Il a 28 ans. Il n’a jamais joué dans la Ligue nationale. Son dernier match remonte au 4 décembre.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Dans les circonstances, on peut comprendre Alex Belzile quand il disait jeudi midi qu’il ne s’attendait pas « à grand-chose ». Comprendre qu’il ne s’attendait pas à être invité au camp estival du Canadien.

Pourtant, quand le Tricolore a publié sa liste de 33 invités, on retrouvait le nom d’Alex Belzile parmi les 17 attaquants.

« Premièrement, j’étais content de recevoir l’invitation. C’était une belle marque de confiance de l’organisation. Je ne m’attendais pas à grand-chose. Je pensais que ma saison était finie en décembre », a-t-il expliqué en visioconférence, jeudi.

Je ne pensais pas avoir la chance de jouer encore cette saison. C’est un beau bonus !

Alex Belzile

Un beau bonus pour un joueur qui n’en a pas eu beaucoup dans la vie.

Jamais repêché

Des joueurs de 18 ans qui sont ignorés au repêchage de la LNH et qui connaissent de belles carrières, il y en a un et un autre. Certains seront repêchés à leur deuxième année d’admissibilité. D’autres termineront leur parcours dans le junior ou à l’université et signeront ensuite un contrat.

Belzile ? La saison 2008-2009, celle où les joueurs de son année (1991) se mettent en valeur pour être repêchés dans la LNH, il l’a passée dans le midget AA à Rivière-du-Loup. En fait, il a bel et bien été repêché cette année-là, mais dans la LHJMQ, au 192e rang.

Belzile a finalement joué deux saisons et demie avec l’Océanic de Rimouski, avant d’amorcer sa carrière professionnelle. Mais pas la carrière pro du genre New York, Chicago, Los Angeles. Pensez plutôt Gwinnett, Fort Wayne, l’Alaska et l’Idaho. Il a disputé 168 matchs dans l’ECHL, et est rendu à 239 matchs dans la Ligue américaine.

À l’été 2018, il est débarqué avec le Rocket de Laval, où une campagne de 54 points lui a permis de signer, l’été dernier, son premier contrat de la LNH, une entente à deux volets qui ouvre la porte à un rappel. On raconte d’ailleurs qu’il était dans les conversations pour un rappel en décembre dernier, quand il a subi une blessure au muscle pectoral droit. C’est là qu’il croyait sa saison « finie », car les six mois de rééducation le menaient en juin.

« Tous les joueurs ont des parcours différents », a rappelé le natif de Saint-Éloi.

J’ai eu beaucoup d’adversité en bas âge. Ce n’est pas nouveau pour moi d’en avoir.

Alex Belzile

« Ma blessure, ça m’a encore fait vivre de l’adversité. C’est la façon dont tu y réagis qui te permet de grandir, de devenir meilleur. Ça va bien aller. Là, je suis en santé, je me concentre là-dessus. »

Une région derrière lui !

Alexandre Tanguay est aujourd’hui propriétaire de l’Océanic. Mais à l’époque, il était joueur, et comme Belzile, il s’est établi avec l’Océanic en 2010-2011.

« Il avait joué comme remplaçant l’année d’avant et il avait dominé le junior AAA, se souvient Tanguay, au bout du fil. C’était un gars du coin, il venait au camp, les gens d’ici le connaissaient. On a joué deux belles saisons ensemble. Aujourd’hui, on est encore des chums, on se voit une ou deux fois par été. »

Quand l’horaire de Belzile le lui permet, ces « une ou deux fois » ont lieu en août, pendant le camp d’entraînement de l’Océanic. Il passe du temps avec les entraîneurs, dont l’entraîneur-chef Serge Beausoleil, de qui il est resté proche.

« Il donne des conseils aux jeunes, il leur raconte son passage, il leur dit de ne jamais lâcher, résume Tanguay. C’est un bon modèle à avoir, un gars qui a toujours travaillé. Ce n’est pas tout le monde qui a l’approche pédagogique avec les jeunes, mais lui, il l’a. Il a toute une tête de hockey. C’est un futur entraîneur, j’en suis convaincu. »

Futur entraîneur, c’est bien, mais à 28 ans, il a encore beaucoup de hockey à jouer ! Et ça commence cette semaine avec ce camp dans lequel il fait figure de négligé, pour les raisons exposées dans le premier paragraphe.

« Je n’ai pas vraiment d’objectif. Je viens ici pour être prêt s’ils ont besoin de mes services », admet-il.

C’est sûr que je n’ai pas joué depuis décembre. Mais tout le monde n’a pas joué depuis un certain temps. On recommence tous à la case départ. On ne sait jamais ce qui peut arriver au hockey.

Alex Belzile

Dans les circonstances, une simple invitation pour Toronto serait une victoire. Le Canadien compte 32 joueurs à Brossard cette semaine, et devrait réduire ce nombre à 30 vendredi soir (un 31e joueur, Alexander Romanov, attend l’équipe dans la Ville Reine).

Mais si ça ne se passe pas cet été, il y aura toujours la saison prochaine, puisqu’il a une autre année de contrat à écouler avec le Tricolore. S’il continue à progresser comme il le fait depuis son arrivée chez les pros, il y a huit ans, ce premier rappel pourrait finir par arriver.

« Tout le Bas-du-Fleuve, on serait tellement contents. On serait les plus fiers ! lance Alexandre Tanguay. On lui souhaite tous un rappel. Je lui souhaite d’avoir au moins cette game-là qu’il recherche tant, sa game au Centre Bell. Ça serait une belle récompense pour toutes ses années de travail, même si c’est juste un match. »

Pour un late bloomer, comme on le dit dans le jargon, qui sait si ça ne pourrait pas être plus qu’un match ?