C’est passé un brin inaperçu derrière toute l’attention générée par le projet de retour au jeu dans la Ligue nationale, mais on s’active aussi dans la Ligue américaine.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Les séries 2020 y ont déjà été annulées, mais le 15 juin, la LAH a annoncé la création d’un groupe de travail afin de plancher sur une reprise des activités. On y retrouve des dirigeants de 12 équipes, mais le Rocket ou le Canadien n’y sont pas représentés. À la tête du groupe : David Andrews, président du circuit jusqu’au 30 juin dernier, jour où il partait théoriquement à la retraite après 26 ans.

« Ce n’est pas ce à quoi je m’attendais comme fin de mandat, mais on vit tous de gros changements ! », souligne Andrews, en entrevue à La Presse.

L’enjeu de la LAH est majeur pour les équipes de la LNH. C’est là que jouent les espoirs qui ne sont pas prêts pour la grande ligue. C’est là que le Canadien a envoyé Jesperi Kotkaniemi et Cale Fleury quand leurs performances ont fléchi. C’est là que Ryan Poehling a été cédé pour le premier mois de la saison. C’est là que Cayden Primeau, un des très beaux espoirs de l’organisation, perfectionne son art.

Quels sont donc les principaux enjeux à surveiller ?

Le calendrier

S’il y a une situation complexe, c’est celle-là. De prime abord, on serait tenté de croire qu’il serait plus simple pour tout le monde que la saison de la LAH commence en même temps que celle de la LNH.

Beaucoup de gens préféreraient que l’on s’aligne sur la LNH. Mais si la LNH commence tard en automne et qu’on a l’occasion de lancer notre saison un mois avant, il faudra y penser, explique Andrews. Les DG veulent que leurs espoirs jouent !

David Andrews, président sortant de la LAH

Le circuit travaille donc sur divers scénarios, explique Andrews : une saison d’octobre à avril. De novembre à mai. Un calendrier écourté qui commencerait en décembre.

« Est-ce qu’on pense jouer en octobre ? Probablement pas. Mais on sera prêt si ce scénario se présente », explique Andrews.

Larry Landon, directeur de l’Association des joueurs de hockey professionnels (PHPA), croit lui aussi qu’il y aura de la pression pour un départ à l’automne si les conditions le permettent.

« Les 31 équipes de la LNH ne jouent pas depuis le 12 mars. Sept franchises ne joueront pas cet été. Huit autres équipes seront rapidement éliminées. Ces équipes-là ne voudront pas que leurs espoirs passent neuf mois sans jouer », énumère Landon.

La pression de l’Europe

Pendant ce temps, des pays européens se « déconfinent ». La ligue nationale suisse travaille sur trois scénarios, le plus optimiste visant un début de saison le 18 septembre. La KHL prévoit des matchs préparatoires à compter du 4 août.

Y a-t-il un risque d’exode des joueurs ?

« Je ne dirais pas que c’est une inquiétude, car l’Europe ne sera pas si différente de nous, prédit Andrews. Cela dit, s’il y a moyen de jouer là-bas et pas ici, j’imagine que certains joueurs partiront. Mais nos joueurs sont dans le réseau de développement de la LNH. Ils veulent jouer là où ils ont le plus de chances d’atteindre la LNH, et ça, c’est ici. »

Le ton est différent du côté syndical. « Ce sont des joueurs de hockey, qui ont un nombre d’années très limitées pour gagner un bon salaire. Plusieurs vétérans qui voudront prolonger leur carrière songeront à partir », croit Larry Landon.

Combien d’équipes ?

Les 31 équipes de la Ligue américaine sont réparties dans 3 provinces et 16 États américains. Ce sont donc 19 États différents avec lesquels composer, sans parler des villes et des comtés.

Dix-neuf équipes sont détenues par leur club de la LNH (comme le Rocket de Laval), tandis que les 12 autres appartiennent à des propriétaires indépendants. « Un propriétaire de la LNH peut absorber une partie des pertes », rappelle Matt Savant, président des opérations des Gulls de San Diego, propriété des Ducks d’Anaheim.

Ça fait donc beaucoup de situations différentes à gérer en vue d’un retour au jeu.

Il faut être prêt à ce qu’une ou deux équipes ne soient pas capables de jouer, que ce soit pour des raisons financières ou de santé publique.

David Andrews, président sortant de la LAH

À la PHPA, on se prépare au pire, avec différents scénarios, dont un où près du tiers des équipes manqueront à l’appel.

Les Checkers de Charlotte ont un propriétaire indépendant de leur partenaire, les Hurricanes de la Caroline. Tera Black, chef des opérations des Checkers, est membre du groupe de travail en vue d’un retour au jeu.

« Quand l’équipe de la LNH est propriétaire, ça donne beaucoup plus de flexibilité, tu peux partager les dépenses et réaliser des économies d’échelle, estime-t-elle. De notre côté, tout le fardeau est sur nos épaules. »

À ses yeux, un retour au jeu ne pourra pas se faire à huis clos ou devant un aréna rempli à 10 % de sa capacité, car les revenus de télévision sont négligeables.

« Tout commence à la billetterie. C’est le multiplicateur de nos revenus, et les ventes de nourriture et de marchandise en dépendent », rappelle-t-elle.

Pour rendre le portrait encore plus hétéroclite, les équipes évoluent dans des amphithéâtres à qualité variable. Le Rocket est choyé avec la Place Bell, une construction neuve. À Charlotte, le Bojangles’ Coliseum a été inauguré en 1955.

« L’aréna a été classé patrimonial, donc on ne peut pas faire de grandes rénovations, ajoute Mme Black. On fait ce qu’on peut, mais les coursives seront toujours ce qu’elles sont. On devra être très créatifs pour gérer les déplacements. »

À San Diego, les Gulls jouent dans un aréna quinquagénaire où s’entassaient en moyenne 7500 spectateurs cette saison.

« Il faudra prévoir des solutions comme la livraison de nourriture directement au partisan, prévoir des heures d’arrivée et de départ des spectateurs », énumère Matt Savant.

On regarde la liste d’enjeux, de contraintes, et on comprend que le groupe de travail a du pain sur la planche. Treize têtes valent mieux qu’une.