Le contraste ne pouvait pas être plus frappant. Mercredi, Mike Sullivan, entraîneur-chef des Penguins, annonçait en conférence de presse que tous les joueurs de son équipe sont maintenant à Pittsburgh, avec le retour en ville de Patric Hornqvist.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Jeudi, c’était au tour de Claude Julien de s’adresser aux médias en conférence téléphonique. Jusqu’ici, selon les vidéos que le Canadien publie quotidiennement, seulement cinq joueurs ont chaussé les patins à Brossard.

Mais l’entraîneur-chef du Canadien a assuré que ce déséquilibre entre son club et ses futurs adversaires en phase de qualification ne l’inquiète pas du tout.

« On a plus de joueurs qui sont arrivés [en ville], mais ils doivent faire des tests, a précisé Julien. Et ceux qui ne sont pas à Montréal, ça ne veut pas dire qu’ils ne s’entraînent pas sur la glace, au contraire.

« Avec les entraîneurs de conditionnement, on avait mis un plan en place il y a quelques mois. Ce plan-là était pour des joueurs qui n’auraient pas patiné pendant longtemps. On est en train de le modifier parce que nos joueurs sont plus avancés qu’on l’aurait cru. La majorité des joueurs ont patiné, que ce soit dans l’ouest du Canada, aux États-Unis ou ailleurs. »

Jusqu’ici, quatre patineurs ont officiellement foulé la glace à Brossard : Jonathan Drouin, Paul Byron, Charles Hudon et le joueur de Ligue américaine Laurent Dauphin. Ils s’exercent en compagnie du gardien Michael McNiven, qui a passé la majorité de la saison en ECHL. L’entraîneur adjoint Dominique Ducharme les a accompagnés à plusieurs reprises.

Du reste, des publications sur les réseaux sociaux laissent croire que Carey Price, Dale Weise, Christian Folin, Artturi Lehkonen, Joel Armia et Cayden Primeau sont de retour dans la région montréalaise ou sont en voie de l’être. On ignore si tous les joueurs ont pu patiner, mais des vidéos de Tomas Tatar et Noah Juulsen ont circulé, tandis que Brendan Gallagher a évoqué son retour sur la patinoire, dans la région de Vancouver, il y a quelques semaines. Jesperi Kotkaniemi devait aussi sauter sur la patinoire au début juin.

Un collègue de Pittsburgh nous confiait récemment qu’au moins 27 joueurs ont patiné au complexe d’entraînement des Penguins. Les gardiens Matt Murray et Tristan Jarry sont du nombre, tout comme Sidney Crosby, Evgeni Malkin et Kristopher Letang.

PHOTO TIRÉE DU SITE INTERNET DE L'ÉQUIPE

Sidney Crosby est de retour à l'entraînement, comme la majeure partie de ses coéquipiers.

« Le conditionnement, c’est ça le plus important, a ajouté Julien. Les entraîneurs n’ont pas le droit d’être sur la glace pour travailler sur le jeu. C’est seulement sur le conditionnement. Nous, on l’a, mais ça se fait à différentes places. Je ne vois pas ça comme un problème. »

Au début de la phase 2 (reprise de l’entraînement sur glace sur une base volontaire), le maximum de joueurs permis sur la patinoire était de six. La semaine dernière, ce chiffre a toutefois été haussé à 12. Dans des vidéos d’entraînement publiées par les Penguins, on pouvait d’ailleurs apercevoir leurs joueurs effectuer des exercices de groupe. Quant aux entraîneurs, les adjoints ont maintenant le droit de patiner avec les joueurs, ce qui explique la présence de Ducharme à Brossard.

Les entraîneurs ne manquent d’ailleurs pas d’ouvrage, car ils ont la très rare occasion de savoir plusieurs semaines en avance qui ils affronteront, si la reprise du jeu finit par se matérialiser.

« Ce qui ne change pas, c’est que tu peux seulement donner un certain montant d’informations à tes joueurs, car si tu en donnes trop, ça peut ralentir ton équipe plutôt que l’aider. Tu dois [réduire] ça à quelques points qui pourraient faire la différence », a rappelé Julien.

Lafrenière ou l’expérience en séries ?

C’était l’enjeu soulevé lundi par le confrère Mathias Brunet : le Canadien a-t-il plus à gagner d’une élimination rapide (12,5 % des chances d’obtenir le premier choix si Pittsburgh l’emporte) ou d’une qualification pour les séries pour donner de l’expérience à un jeune groupe ?

« Ça rend les choses assez intéressantes. Plusieurs équipes se lèchent les babines en pensant qu’elles vont avoir l’occasion [d’obtenir le premier choix] », a lancé l’entraîneur-chef du Tricolore.

Les adeptes de l’expérience en séries rappellent que Nick Suzuki, Max Domi, Victor Mete et Jesperi Kotkaniemi (s’il se taille une place dans la formation) n’ont toujours pas disputé de matchs éliminatoires dans la LNH.

Ceux qui souhaitent une défaite voient quant à eux la possibilité que le Canadien ajoute un jeune talent local du nom d’Alexis Lafrenière, un très bon joueur selon les dépêches parvenues de Rimouski. Certains partisans du CH souhaitent donc voir l’équipe perdre afin d’être une des huit formations qui participera au deuxième volet de la loterie du premier choix.

« Des gens disent qu’on devrait perdre pour avoir une chance pour le premier choix, une chance d’obtenir un gars d’ici, et croyez-moi, j’adorerais l’avoir ! Mais si on gagne, l’équipe s’améliore. Et si ça ne fonctionne pas, peut-être qu’on a une chance de l’avoir. Mais les athlètes professionnels sont construits pour gagner. »

En sécurité derrière le banc

Par ailleurs, Julien a réitéré son intention d’être à son poste à la reprise des activités.

Des doutes avaient été soulevés quand Julien, 60 ans, avait indiqué au collègue Pierre LeBrun qu’il ne serait pas derrière le banc « si je sens un vrai danger. Ma vie et ma famille seraient plus importantes que mon travail à ce point-là. »

Il semble pour le moment que la LNH permettra aux entraîneurs de faire l’impasse sur la reprise du jeu s’ils craignent contracter la COVID-19. Une telle mesure devrait aussi être offerte aux joueurs.

« Je ne sais pas comment mes mots ont été tordus, a lancé Julien. Je fais confiance à la LNH. […] Moi, j’ai l’intention à 100 % d’y participer. Tout ce que j’ai dit, c’est que si je ne me sens pas en sécurité, je pourrai me retirer. »

Il pourrait très bien le faire avec un masque, qu’il dit porter régulièrement. Même que le masque pourrait régler un sempiternel problème derrière le banc !

« C’est ironique, parce que souvent, quand on parle aux joueurs ou aux autres entraîneurs, on met nos papiers devant notre bouche pour éviter que les caméras captent ce qu’on dit. Je dis à la blague que le masque sera peut-être une bonne solution !  »