(Toronto) « En termes d’expérience, on ne se compare pas à Pittsburgh. »

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Il est de bonne guerre pour les entraîneurs de déformer parfois quelque peu les faits afin de faire bien paraître leur équipe devant les médias. Mais mercredi après-midi, Claude Julien a été très franc dans son analyse.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Jesperi Kotkaniemi

La citation notée ci-haut venait en réponse à une question sur le rôle qu’occuperont les jeunes centres du Canadien (principalement Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi) contre les Penguins de Pittsburgh, dans la série qui s’amorcera samedi. Avec Sidney Crosby et Evgeni Malkin aux commandes des deux premiers trios, les confrontations pourraient être corsées pour les deux jeunots de 20 ans.

PHOTO JEFFREY T. BARNES, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Sidney Crosby

D’où le statut de négligé que Julien semble assumer pleinement.

« [Les Penguins] sont une des équipes les plus vieilles, qui a le plus d’expérience. Notre meilleure chance de gagner, c’est si tout le monde hausse son niveau de jeu, si chaque joueur joue un peu au-dessus de ses moyens et a la confiance de le faire. Si j’ai les confrontations que je souhaite, tant mieux, mais sinon, j’aurai besoin que d’autres gars se lèvent. »

La question n’était pas anodine, car lors du match préparatoire de mardi, l’attaquant le plus utilisé du CH a été… Suzuki, à hauteur de 19 min 53 s.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Nick Suzuki

Certes, les nombreux avantages numériques ont favorisé Suzuki aux dépens de Phillip Danault, mais qu’importe : Suzuki sera appelé à jouer un rôle d’importance, et ce, même s’il s’apprête à vivre son baptême des séries.

« Je me sentais assez bien. J’ai retrouvé mes jambes », a dit Suzuki.

Un gouffre entre les deux équipes

Cette situation illustre bien le gouffre qui sépare le Canadien et les Penguins quand on compare l’expérience.

Avec les Coupes Stanley gagnées en 2016 et en 2017, les Penguins ont évidemment l’ascendant pour le nombre de matchs joués en séries. Les joueurs qu’ils ont amenés dans la bulle à Toronto totalisent 1187 matchs éliminatoires. Ceux du CH, 334.

Ça devient encore plus intéressant quand on ajoute les buts dans l’équation, car on découvre que les hommes de Mike Sullivan n’ont pas « seulement » joué des matchs. Ils ont aussi été productifs.

Total de buts en séries des joueurs des deux équipes

Penguins : 316 buts en 1187 matchs (moyenne de 0,27 par match)

Canadien : 47 buts en 334 matchs (moyenne de 0,14 par match)

L’écart entre les deux équipes devient renversant quand on se penche sur les statistiques individuelles. Patrick Marleau, Crosby et Malkin ont – chacun ! – plus de buts que les 30 joueurs du Canadien réunis.

Une dernière donnée : si on classe les joueurs des deux équipes par le nombre de buts marqués en séries, il faut descendre au 8e rang pour y retrouver un premier membre du CH, Shea Weber. Et le troisième nom que vous voyez en rouge, Dale Weise, est appelé à jouer un rôle marginal cet été.

Cela dit, l’expérience des Penguins n’a pas été que glorieuse. Il y a bien eu les deux Coupes Stanley de suite, mais aussi un échec en quatre matchs au premier tour l’an dernier.

« Ça t’offre une certaine perspective, a résumé l’entraîneur-chef des Penguins. Tu peux t’appuyer sur ces expériences pour t’inspirer, si des situations surviennent dans une série haute en émotion. Tu peux te dire : on a déjà vécu ça, on doit avoir la tête à la bonne place. Les membres de notre noyau ont beaucoup de vécu. Ils sont bons et ils sont encore affamés. Ils comprennent à quel point c’est difficile de gagner. On ne tient rien pour acquis. »

Avantage atténué ?

Ces chiffres ne signifient pas la fin du monde pour le CH pour autant, car les statistiques sur l’expérience faussent parfois les données. Elles vont ainsi donner beaucoup de poids à un joueur en perte de vitesse comme Marleau, tout en sortant de l’équation Suzuki, une recrue capable de jouer un rôle important.

De plus, dans le contexte particulier de ces séries à huis clos, l’expérience pourrait peser moins lourd qu’à l’habitude, selon Letang.

« Il n’y a pas de foule, pas de distractions, a rappelé le défenseur québécois. De notre expérience dans notre premier match, on dirait que le momentum se brise rapidement. C’est plus ou moins un avantage. […] Les joueurs d’expérience peuvent rester calmes dans des situations stressantes. C’est peut-être ça, l’avantage de l’expérience. »