nous a pas permis de voir les coupables. Julien nous a suggéré de regarder le sommaire du match. « Prends le temps de regarder la feuille de pointage. Tu vois le temps de glace de certains joueurs. Certains, c’est pour des punitions. D’autres, c’est parce qu’ils ne nous en ont pas assez donné. »

Partons en bas de la liste.

Victor Mete a joué moins de 10 minutes. Il est resté très longtemps au banc après la première punition d’équipe. Je me demande quelle est son utilité dans la formation. Oui, il patine bien. Oui, il est jeune. Mais quel est son rôle, exactement, s’il ne joue ni en supériorité numérique, ni en infériorité, et que Julien évite de l’opposer aux meilleurs trios adverses ?

Jesperi Kotkaniemi, auteur du seul but du Canadien, a lui aussi eu le temps de se laisser pousser une barbe sur le banc entre deux présences. Il faut dire que Julien ne lui fait pas confiance en infériorité numérique, ce qui limite ses chances de jouer.

Dale Weise et Jordan Weal ont chacun joué moins de huit minutes. Par contre, ils ont perdu leur centre en fin de deuxième période. Max Domi est allé faire un tour entre Tomas Tatar et Brendan Gallagher. Pour donner un répit à Phillip Danault, mais aussi pour générer un peu d’offensive. En vain.

Domi, Tatar et Gallagher doivent trouver le moyen d’obtenir des tirs de meilleure qualité. Mikael Nahabedian, qui s’occupe des statistiques pour les Martlets de McGill, a épié les entrées de zone de chaque joueur du Canadien, lundi. Gallagher en a tenté 12. Le plus haut total de l’équipe. Il n’a gardé le contrôle qu’une seule fois. Tatar ? 2 en 9. Armia ? 0 en 7. Conséquence : peu de tirs menaçants de l’enclave contre Matt Murray, à l’exception d’un tir de Tatar et d’une déviation d’Armia.

L’avantage numérique est aussi à plat. Depuis longtemps, d’ailleurs. C’est le pire de la Ligue nationale depuis le 1er janvier, avec moins de 10 % d’efficacité. Lundi soir ? Un seul tir, en trois occasions. Et que s’est-il passé dans les deux dernières minutes, lorsque Carey Price est rentré au banc à la faveur d’un attaquant ? Rien.

En fait, c’est faux. Les Penguins ont marqué dans un filet désert.

Les attaquants du Canadien doivent faire mieux. Ils doivent éviter le banc des punitions. Attaquer le filet. Prendre des tirs de meilleure qualité. Ils doivent s’installer dans le siège du conducteur, et pas dans celui du passager épaté par les feintes de Crosby et Malkin.