Le confinement n’a pas seulement des effets négatifs. L’arrêt de travail dans La Ligue nationale de hockey permet par exemple à l’entraîneur adjoint du Canadien Kirk Muller de revoir en famille ses moments de gloire avec le CH en 1993.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Muller, 54 ans, vit la crise du COVID-19 à Kingston, en Ontario, avec ses filles devenues adultes et son beau-fils Brad Malone, un joueur de l’organisation des Oilers d’Edmonton.

« Je n’avais jamais revu ces matchs avec mes filles, a raconté Muller jeudi matin lors d’une conférence de presse téléphonique organisée par le Canadien. C’est intéressant de regarder ces parties avec un joueur actuel. »

Muller avait 27 ans en 1993. Il a amassé 17 points, dont 10 buts, en 20 matchs lors de ces séries, dont le but gagnant lors de la cinquième et ultime rencontre en finale.

« Quand tu grandis au Canada, tu rêves de marquer le but gagnant de la Coupe Stanley, et quand ça arrive, tu peux te retirer en te disant que tu as réalisé ton rêve. En plus, le compter devant ma famille, dans le vieux Forum, je ne peux pas avoir un meilleur souvenir. »

Muller et son beau-fils s’amusent évidemment à comparer les époques. Connor McDavid, le coéquipier de Malone (lorsqu'il joue dans la LNH), aurait-il dominé outrageusement en 1993 ?

« On a regardé des matchs de plusieurs décennies ensemble. Les techniques d’entraînement sont différentes d’une époque à l’autre, mais il y a un dénominateur commun, des patineurs exceptionnels dominaient leurs époques respectives. Vous prenez Bobby Or dans les années 70, Paul Coffey avec les Oilers. Même Wayne Gretzky, il ne semblait pas rapide, mais il était très vif. »

Non seulement les techniques ont changé, mais les règles aussi. « Avec l’accrochage, on perdait beaucoup d’énergie à se rendre du point A au point B. Les joueurs actuels ne sont pas ralentis par l’accrochage, mais ils dépensent l’énergie autrement en raison du rythme élevé du jeu. »

Au début du mois, la soeur de Kirk Muller, Kelly, a publié sur Instagram une photo de sa mère, Annette, 82 ans, à la fenêtre avec dans la main gauche une affiche : « J’ai besoin de vin », en tendant une bouteille vide de la main droite. La publication est devenue virale. Elle a été partagée 260 000 fois !

« Ma soeur a un bon sens de l’humour, rigole Muller. C’était inoffensif. Elle voulait faire rire ses amis sur les réseaux sociaux. Ça a fait boule de neige, il y a même des vignobles en Espagne qui ont envoyé des bouteilles. Comme c’est ma soeur qui a mis son adresse, c’est elle qui reçoit les bouteilles ! »

Muller prend évidemment souvent des nouvelles de sa mère, qui a 13 petits-enfants et 4 arrière-petits-enfants. « C’est dur pour les personnes plus âgées. Elle a la chance de toujours vivre dans sa maison, mais c’est plus dur quand tu es habitué d’être actif socialement. Elle adore le hockey, elle aime revoir les vieux matchs. Ça la garde occupée. C’est une grande fan de hockey. »

Muller ne veut pas spéculer sur un éventuel retour au jeu ou sur les plans de la LNH divulgués mercredi. « Je préfère ne pas me prononcer. La priorité demeure la sécurité et la santé des gens. Je reste à la maison et je garde mes distances sociales. J’attends et je serai prêt quand ça reprendra. Mais la santé est plus importante que le hockey en ce moment. »

La COVID-19 a fait une victime parmi les membres de son entourage. L’ancien médecin des Devils du New Jersey, le docteur Barry Gerson Fisher, est décédé le 17 avril à 69 ans. « Il a toujours bien pris soin de moi, confie Muller avec l’émotion dans la voix. Je me suis informé auprès d’anciens coéquipiers pour savoir s’il était mort au front (médical). Je n’ai pas pu le savoir. Alors quand on parle de retour du hockey, combattons d’abord ce vilain virus. »

Muller a tout de même profité de son point de presse pour discuter de deux points d’actualité chez le Canadien avant l’interruption de la saison : Jesperi Kotkaniemi et l’efficacité du CH en supériorité numérique.

On lui a demandé de dresser un parallèle entre Kotkaniemi, troisième choix au total en 2018, et lui, deuxième choix au total en 1984.

« C’est quand même très différent. J’avais 18 ans à ma première année avec les Devils et nous étions en pleine reconstruction. Pat Verbeek avait 20 ans et John MacLean 19 ans. On pouvait se permettre de faire des erreurs. Kotkaniemi, tu vois ses qualités, son gabarit, ses habiletés naturelles. C’est un processus. Il doit continuer à apprendre le hockey nord-américain. Il arrive d’Europe, c’est très différent. C’est aussi un des plus jeunes de son année de repêchage. Ce n’est pas évident d’arriver dans la LNH si jeune. Il va continuer de s’améliorer. J’aime le coacher car il est très réceptif et il veut apprendre. »

La production en supériorité numérique demeure un mystère pour Muller. « Nous sommes numéro un à ce chapitre à l’extérieur, et l’un des pires à domicile. Probablement qu’on garde les choses plus simples à l’étranger. La perte de "Drou" (Jonathan Drouin) a fait mal aussi. Les Oilers ont beaucoup de succès parce qu’ils jouent en unité de cinq et chaque joueur sur la glace représente une menace. »

Muller allait probablement retourner sur son terrain après l’appel. « J’ai des terres, près d’un lac, je travaille beaucoup sur le terrain, je coupe des arbres, ça me garde occupé, même si c’est froid et venteux. Je suis presque toujours dehors. Je ne m’ennuie pas. Je communique aussi régulièrement avec Claude (Julien) et les autres entraîneurs pour nous tenir prêts à un éventuel retour. »