L’incertitude entourant la relance de la LNH est si importante que Larry Quinn n’est pas en mesure de prédire l’impact économique qu’aura la pandémie de coronavirus sur le circuit professionnel de hockey.

John Wawrow
Associated Press

Cependant, l’ancien associé principal des Sabres de Buffalo n’est pas très optimiste, surtout à court terme.

« Les défis sont nombreux, a dit Quinn. Et le problème est que nous ne connaissons pas les réponses aux questions que nous devons nous poser. »

La LNH espère conclure la saison 2019-20 avec la présentation d’un tournoi à 24 équipes, mais on ne sait toujours pas quand la campagne suivante pourrait commencer. Le commissaire Gary Bettman a toutefois affirmé que la prochaine saison en sera une complète de 82 matchs, même si elle pourrait commencer aussi tard qu’en janvier.

La plupart des points d’interrogation sont les mêmes pour tous les circuits sportifs professionnels nord-américains, notamment concernant la présence de partisans dans les gradins. Toutefois, le taux de change du dollar canadien complique l’équation pour la LNH, qui compte sur sept formations au Canada.

La LNH était une entreprise de 2,3 milliards US avec un plafond salarial de 39 millions après le lock-out qui a forcé l’annulation de la saison 2004-05. Elle a franchi le plateau des cinq milliards en 2018-19 et le plafond salarial était de 81,5 millions la saison dernière.

Quinn a affirmé que le chiffre d’affaires de la LNH pourrait être réduit de moitié à court terme, effaçant les gains des propriétaires et des joueurs à la suite du lock-out. La chute anticipée des revenus a déjà eu des conséquences à travers la ligue.

Au moins 10 équipes ont congédié des employés ou annoncé des mises à pied temporaires et de nombreux dirigeants ont accepté des réductions de salaire. Plus tôt cette semaine, les Sabres de Buffalo ont montré la porte au directeur général Jason Botterill et à ses adjoints, au personnel d’entraîneurs de leur club-école dans la Ligue américaine et à 12 de leurs 21 recruteurs. Le propriétaire Terry Pegula a cité l’incertitude provoquée par la pandémie et un désir de rendre les opérations de l’équipe « plus efficaces ».

Les joueurs se sont aussi préparés à une baisse salariale en reportant la réception de leur dernier chèque de paie. Ils s’attendent aussi à perdre une portion du montant placé en fiducie, qui varie selon les revenus actuels par rapport aux prévisions. Les joueurs ont perdu jusqu’à 10 % de leur salaire lors des sept saisons depuis la création de ce système, qui est l’un des enjeux les plus importants dans les négociations de la convention collective.

« Je l’ai dit il y a quelques semaines, si nous perdons cette saison et une partie de la suivante, je ne serais pas surpris de voir un plafond salarial à 40 millions, a dit l’ancien dirigeant de la LNH maintenant analyste à la télévision Brian Burke. Je ne crois pas qu’on en arrive à ça. Et je sais que l’on discute de paiement différé des salaires, mais on verra. »

Bettman a récemment affirmé que les revenus aux guichets, bien qu’importants, ne représentent pas la majorité des revenus de la ligue. Les revenus des droits de télédiffusion de la LNH sont toutefois moins élevés que les autres circuits majeurs.

La LNH possède une entente de deux milliards sur 10 ans avec NBC, qui arrivera à échéance après la prochaine saison. Au Canada, l’entente avec Rogers signée avant la 2014-15 est de 12 ans et 5,2 milliards CAD. En comparaison, la NFL touche plus de cinq milliards US par année pour ses droits de télédiffusion.

Le taux de change du dollar canadien joue donc un rôle important dans les finances de la LNH. Ce n’était pas un problème en 2007, quand le dollar canadien était au pair avec le dollar américain. D’ailleurs, le plafond salarial a connu sa croissance la plus rapide à cette époque, passant de 44 millions en 2006-07 à 56,7 millions en 2008-09.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui, alors que le dollar canadien se situe autour de 75 cents. Les équipes canadiennes perdent environ 400 000 $ chaque fois que le dollar canadien baisse d’un sou.

« Qu’arrivera-t-il au plafond salarial ? Le plafond baissera-t-il parce que les revenus vont baisser ? Nous pourrions le maintenir à un certain niveau de manière artificielle, a noté le directeur général des Capitals de Washington, Brian MacLellan. Ce sont des questions ouvertes et nous devons les aborder lors des discussions. »

Les enjeux liés à la pandémie ont ralenti les négociations concernant le renouvellement de la convention collective, qui arrivera à échéance en septembre 2022.

« Quels seront les revenus la saison prochaine ? Si vous pouvez me le dire, je pense que les négociations seront faciles, a dit le directeur de l’Association des joueurs de la LNH, Don Fehr. Si nous ne le savons pas, ça rend les choses un peu plus complexes. »

L’avocat Irwin Kishner, qui a représenté de nombreuses équipes et ligues, croit que la LNH devra trouver de nouveaux moyens de générer des revenus. Des toiles par-dessus les gradins vides pourraient être couvertes de logos de commanditaires. Il pourrait y avoir des publicités sur les uniformes. La LNH pourrait aussi présenter une Coupe du monde de hockey, alors que celle de 2016 aurait généré des revenus de 40 millions.

« Tout doit être considéré », a insisté Kishner.

De son côté, Burke a dit avoir confiance en la LNH pour redresser la situation.

« Les 18 prochains mois seront difficiles, mais nous allons passer à travers cette tempête », a-t-il conclu.