(Toronto) Les séries de 2017, vous vous souvenez ? L’énergie d’Alexander Radulov, la léthargie de Max Pacioretty, l’intensité d’Andrew Shaw… On le sait, ça commence à faire longtemps. L’attitude n’était même pas encore un problème chez le Canadien, imaginez !

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

On a aussi tendance à l’oublier, mais Carey Price s’était très bien débrouillé. Après quatre matchs, il montrait une efficacité de ,942.

Une efficacité de ,942 ? Le Canadien l’avait assurément emporté en 4, direz-vous ? Non. D’accord, il devait bien mener 3-1 dans ce cas ? Non plus. C’était 2-2. Et deux matchs plus tard, Price était en vacances, malgré une efficacité de ,933. Les Rangers avaient étouffé le Tricolore.

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On revient en 2020, dans une série que le CH n’avait aucune chance de gagner — sur papier — avant de commencer. Pourquoi, aucune chance ? En raison d’un énorme déficit de talent, et parce qu’au fil des années, l’aura d’invincibilité de Price s’est peu à peu estompée, même si nombre de joueurs continuent à le voir comme l’un des meilleurs de son métier. Bref, la formule des Sabres de Buffalo de l’époque de Dominik Hasek, ça semblait peu réaliste.

Lundi, le CH s’est incliné 3-1 devant les Penguins. La série de qualification est maintenant égale, à 1-1, et devient donc un 2 de 3. Price ? Après deux matchs, il affiche ,950 d’efficacité. En gros, il faut que les Penguins tirent 20 fois pour marquer un but.

PHOTO NATHAN DENETTE, LA PRESSE CANADIENNE

Carey Price a connu un fort deuxième match contre les Penguins.

« Il nous a donné la chance de gagner les deux matchs », a souligné Claude Julien, en point de presse.

[Price] est de loin notre meilleur joueur depuis deux matchs. J’aurais aimé qu’on réponde mieux. Il vit à la hauteur de sa réputation.

Claude Julien

« Notre meilleur joueur » ? L’expression est faible. Lundi, les Penguins ont joué 9 min 20 s en avantage numérique. Un sixième du match ! Contrairement au match de samedi, l’attaque à cinq des hommes en noir fonctionnait, cette fois. Pendant ces neuf minutes, les Penguins ont tiré 14 fois sur Price. Ses arrêts contre Kristopher Letang en deuxième période feront le tour des bulletins télévisés.

Bref, le simple fait de rentrer au vestiaire en retard par un but après 40 minutes relevait du miracle pour le Canadien. Price a d’ailleurs réalisé un autre arrêt important pour préserver ce miracle, quand il a stoppé Bryan Rust en échappée avec 15 secondes à jouer.

C’est dans ce contexte qu’on peut comprendre sa réaction après le deuxième but des Penguins, avec cinq minutes à jouer. La rondelle était à peine rentrée qu’il levait les yeux au ciel, comme un gars qui savait très bien qu’il ne pouvait pas se permettre d’en laisser passer une autre, même s’il n’avait aucune chance sur le jeu.

« Je ne peux pas dire que nous n’avons pas poussé », a dit Phillip Danault, en désaccord avec l’idée que l’équipe a laissé tomber le gardien. « Nous avons pris trop de punitions, et ça nous a coupé les jambes. On était trop souvent en désavantage numérique. Price est solide à tous les matchs, mais ça fait partie de la game de perdre un match. »

Dans sa position de négligé, le Canadien ne battra pas les Penguins 5-1 ou 6-3. S’il arrache cette série, avec une attaque qui manque d’options, ce sera dans des matchs à faible pointage, avec un gardien qui ne laissera pas passer de mauvais buts. Exactement ce que Price fait depuis samedi.

Le problème, c’est que même sans donner de mauvais buts, Price ne pourra pas continuer à ce rythme éternellement. Sa meilleure performance depuis le début de sa carrière dans une série complète ? Une efficacité de , 939 contre les Sénateurs d’Ottawa en 2015. Et ça, c’était le Carey Price qui allait gagner les trophées Hart et Vézina deux mois plus tard.

Dans le détail

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Jonathan Drouin

Que se passe-t-il avec Drouin ?

Après ses trois pénalités et son tir de punition complètement raté samedi, la soirée de lundi ne pouvait pas être pire pour Jonathan Drouin, n’est-ce pas ? N’est-ce pas ? L’attaquant a collé sa deuxième sortie inquiétante de suite. À l’exception d’une séquence où son jeu combatif a forcé Marcus Pettersson à écoper d’une punition en première période, il est très dur de se souvenir d’un jeu positif de sa part. Avec ce qu’il a accompli dans le junior, mais surtout en 2016 à Tampa, Drouin a toujours eu l’étiquette d’un joueur qui se lève quand l’enjeu est grand. L’attaquant s’était plaint du peu d’ambiance la semaine dernière, mais si c’est réellement ce qui l’empêche de dominer, l’heure est grave.

PHOTO NATHAN DENETTE, LA PRESSE CANADIENNE

Max Domi

Des occasions de plus pour Domi

Pas besoin d’être un fin stratège pour se rendre compte que Max Domi, qui a Jordan Weal et Dale Weise comme ailier, n’est pas idéal. Domi n’est pas parfait, mais il possède des habiletés offensives largement supérieures à celles des deux autres, et on ne cesse de dire qu’il est fait sur mesure pour les séries. Cela dit, l’indiscipline du Tricolore a peut-être réglé une partie du problème. C’est qu’après les désavantages numériques, Claude Julien a tout intérêt à envoyer Tomas Tatar et Brendan Gallagher, qui ne jouent pas à 4 contre 5. Mais comme Phillip Danault, lui, joue dans ces circonstances, l’occasion est parfaite pour donner à Domi quelques présences avec des ailiers talentueux. Pour l’heure, par contre, ça colle plus ou moins entre les trois…

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Le centre Jared McCann (à droite)

Un vétéran invisible

Interrogé sur la faible utilisation de Patrick Marleau dans le premier match, Mike Sullivan s’est braqué. « On ne le limite pas, c’est tout un joueur. » On veut bien, mais après avoir joué 11 minutes dans le premier match, le vétéran de 40 ans a été limité à 9 minutes dans le match de lundi. À l’exception d’un tir sur le poteau extérieur en troisième période, il n’a guère été visible. Son utilisation a été limitée notamment parce qu’il ne fait pas partie des unités d’avantage numérique des Penguins. Essentiellement, on lui préfère le centre Jared McCann au sein de la deuxième unité. L’an dernier, le Saskatchewanais avait pourtant sa place en supériorité numérique au sein de l’attaque des Maple Leafs de Toronto, qui n’était pas vilaine… Pour ceux qui l’auraient oublié, les Penguins ont acquis Marleau des Sharks de San José pour un choix conditionnel de troisième tour.

En hausse : Artturi Lehkonen

Grosse soirée de travail en désavantage numérique, mais le Finlandais a aussi trouvé le moyen d’y aller de quelques bonnes poussées offensives.

En baisse : Joel Armia

Comme Danault samedi, un joueur de son importance en désavantage numérique ne peut pas se permettre trois pénalités dans un match. On cherche aussi ses bonnes séquences en possession de rondelle.

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Nombre de pénalités mineures du Canadien après deux matchs. Difficile de se donner du rythme offensivement dans ces circonstances.

Troisième match de la série mercredi, à 20 h