Certains joueurs de hockey n’ont pas toujours une mémoire précise des détails. Jonathan Drouin n’est toutefois pas de ceux-là.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

L’ailier du Canadien racontait mercredi ses souvenirs des séries éliminatoires de 2016, au cours desquelles il a connu ses meilleurs moments dans la Ligue nationale. Drouin portait alors les couleurs du Lightning de Tampa Bay, et en finale d’association, il affrontait les Penguins de Pittsburgh, qui étaient menés par les centres Evgeni Malkin et Sidney Crosby.

« Mon trio, c’était avec [Valtteri] Filppula et [Ondrej] Palat. On jouait contre un de ces deux trios-là. J’étais nerveux d’affronter des gars comme ça en finale d’association. Tu checkes tes arrières, tu joues moins ta game. J’ai appris de ces séries-là. »

Dans de tels cas, c’est le travail du journaliste de vérifier les dires du joueur, et le site Natural Stats Trick devient alors une précieuse ressource. On y apprend que Palat et Filppula étaient effectivement les deux attaquants avec lesquels Drouin a le plus joué.

Mais l’information la plus intéressante ressort quand on vérifie s’il était bel et bien opposé aux meilleurs trios. Ce printemps-là, Drouin et le Lightning avaient affronté les Red Wings de Detroit, les Islanders de New York, puis les Penguins de Pittsburgh. Et qui était, pour chacune de ces équipes, l’attaquant que Drouin avait le plus affronté ? Dans l’ordre, Henrik Zetterberg, John Tavares et Evgeni Malkin.

Malgré ce défi, Drouin avait terminé les séries avec 14 points (5 buts, 9 aides) en 17 matchs, avec un différentiel de - 1. Le parcours de Tampa avait pris fin à une victoire de la finale de la Coupe Stanley ; les Penguins l’avaient emporté 2-1 au septième match. Le 1 du Lightning ? Ce joli but… de Drouin.

Ces performances s’ajoutaient à ce qu’il avait accompli dans les rangs juniors avec les Mooseheads d’Halifax. En trois ans, Drouin avait disputé 50 matchs en séries et avait amassé 102 points !

« Que ce soit midget ou pee-wee, j’ai toujours ressenti quelque chose en séries. Cette fois, on n’aura pas les fans. Mais on sait qu’on est au point où la saison est terminée. On a la chance de gagner la Coupe Stanley. Moi, personnellement, je ressens quelque chose de différent », a décrit Drouin.

Nouveau trio

On revient en 2020, et tiens donc, Drouin aura encore Crosby et Malkin sur son chemin dans le tour de qualification des séries.

Mais comme tout le monde dans la vie vieillit, sauf peut-être Richard Séguin, la donne changera pour Drouin. En 2016, il avait 21 ans et était jumelé à un joueur de 25 ans (Palat) et un autre de 32 ans (Filppula). Le voici à 25 ans, avec un centre (Nick Suzuki) qui a 20 ans. L’autre ailier, Joel Armia, est plus vieux que Drouin (27 ans), mais compte moins d’expérience dans la LNH.

On espère qu’en commençant les séries, ils seront un gros facteur dans nos chances de gagner.

Claude Julien

Ce trio, visiblement, devra en découdre avec celui de Malkin ou de Crosby. L’entraîneur-chef des Penguins, Mike Sullivan, tentera d’éviter à ses deux vedettes d’affronter le trio de Phillip Danault, et Julien a exprimé à maintes reprises sa confiance envers Suzuki au centre.

« Je n’aurai pas le dernier changement dans les deux premiers matchs, a rappelé l’entraîneur-chef du Tricolore. J’aurai beau chercher des confrontations, [Sullivan] va faire son possible pour les éviter. Si on n’a pas notre meilleur trio contre Crosby et Malkin, on devra en tenir compte et être bons sans la rondelle, et assez bons avec la rondelle pour qu’ils passent leur présence dans leur zone. »

Quand Julien aura le dernier mot, le trio de Suzuki sera possiblement son option la plus sûre après celui de Danault. Et Drouin est prêt pour le défi.

« Tous les joueurs veulent ces confrontations-là, assure Drouin. Crosby, Malkin, ce sont deux des meilleurs, donc c’est ce que tu veux. Ce sera à nous de jouer notre match. Parfois, tu te préoccupes trop de qui est sur la glace, mais tu dois quand même respecter ton système. Tu dois juste être plus vigilant face aux erreurs ou aux revirements, t’assurer qu’il n’y ait pas de surnombre quand ces deux-là sont sur la glace. »

L’idée sera maintenant de voir si Drouin, Suzuki et Armia profiteront de la pause pour redevenir ce qu’ils étaient en début de saison.

Suzuki connaissait une première saison fort encourageante avant de « heurter le mur », comme l’a souvent dit Julien. Dans les 12 derniers matchs avant l’arrêt des activités, il avait montré un différentiel de - 11, le pire de la LNH pendant cette période.

Armia comptait 12 buts en 34 matchs avant de débarquer à Winnipeg pour le match du 23 décembre, dans lequel il s’est blessé. Il voguait alors vers une saison de 29 buts. À son retour, il a été limité à quatre buts en 23 matchs.

Drouin, lui, avait connu 18 matchs du tonnerre avant d’arriver à Washington en novembre et de se blesser à un poignet. Comme Armia, il n’était plus le même à son retour.

« Il était sur le point de connaître une bonne saison. La blessure l’a vraiment ralenti, a rappelé Julien. On espère qu’avec ce qu’on vit, il a eu beaucoup de temps pour récupérer. Il a la chance de revenir en même temps que tout le monde cette fois-ci, tandis qu’à son retour [en février], c’était dur de rattraper les autres. »

Que ce soit le Drouin du printemps 2016 ou celui de l’automne 2019, le Canadien a intérêt à en retrouver une bonne version.