En plus d’être l’un des gardiens les plus occupés de la LHJMQ, Matthew Welsh s’est démarqué comme l’un des meilleurs étudiants du circuit Courteau au cours des dernières années.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Un baccalauréat en administration est généralement amplement suffisant pour remplir l’agenda d’un étudiant normal.

Pour un gardien de but, disputer 80 % des matchs de son équipe nécessite une préparation importante et des moments de repos à l’avenant. Et pour n’importe quel être humain normalement constitué, parcourir des dizaines de milliers de kilomètres en autobus chaque année n’est ni plus ni moins que drainant.

Matthew Welsh, des Islanders de Charlottetown, a pourtant réussi à trouver l’équilibre entre ces éléments au cours des trois dernières saisons. Cela s’est traduit par du succès sur la glace – les partisans de l’Armada de Blainville-Boisbriand se souviennent certainement de l’éreintante série de demi-finales de 2018 finalement arrachée au septième match. Mais peut-être encore davantage sur les bancs de l’université de la capitale de l’Île-du-Prince-Édouard, où il a réussi à maintenir une moyenne de 3,8 (sur 4,3).

Il est aujourd’hui en nomination pour le trophée Marcel-Robert, récompensant l’étudiant-athlète par excellence du circuit, qu’il pourrait remporter pour la deuxième saison de suite.

Sa carrière junior terminée – abruptement, il est vrai, en raison de la pandémie de COVID-19 –, il se retrouve avec plus de deux années universitaires terminées. Au cours des dernières semaines, il est rentré chez lui en Nouvelle-Écosse, où il compte rester pour de bon. Si tout se passe comme prévu, l’automne venu, il défendra désormais le filet des Huskies de l’Université Saint Mary’s, où il souhaite terminer ses études en comptabilité et en finances. Il verra ensuite si la vie le mène vers le hockey ou vers les chiffres.

Pour le jeune homme de 20 ans, joint par La Presse, jongler avec l’école et le sport n’a jamais été un fardeau. C’est même pour lui la norme depuis qu’il est tout petit.

« Pour ma famille, l’éducation a toujours été une valeur fondamentale, dit-il. Si je ne me forçais pas à l’école, je ne pouvais pas jouer au hockey. C’était aussi simple que ça, et j’ai gardé ça en moi. »

Mes parents m’ont toujours parlé de l’importance de décrocher un diplôme. Je sais que je ne jouerai pas au hockey jusqu’à 65 ans, même si je passais chez les pros. Tout peut s’effondrer en un instant. Il faut voir plus loin.

Matthew Welsh

Discipline

Dans ces circonstances, la décision de Welsh de choisir la LHJMQ plutôt que la NCAA, où le calendrier est plus court et les voyages, moins nombreux, peut sembler étonnante.

Or, pour un petit gars d’Halifax qui n’avait jamais vraiment quitté les Maritimes et qui a grandi en idolâtrant Zachary Fucale et les Mooseheads, la LHJMQ apparaissait comme la voie toute désignée.

Jouer à Charlottetown, comme ailleurs dans l’Est du pays, c’est toutefois se soumettre à beaucoup, beaucoup de déplacements. La route vers Rouyn-Noranda est la plus longue : il faut plus d’une vingtaine d’heures pour aller y affronter les Huskies.

Sur papier, cela laisse énormément de temps pour étudier. Dans la réalité, quiconque a déjà sorti cahiers et ordinateurs dans un autobus sait que les mots « conditions gagnantes » ne sont peut-être pas les plus à-propos.

« Oui, c’est difficile, convient le Néo-Écossais. Ça prend de la discipline, mais ça se fait. »

La discipline est d’ailleurs un terme qui revient quelques fois au cours de la conversation. Celle qui lui a été nécessaire pour demeurer performant sur le plan académique, mais également celle dont il a fait preuve pour inscrire son nom dans le livre des records de la LHJMQ.

PHOTO DARRELL THÉRIAULT, FOURNIE PAR LES ISLANDERS DE CHARLOTTETOWN

Matthew Welsh, des Islanders de Charlottetown

Depuis le 28 février, il est le gardien à avoir disputé le plus de minutes dans l’histoire du circuit. Il en compte désormais plus de 13 000.

Cet accomplissement n’est pas forcément gage de succès – la majorité des gardiens du top 10 à ce chapitre ont disputé leurs cinq saisons junior en entier et aucun n’a connu une grande carrière dans la LNH. Mais Welsh y voit la consécration de son travail acharné.

« Je suis content d’avoir réussi à ne pas me blesser, dit-il. Les saisons sont longues et difficiles dans la LHJMQ, alors il y a une fierté à tirer de rester en forme. Je m’impose une diète stricte pendant la saison et même l’été. Tout ce que je fais, je le fais avec sérieux. »

Modèle

Personne ne sera surpris d’apprendre que le gardien professionnel qu’il admire le plus est Carey Price, justement pour sa rigueur. Depuis ses débuts, Welsh tente d’ailleurs de calquer le style et le cheminement de Price, non seulement « le meilleur gardien du monde », mais également « un exemple dans la communauté », selon lui.

Ainsi, au cours des cinq dernières années, Welsh est devenu l’un des principaux visages des Islanders à Charlottetown. Des collectes de sang aux activités auprès du hockey mineur, il n’a pas raté une occasion de rencontrer les partisans et les jeunes hockeyeurs de l’Île-du-Prince-Édouard.

C’est un petit marché, tout le monde connaît un peu tout le monde, alors si je peux être une inspiration, pourquoi pas ?

Matthew Welsh

« Quand j’étais enfant, les joueurs des Mooseheads étaient mes modèles. C’est plaisant de perpétuer ça », affirme celui qui est aussi en nomination pour le trophée Paul-Dumont, remis à la personnalité de l’année dans la LHJMQ.

En dépit de tous ses accomplissements hors de la patinoire et de son statut de gendre idéal, Welsh caresse toujours le rêve de percer au niveau professionnel.

A priori, les tendances ne jouent pas en sa faveur : aucune équipe de la LNH ne l’a repêché au cours de ses deux années d’admissibilité. Il a été invité au camp de développement des Sabres de Buffalo en 2019, mais n’a pas accédé à l’étape suivante.

À 5 pi 11 po, son gabarit ne fait pas rêver les dirigeants du circuit Bettman, où la mode est manifestement aux gardiens de grande taille.

Au repêchage de 2019, 21 des 22 cerbères sélectionnés mesuraient 6 pieds et plus. Et c’était aussi le cas de 84 des 87 gardiens qui ont disputé au moins un match dans la LNH cette saison.

Welsh ne se berce pas d’illusions, mais il s’accroche au travail et à la discipline qui ont fait ses succès jusqu’ici. Et il s’assure de se garder le plus de portes ouvertes.

« J’adorerais avoir ma chance, dit-il. Je veux vivre du hockey. Je ne sais pas trop encore ce que je veux faire dans le “vrai monde”, alors je me donne le plus d’options possible. On verra ce qui va arriver. »