Il y avait sept joueuses au Temple de la renommée. Il y en aura désormais huit.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Il y avait une seule Québécoise au Temple. Il y en aura désormais deux.

Il n’y avait aucune gardienne au Temple. Il y en aura désormais une.

Cette pionnière, c’est Kim St-Pierre. La joueuse de Châteauguay a été élue au Temple de la renommée du hockey.

Comme c’est le cas pour tous les élus, c’est Lanny McDonald qui lui a annoncé la nouvelle. En ce mercredi où, pour citer Charles Baudelaire, il ventait à écorner les bœufs, St-Pierre était peut-être au pire endroit pour recevoir l’appel tant attendu.

« J’étais sur un terrain de golf, mes garçons frappaient des balles. J’étais au grand vent, et quand j’ai entendu la voix de M. McDonald, j’ai été me cacher ! », racontait St-Pierre en conférence téléphonique avec les cinq autres élus.

« On ne s’y attend jamais. C’est exceptionnel. Tellement de choses me passent par la tête, tellement de gens m’ont aidée. Je ressens une grande fierté, de la reconnaissance, pour mes parents, mon mari, ma famille, mes coéquipières et mes entraîneurs. C’est tellement incroyable que les femmes soient au Temple de la renommée. »

D’abord avec les gars

« On ne s’y attend jamais. » Ils sont plusieurs à dire ça. Certains le pensent réellement, d’autres le disent par souci de modestie. Mais pour St-Pierre, il suffit de regarder son parcours pour comprendre le poids de cette citation.

« Je faisais du patinage artistique, puis j’ai vu Patrick Roy jouer, et j’ai commencé à penser à être gardienne », raconte-t-elle. St-Pierre avait 7 ans quand Roy a mené le Canadien à la Coupe Stanley de 1986, 14 ans lors de celle de 1993.

À l’époque, être gardienne signifiait toutefois jouer dans les équipes masculines, parce que le hockey féminin n’était pas développé comme il l’est aujourd’hui.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Kim St-Pierre a été élue au Temple de la renommée du hockey, mercredi, devenant ainsi la huitième femme, la deuxième Québécoise et la première gardienne à joindre les rangs de ce club sélect.

« Mes parents m’ont dit : “Si tu veux jouer au hockey, on va te soutenir, même si tu es la seule fille.” À ma deuxième année, je suis devenue gardienne. L’équipement était au milieu de la pièce, et je suis tombée en amour avec, même s’il était brun et pas très attirant ! Mon premier match a été une catastrophe, mais j’ai continué. »

Mon message aux jeunes gardiens : “N’abandonnez pas.” Ce n’était pas facile, mais ça a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. Je n’ai jamais abandonné.

Kim St-Pierre

À force de tenir son bout dans les équipes masculines, elle s’est fait remarquer. Danièle Sauvageau, derrière le banc d’Équipe Canada lors de la conquête de l’or à Salt Lake City en 2002, s’en souvient très bien.

« Kim avait de la difficulté à se faire valoir sur des camps de deux ou trois jours avec Équipe Québec, raconte l’ancienne entraîneuse au bout du fil. Pour cette raison, dans les évaluations de l’époque, elle était toujours septième ou huitième pour Équipe Canada, et on invitait six gardiennes au camp. Mais je la voyais aller avec les gars à Châteauguay et je disais : “Ça ne se peut pas, il faut l’inviter !” Donc j’ai utilisé mon autorité de coach pour l’inviter.

« La grosse différence, c’est qu’au hockey masculin, les gars nettoyaient le devant du filet. Au hockey féminin, c’était différent, puisque la mise en échec n’est pas permise. Elle avait donc de la misère à s’adapter dans des camps de deux jours, parce que chez les filles, la gardienne doit aller chercher plus de retours autour d’elle. Elle a dû adapter sa short game, mais sur un camp d’une semaine avec Équipe Canada, elle a pu le faire. »

St-Pierre l’a si bien fait qu’elle a fini par aider le Canada à remporter trois médailles d’or olympiques et cinq titres au Championnat du monde féminin. Elle a affiché une moyenne de 1,17 et une efficacité de ,939 dans l’uniforme canadien.

« Kim a eu un gros impact sur notre équipe, elle était très solide, explique Danielle Goyette, coéquipière de St-Pierre à Salt Lake en 2002 et à Turin en 2006. On avait tellement confiance en nous quand elle était derrière nous. Elle était devant le filet pour notre première médaille d’or en 2002. On a joué beaucoup en désavantage numérique et on a eu besoin d’elle. Quand tu veux gagner, ça te prend une bonne gardienne. »

Une espèce rare

St-Pierre devient la huitième joueuse admise à Toronto. Les autres : Goyette, Cammi Granato, Angela James, Geraldine Heaney, Angela Ruggiero, Hayley Wickenheiser et Jayna Hefford.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Caroline Ouellette, Kim St-Pierre et Hayley Wickenheiser, en février 2002, après la conquête de la médaille d’or aux Jeux olympiques de Salt Lake City.

On note aussi que St-Pierre est l’unique gardienne du groupe. Par la force du nombre, il n’est évidemment pas facile pour un gardien d’être admis. Dans les 25 dernières années, chez les hommes, il n’y en a eu que six.

Que Kim soit la première gardienne de but au monde à être au Temple, c’est vraiment spécial, c’est magnifique !

Danielle Goyette

« Les gardiens sont souvent oubliés, même au hockey masculin, estime Goyette. On oublie la pression qu’ils subissent. Les attaquants et les défenseurs vont souvent obtenir plus d’attention. »

On pourrait parler d’une autre barrière qui tombe, mais l’expression agace Sauvageau.

« Je préfère dire que le niveau de reconnaissance augmente. Kim St-Pierre, c’est une des meilleures gardiennes et la seule raison pour laquelle elle n’a pas joué dans la Ligue nationale, c’est parce qu’elle est une femme. Je ne dis pas qu’elle aurait dû jouer dans la LNH, je sais qu’il y a une différence de vitesse, de force. Mais dans son milieu, ce qu’elle a accompli, c’est encore plus gros que ce qu’a fait Carey Price. »