(TORONTO) Ce premier dimanche dans le 416 (le Six, pour les intimes) s’est passé exactement comme prévu. Il était évident qu’au lendemain du premier match de la série Canadien-Penguins, l’entraîneur allait devoir défendre son troisième duo de défenseurs.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Seulement, on ne pensait pas que c’est Mike Sullivan qui allait le faire !

« Es-tu en train de me dire que tu les blâmes pour le premier et le troisième buts ? » a rétorqué l’entraîneur-chef des Penguins à un collègue qui soulignait le différentiel de - 2 de Jack Johnson et Justin Schultz.

Quand on se compare, on se console, et Claude Julien sera sans doute rassuré de voir que son vis-à-vis n’échappe pas à de telles questions quand les choses vont moins bien.

Ce n’est pas la panique chez les Penguins, remarquez. Cette équipe a du vécu. « Il y a eu beaucoup de positif et on n’est nullement découragés par ce match », a affirmé Sullivan. « On sent qu’on a contrôlé la majorité du match », a ajouté l’attaquant Jared McCann.

C’est une équipe qui voudra rebondir. C’est important de ne pas s’emporter avec une victoire et de réaliser qu’on devra être meilleurs qu’on l’a été [samedi].

Claude Julien

N’empêche, la victoire du Tricolore ajoute une certaine pression sur Pittsburgh. Dans les 83 séries trois de cinq disputées dans l’histoire de la LNH, l’équipe qui gagne le premier match a remporté la série 68 fois (81,9 %). À titre comparatif, dans une série quatre de sept, l’équipe qui gagne le premier match a remporté 69,6 % des séries, selon les données de Hockey Reference. Bref, la différence est importante.

Mais une équipe avec autant de punch à l’attaque que les Penguins a des faiblesses à exploiter pour revenir dans le droit chemin.

Un groupe drôlement composé

On vous parlait du troisième duo de défenseurs. C’est que sur papier, le tandem formé par Victor Mete et Xavier Ouellet apparaît comme une grosse faiblesse du Canadien.

Mete, à sa troisième année, n’a toujours pas gagné la pleine confiance des entraîneurs, tandis que Ouellet a rendu de fiers services à l’organisation, mais dans la Ligue américaine. Depuis que le Canadien l’a embauché en 2018, le Québécois a joué 31 matchs dans la grande ligue, et 86 à Laval.

On parle de ce troisième duo, mais combien d’équipes jouent les séries avec un défenseur no 4 qui a été laissé de côté à 15 (!) reprises pendant la saison ? C’est pourtant ce qui est arrivé à Brett Kulak, un arrière capable du meilleur comme du pire. Samedi, c’était la bonne version de Kulak, celle qui ressemble à un défenseur adéquat s’il est employé de façon raisonnable.

On pourrait même ajouter le cas de Ben Chiarot, abondamment documenté. Si le reste de la LNH l’avait su capable de jouer 23 minutes par match, comme il l’a fait à Montréal, il aurait obtenu bien plus que 3,5 millions de dollars par saison !

Mais cette défense drôlement assemblée a plié sans casser, samedi. Elle a certes permis 41 tirs, et 55 autres tentatives de tir qui ne se sont pas rendues au filet, mais ça a tenu le coup.

La robustesse

Les Penguins peuvent bien chercher à exploiter les défenseurs 4, 5 et 6, il demeure que ce sont surtout Chiarot, Shea Weber et Jeff Petry qu’ils verront au cours de cette série. Ils le savent et se concentrent visiblement sur eux.

« Leurs trois premiers défenseurs jouent beaucoup de minutes. On peut mettre des rondelles derrière eux et les faire travailler, les forcer à faire des sorties de zone et à travailler vraiment très fort pour s’installer en attaque », a observé Brian Dumoulin, défenseur des Penguins.

Pittsburgh devra en effet trouver une solution. Même si les chiffres des tirs au but n’ont pas été flatteurs pour les trois colosses du Canadien, ils sont parvenus à accomplir l’essentiel de leur tâche : limiter le nombre de rondelles derrière la ligne rouge. Weber, Chiarot et Petry ont totalisé 15 mises en échec et probablement le triple de coups de bâton dans le dos ; c’était le samedi de la matraque 56 ans après l’original, sans la royauté.

« On était autour du filet, mais pas autant dans les lignes de tir que ce qu’on aurait voulu », a noté le vétéran Patrick Marleau.

Leurs gros défenseurs ont réussi à nous tenir loin du filet. Mais on a aussi raté nos chances, on patinait à travers le demi-cercle sans s’y établir.

Conor Sheary, l’ailier droit de Sidney Crosby

« En séries, tu dois épuiser l’adversaire et on l’a bien fait, a rappelé Chiarot. On n’est pas une équipe particulièrement grosse et forte, mais tout le monde a fini ses mises en échec [samedi] et a joué avec robustesse. C’est tellement important en séries. »

Il sera intéressant de voir dans quelle mesure le Tricolore tentera de jouer la carte de la robustesse. À l’exception des trois défenseurs susmentionnés, ce n’est guère dans les habitudes de la maison de jouer de cette façon. Joel Armia est l’unique attaquant gros format. Brendan Gallagher aime le jeu rude, mais il est plus souvent la victime que l’agresseur. Il y a bien Max Domi, capable de se défendre avec ses poings, quand ce n’est pas ce qui ressemble à un coup de bâton dans la fourche.

Pas dans les habitudes de la maison, mais les Penguins ont maintenant perdu leurs sept derniers matchs en séries. L’an passé, ils ont été balayés par les Islanders, une équipe qui épuise ses adversaires à coups d’épaule. L’année précédente, les Capitals – un des clubs les plus costauds – ont envoyé les Penguins en vacances.

Le Canadien n’a absolument rien en commun avec ces deux équipes. Mais il y a là un filon à exploiter.

Deuxième match de la série Canadien-Penguins lundi à 20 h.

En bref

Pas d’amis !

Ce coup de Domi à Crosby n’est pas passé inaperçu. Sans en parler directement, Claude Julien a visiblement aimé l’approche de son attaquant dans ses duels avec le numéro 87. « Quand Max a joué contre Crosby, il a joué dur, a reconnu l’entraîneur-chef de Montréal. C’est ce dont on a besoin, c’est ce qu’on essaie de faire. En séries, il n’y a pas d’amis. Tant que la série dure, les joueurs de l’autre côté, il ne faut pas les aimer. » Crosby, rappelons-le, a raté six jours au camp d’entraînement en raison d’une blessure dont la nature n’a pas été dévoilée. Les joueurs du CH pourraient être tentés de vérifier si Crosby est bel et bien guéri… Remarquez que ça n’a pas empêché le capitaine des Penguins de marquer un but.

Repos et vidéo

Au lendemain d’un match plutôt intense qui s’est terminé à 35 minutes du coup de minuit, les joueurs du Canadien ont eu droit à un congé dimanche. Julien a indiqué en visioconférence que seuls les joueurs laissés de côté samedi allaient chausser les patins dimanche. « On aura un petit entraînement rapide [lundi], ça va nous aider à raccourcir la longue journée avec le match à 8 h le soir. Aujourd’hui, c’est plus du vidéo, les joueurs vont se reposer et on va se préparer. » Les Penguins ont quant à eux tenu un entraînement, et d’après Conor Sheary, la séance a surtout porté sur les unités spéciales. Les Penguins ont marqué une fois en sept avantages numériques, mais ils ont surtout raté leur coup sur un cinq contre trois de 92 secondes.

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