Ce sont des propos qu’on entend souvent au camp d’entraînement, ou quand un joueur revient après une longue absence. Mardi, c’était au tour de Ben Chiarot de les tenir.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

« Être en forme pour des exercices, c’est différent d’être en forme pour des matchs (game shape). Tu ne peux pas reproduire ce type de condition. Tous les joueurs vont te le dire. Mais ce sera la même chose pour tout le monde. On devra vite revenir en forme pour jouer des matchs. Celui qui y arrivera le plus rapidement aura l’avantage. »

Il est intéressant que ces propos sortent de la bouche de Chiarot, car s’il y a un joueur qui devra vite retrouver ses jambes, c’est lui. Le côté gauche de la défense du Canadien tient avec des élastiques et des trombones depuis qu'en l'espace de trois semaines, Marc Bergevin a laissé filer Andrei Markov, Alexei Emelin, Nathan Beaulieu et l’espoir Mikhail Sergachev. Ça fait maintenant trois ans de cela.

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Depuis, 16 défenseurs tirant de la gauche ont défilé à Montréal. Chiarot a été le seul des 16 qui ait été assez digne de confiance pour obtenir plus de 20 minutes de temps d’utilisation moyen (23 min 8 s). Karl Alzner (19 min 33 s) et David Schlemko (18 min 39 s) le suivent.

Alexander Romanov devrait devenir assez bon pour jouer 20 minutes par match, mais on ne le saura pas avant décembre prochain. Victor Mete a connu un début de carrière intéressant, mais ses responsabilités ont diminué la saison dernière. Quand Brett Kulak est dans de bonnes dispositions, il est capable de donner des minutes, mais n’a pas réussi à le faire avec constance en deux ans avec le Canadien.

De plus, Kulak ne s’est toujours pas entraîné à Brossard cet été. Idem pour Xavier Ouellet, premier réserviste sur le flanc gauche.

Alors au risque de se répéter, Chiarot a intérêt à être prêt. Le manque de profondeur à gauche et le fait qu’il soit jumelé à Shea Weber font en sorte qu’il doit s’attendre à des responsabilités accrues à compter du 1er août contre les Penguins de Pittsburgh.

Peu de séances

Chiarot a été vu sur la patinoire à Brossard pour la première fois le 8 juillet. Il s’est exercé ce jour-là, puis le lendemain. Et selon les images transmises aux médias, ce furent ses deux seuls entraînements avant l’ouverture du camp, le 13 juillet. « Je me sens bien, côté forme physique et patinage », a-t-il assuré.

Avant cela, l’athlète de 6 pi 3 po et 225 lb était chez lui, à Waterloo, en Ontario, où visiblement les conditions d’entraînement n’étaient pas optimales.

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« Il y a un aréna privé près de chez moi, j’ai pu patiner là une fois par semaine, pendant cinq ou six semaines. Ensuite, la semaine avant de revenir à Montréal, j’enfilais la moitié de mon équipement et je roulais une heure jusqu’à Hamilton. J’ai patiné là-bas quelques fois. »

En tout, j’ai peut-être patiné de 7 à 10 fois avant de revenir ici.

Ben Chiarot

Les propos de Chiarot s’ajoutent au déséquilibre apparent entre le temps passé sur la patinoire par les joueurs des Penguins et ceux du Canadien ces dernières semaines.

Également mardi, Max Domi est resté vague quand on lui a demandé à quelle fréquence il avait patiné à la maison, à Toronto, avant de se joindre à ses coéquipiers lundi. Jesperi Kotkaniemi a dit avoir foulé la patinoire « quatre ou cinq fois » dans les deux semaines avant de s’amener à Brossard. Le 25 juin, Carey Price disait patiner souvent dans l’État de Washington, mais ne pas avoir reçu de tirs.

Pendant ce temps, on comptait, en date du 29 juin, 27 membres des Penguins dans les installations de l’équipe, en banlieue de Pittsburgh. Ce jour-là, ils n’étaient encore que cinq du Canadien – dont deux joueurs de la Ligue américaine – à s’exercer à Brossard. Ce n’est qu’à partir du 6 juillet que les joueurs ont commencé à revenir.

Préparation mentale

Même s’il a connu des hauts et des bas, Chiarot a été une agréable surprise chez le Canadien cette saison. Avec un contrat bien raisonnable de 3 ans à 3,5 millions de dollars de salaire moyen, il s’est imposé comme le partenaire de Weber, avec qui il a formé un duo imposant physiquement. N’oublions pas sa contribution inattendue de neuf buts.

Chiarot avait connu un lent départ en octobre dernier, mais il importe d’être indulgent. Il s’adaptait à une nouvelle formation après cinq saisons complètes chez les Jets de Winnipeg. Le Canadien est surtout formé de petits attaquants, complètement à l’opposé des Jets, dont plusieurs joueurs pourraient être des ailiers rapprochés dans la NFL.

Comment s’assure-t-il d’être prêt ? « J’essaie de regarder des matchs de la saison. Mentalement, tu dois être à la bonne vitesse tout de suite, car ce sera un départ soudain. »

Dans les trois duels Canadien-Penguins cette saison, Chiarot a passé plus de 33 minutes sur la patinoire en même temps qu’Evgeni Malkin à 5 contre 5. Quand ça ne sera pas Malkin, Chiarot a de bonnes chances de voir un autre centre qui se débrouille, le 87.

L’entraîneur-chef, Claude Julien, s’est souvent fié à Chiarot et à Weber pour affronter les meilleurs éléments adverses. Le duo a connu de bons moments, mais aussi des soirées plus difficiles. Entre Noël et l’arrêt des activités, le Tricolore a inscrit 15 buts et en a accordé 23 quand les deux colosses étaient sur la patinoire en même temps à 5 contre 5.

« Ce n’est pas seulement Shea et moi. On est cinq sur la patinoire. C’est facile de dire que ce duo ou ce trio se fait marquer beaucoup de buts. Mais Shea et moi, on affronte souvent les meilleurs trios adverses. On en tire de la fierté.

« Il y aura de bons et mauvais soirs. L’autre équipe est aussi payée et va parfois faire son travail ! »