(TORONTO) Ce n’est peut-être pas naturel pour les partisans du Canadien d’avoir de la sympathie pour un joueur des Maple Leafs, mais on pouvait très bien ressentir l’envie dans la voix de Tyson Barrie.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

« Le plus difficile, c’est qu’on ne passe pas beaucoup de temps dehors », a expliqué Barrie, en visioconférence, jeudi. « La température est magnifique à Toronto en ce moment. On roulait sur le boulevard Lake Shore, tout le monde était dehors et faisait du vélo. À l’hôtel, on se sent un peu enfermés. Mais ça va. »

Quelques minutes plus tôt, son coéquipier Jason Spezza a tenu des propos similaires. « Aujourd’hui, l’entraînement était tôt, donc on a plus de temps. On va essayer d’en profiter pour aller dehors. Le plus gros changement est le manque de temps en plein air à ce temps-ci de l’année. On va essayer de faire un effort pour sortir et prendre l’air. »

Les Leafs sont logés à l’hôtel Royal York – le même où logent les joueurs du Canadien – et doivent donc prendre une navette pour se rendre au centre d’entraînement, situé en banlieue ouest. Comme ils sont soumis à un protocole strict, la « sortie » au centre d’entraînement est essentiellement leur unique sortie du jour.

Le reste du temps, les joueurs doivent le passer à l’hôtel, à moins qu’ils aient une « excursion sociale » (on y reviendra) prévue. Il y a bien des espaces extérieurs sur le site de l’hôtel, mais le Royal York est bâti en plein centre-ville et ne regorge pas de balcons et de grands espaces.

L’importance du plein air

Au même moment, les joueurs du Canadien prenaient justement l’air. L’équipe avait droit à un congé d’entraînement jeudi, et des joueurs ont pris l’initiative de réserver le BMO Field pour une excursion sociale. Pendant le tournoi, le terrain du Toronto FC a été transformé en « lounge » en plein air pour les joueurs des 12 équipes dans la bulle de Toronto. Pour s’y rendre, ils doivent emprunter une navette de l’hôtel.

Peut-être sans le savoir, les Max Domi, Tomas Tatar, Victor Mete et autres Jesperi Kotkaniemi qui s’y sont rendus pourraient ainsi profiter d’une meilleure nuit de sommeil.

« Ce qui peut être problématique, c’est la question de l’exposition à la lumière et de l’exercice, explique le DJoseph De Koninck, professeur émérite spécialisé en sommeil à l’Université d’Ottawa. L’horloge biologique, chez la plupart des gens, est plus longue que 24 heures. Si on vit enfermé dans une caverne, on va avoir tendance à se coucher plus tard, on vivra le phénomène de retard de phases. Ce qui nous synchronise, c’est l’exposition à la lumière. »

Si les joueurs font leur exercice en après-midi, et qu’ils ne sortent pas le matin, ils auront tendance à s’endormir plus tard. Même chose si les repas sont plus tard.

Le DJoseph De Koninck

Les joueurs du CH n’auront toutefois pas d’avantage compétitif sur ceux des Penguins. Eux aussi avaient congé, et eux aussi en ont profité pour se délier les jambes sur le terrain de soccer.

Voyez les Penguins au BMO Field : https://twitter.com/penguins/status/1288956385355542529

Habitudes bouleversées

On l’entend souvent : les joueurs de hockey ont leurs habitudes, leur routine qu’ils développent au fil des saisons. Et cette routine sera mise à mal ces prochains jours.

Les Capitals de Washington, par exemple, disputeront leur premier match du tournoi à 16 h, et l’heure des deux autres matchs n’a pas encore été annoncée. Les Maple Leafs et les Blue Jackets joueront quant à eux leur premier match à 20 h, et leur deuxième à 16 h.

PHOTO GEOFF BURKE, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Todd Reirden, entraîneur-chef des Capitals de Washington

On essaie de trouver une routine, mais les matchs et les entraînements sont à des heures inhabituelles, ce qui peut poser problème.

Todd Reirden, entraîneur-chef des Capitals de Washington

De son côté, le CH s’entraînait à 10 h lundi. Mardi, l’entraînement était à 9 h 15, avec un match à 20 h. Mercredi, la séance était à 14 h 30, tandis que celle de vendredi est prévue vers midi. Par contre, les trois premiers matchs de la série contre les Penguins sont à 20 h.

« Ce qui ne serait pas bon du tout pour l’horloge biologique, c’est s’ils jouaient un match le soir et le lendemain à midi. Trop de fluctuations, ça peut nuire. Le mieux serait de jouer à la même heure tous les jours », explique le Dr De Koninck.

À tout le moins, le cadre actuel assure aux joueurs de faire leur sieste d’après-midi, très importante. « Une tasse de café, ça donne de la vigilance pendant une heure. Une sieste de 20 minutes, ça donne 4 heures de vigilance ! », rappelle Joseph De Koninck.

Les pères de famille ressentent particulièrement le changement. Braden Holtby, qui a deux enfants, par exemple.

« Je pense que j’ai trop de sommeil, je ne sais pas quoi faire ! a lancé le gardien des Capitals. Pendant la saison, tu vas sur la route, c’est ta routine, tu ne t’en rends pas compte. Là, on vient de passer quatre mois à la maison, donc c’est différent de revenir sur la route. Après quelques jours, tu peux rentrer dans une routine. Mais je n’ai jamais vécu ça avant. On est chanceux d’avoir eu du temps à passer en famille ces derniers mois. »

Spezza, lui, a quatre jeunes enfants à la maison.

« On est sur des horaires de joueurs de hockey, donc on fait beaucoup de siestes. On dort à des moments auxquels on n’est pas habitués. Ma chambre d’hôtel est pas mal plus tranquille que ma maison, donc ça fait changement ! »

En bref

PHOTO ANDRÉ VUILLEMIN, ARCHIVES LA PRESSE

Alexander Romanov

L’arrivée de Romanov ?

C’était congé pour les joueurs du Canadien et ceux des Penguins, jeudi, à deux jours du début de la série. Les deux équipes auront donc droit à leur dernière séance d’entraînement vendredi, avant de passer aux choses sérieuses. La séance du Tricolore est prévue en milieu de journée. Le défenseur Alexander Romanov pourrait se joindre à ses nouveaux coéquipiers pour la première fois. Le Russe est arrivé dans la Ville Reine la semaine dernière, et sa quarantaine achève. Rappelons toutefois qu’il pourra seulement s’entraîner avec le groupe, mais ne pourra jouer.

De l’enthousiasme pour le hockey ?

La belle température, les minces chances du Canadien, le manque d’ambiance… Il y a certainement un bassin d’amateurs qui ressentent moins d’intérêt qu’à l’habitude pour le retour du hockey. Mais au Canada, il semble que la ferveur y soit. La firme Angus Reid a mené un sondage démontrant que 72 % de l’échantillon était soit impatient de revoir du hockey, ou du moins avait hâte à la reprise du jeu. À l’autre extrémité, seulement 4 % des répondants ont dit n’avoir aucun intérêt pour le tournoi. À la base, l’étude a sondé 1519 personnes, mais les 518 qui ont dit habituellement suivre les séries éliminatoires de près ont été retenues pour des questions plus poussées sur la reprise du jeu.