Au cours des prochaines semaines, nous vous offrirons une analyse détaillée des 31 clubs de la LNH : le travail du directeur général, le repêchage, les échanges, les joueurs autonomes, les perspectives d’avenir. Aujourd’hui, les Maple Leafs de Toronto.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

SITUATION ACTUELLE

Malgré une reconstruction en apparence réussie, les Maple Leafs de Toronto demeurent le seul club avec les Panthers de la Floride et les Sabres de Buffalo à n’avoir remporté aucune ronde de séries éliminatoires dans la dernière décennie.

À leur défense, les failles du système les ont forcés à affronter les Bruins de Boston en première ronde lors des deux dernières saisons alors que les deux clubs avaient pourtant terminé parmi les sept meilleures équipes au classement général de la LNH.

Malgré leurs beaux efforts de relance, ils n’étaient toujours pas assurés de participer aux séries éliminatoires ce printemps (trois points d’avance sur les Panthers, avec un match de moins à disputer), deux de leurs défenseurs, Tyson Barrie et Cody Ceci, auront droit à l’autonomie complète et ils devront sans doute sacrifier un attaquant pour se conformer au plafond salarial. Le créneau favorable de succès est donc déjà en train de se rétrécir.

L’arrivée de Brendan Shanahan à titre de président de l’équipe en avril 2014 a marqué un changement dramatique dans la façon d’opérer à Toronto. Les Maple Leafs avaient été écartés des séries dix fois lors des onze saisons précédentes malgré les nombreux raccourcis pris par la direction pour connaître du succès à court terme. Shanahan a eu le courage d’imposer une reconstruction.

Moins de deux ans plus tard, Mike Babcock était l’entraîneur en chef et on s’était débarrassé de deux vedettes identifiées aux insuccès de l’équipe, Phil Kessel et Dion Phaneuf. Des années de misère allaient suivre, mais permis de bénéficier de hauts choix au repêchage et mettre la main sur d’éventuelles grandes vedettes, Mitch Marner et Auston Matthews.

Le triumvirat composé de Lou Lamoriello, Mark Hunter et Kyle Dubas n’a pas tenu le coup en 2018 quand Shanahan a eu à nommer un seul DG. Dubas a acquis les pleins pouvoirs. On a amélioré l’attaque, mais pas la défense. On est peut-être déjà à la croisée des chemins à Toronto. Le jeune entraîneur Sheldon Keefe doit mener ce club à bord port après le congédiement retentissant de Mike Babcock l’automne dernier.

REPÊCHAGE (2009-2019)

Mark Hunter a tiré sa révérence à titre de responsable du repêchage en 2018, après quatre années de services. Sous sa gouverne, les Leafs ont connu de très beaux repêchages. Il ne faut pas négliger non plus l’arrivée en 2015 d’Ari Vuori dans le rôle de directeur du recrutement européen. Vuori agissait à titre de bras droit du célèbre recruteur européen des Red Wings, Hakan Andersson.

À son premier repêchage, en 2015, il s’est battu pour repêcher Mitch Marner au quatrième rang malgré sa petite taille. Hunter le connaissait bien puisque Marner jouait au sein de son ancienne équipe des Knights de London dans la Ligue junior de l’Ontario.

On a peut-être manqué de flair cependant en échangeant le 24e choix au total (qui a permis aux Flyers de mettre la main sur Travis Konecny) en retour d’un choix de première ronde (29e au total) et de deuxième ronde (61e au total). On a ensuite échangé le choix de première ronde pour un choix de deuxième ronde (34e au total) et de troisième ronde (68e au total). Toronto s’est donc retrouvé avec deux choix de deuxième ronde et un choix de troisième pour ce choix de première ronde, mais un seul Travis Dermott, a percé.

Le repêchage de 2016 n’a pas été un grand succès de flair et d’audace. Il y a bien sûr eu Auston Matthews au premier rang, un choix évident, mais aucun des dix autres espoirs repêchés, dont deux en deuxième ronde et deux en troisième ronde, n’a encore percé.

En 2017, Hunter semble avoir déniché un défenseur d’avenir en première ronde, Timothy Liljegren (17e au total). Liljegren, un droitier, 21 ans dans quelques jours, a amassé 30 points en 40 matchs dans la Ligue américaine cet hiver, même si les blessures ont ralenti sa progression.

Hunter a tiré sa révérence avant le repêchage de 2018. Jim Lilley a pris la relève. Il a été nommé officiellement en poste deux semaines après le repêchage, mais il appartenait déjà au groupe de dépisteurs et on a pu l’apercevoir sur l’estrade à la droite du choix de première ronde Rasmus Sandin (29e au total). Sandin, 20 ans, un gaucher, constituera sans doute un coup de circuit. Il a survolé les Championnats mondiaux juniors avec 10 points en 7 matchs. Il était déjà avec les Leafs lors de l’interruption de la saison. Toronto n’avait pas de choix de première ronde en 2019, sacrifié pour obtenir le défenseur Jake Muzzin, mais le choix de deuxième ronde, l’attaquant de petite taille Nick Robertson, suscite beaucoup d’espoir.

Meilleur coup

Mitch Marner, ailier, quatrième au total en 2015.

On peut toujours se tromper avec des quatrième ou cinquième choix au total. Certains recruteurs des Leafs hésitaient entre Marner et le défenseur Noah Hanifin. Pas Mark Hunter. Il est le troisième compteur de sa cuvée, derrière Connor McDavid et Jack Eichel, mais sa moyenne de points par match est supérieure à celle de Eichel.

Pire coup

Tyler Biggs, ailier, 22e au total en 2011.

L’ancienne administration adorait ce gros attaquant. Elle a même échangé ses 30e et 39e choix au total aux Ducks d’Anaheim pour s’avancer de huit rangs et le sélectionner. Après quelques années désastreuses avec les Marlies dans la Ligue américaine, Biggs a été rétrogradé dans la ECHL en 2015 et il n’en est jamais ressorti. Avec les deux choix des Leafs, les Ducks ont repêché Rickard Rakell et John Gibson…

Meilleur espoir

Nick Robertson, ailier, deuxième ronde, 53e au total en 2019.

Robertson, 5 pieds 9 pouces et 165 livres, vient de marquer 55 buts en 46 matchs dans la Ligue junior de l’Ontario et a participé au Championnat mondial.

ÉCHANGES

Brian Burke a été le premier directeur général de la dernière décennie. Il a œuvré entre 2008 et 2013. Il est responsable en 2009 de l’infâme transaction de Phil Kessel pour deux choix de première ronde et un choix de deuxième ronde, qui ont permis aux Bruins de repêcher Tyler Seguin en 2010 et Dougie Hamilton en 2011. Boston a aussi repêché Jared Knight au 32e rang alors que Justin Faulk, Tyler Toffoli et Jason Zucker étaient encore disponibles. Burke incarne ce manque de patience des Leafs à l’époque. Au moins il a récupéré des Bruins des choix de première et deuxième ronde en 2011 pour Tomas Kaberle et il a obtenu des Flyers James Van Riemsdyk pour Luke Schenn. Il a aussi acquis un choix de première ronde en 2011 pour Kris Versteeg. Mais les recruteurs ont saboté son travail en repêchant Tyler Biggs et Stuart Percy. Les deux ont joué un total de 12 matchs dans la LNH.

David Nonis a entamé le travail de reconstruction en 2015 en obtenant un choix de première ronde pour Cody Franson. Phil Kessel a été échangé aux Penguins pour Kasperi Kapanen et un choix de première ronde en juillet 2015, entre le congédiement de Nonis et l’arrivée de Lou Lamoriello. Mark Hunter occupait le poste de DG intérimaire.

Lamoriello a poursuivi la tâche. Mais il n’a pas obtenu beaucoup pour Dion Phaneuf (des joueurs usés et un choix de deuxième ronde), mais il a réussi à se débarrasser de son monstrueux contrat. Il a solidifié la position de gardien en cédant un choix de fin de première ronde (obtenu dans l’échange de Kessel) et un choix de deuxième ronde pour Frederik Andersen en 2016. Anaheim a repêché Sam Steel et Maxime Comtois avec ces choix.

Après le départ de Lamoriello en 2018, Kyle Dubas a voulu accélérer la marche vers le succès. Il a embauché de gros joueurs autonomes et sacrifié un choix de première ronde (Tobias Bjornfot) et un solide espoir, le défenseur Sean Durzi, pour obtenir le défenseur Jake Muzzin. Celui-ci vient de signer une prolongation de contrat de quatre ans pour 22 M$.

Meilleur coup (Brian Burke)

James Van Riemsdyk pour le défenseur Luke Schenn en juin 2012. Van Riemsdyk a été l’un des meilleurs attaquants des Leafs pendant six ans, réussi deux saisons de 30 buts ou plus et quatre saisons de 27 buts ou plus. Schenn a été un défenseur marginal à Philadelphie.

Pire coup (Brian Burke)

Deux choix de première ronde et un choix de deuxième ronde pour Phil Kessel.

Les Bruins ont repêché Seguin et Hamilton, Kessel a été un cancer dans le vestiaire des Leafs malgré une bonne production offensive.

JOUEURS AUTONOMES

Malgré le processus de reconstruction, les Maple Leafs ont été atteints de la folie des grandeurs en signant rapidement de gros joueurs autonomes à compter de 2017. Patrick Marleau a été le premier, l’œuvre de Lou Lamoriello. Malgré ses 38 ans (deux mois après la signature du contrat), Marleau a obtenu 18,75 M$ pour trois ans. Marleau n’a pas été vilain, avec des saisons de 47 et 37 points, mais rien pour justifier son salaire annuel de plus de six millions et il a compliqué la vie des Leafs au plan salarial. Dubas a été forcé de céder un choix de première ronde aux Hurricanes de la Caroline en 2020 pour s’en débarrasser. Les Hurricanes ont échangé ce choix pour obtenir le défenseur Brady Skjei à la date limite des transactions.

L’embauche de John Tavares, en juillet 2018 est évidemment la plus percutante. Tavares a produit à sa première saison complète, avec 88 points, dont 47 buts, en 82 matchs. Il a été plus discret en séries avec cinq points, dont deux buts, en sept matchs contre les Bruins.

Son rendement a diminué cette saison avec 60 points, dont 26 buts, en 63 matchs, en route vers une saison de 78 points et 35 buts. L’arrivée de Tavares a lancé une flambée salariale à Toronto. Les Leafs avaient trois des quatre joueurs les mieux payés de la LNH en 2019-2020.

Meilleur coup

Ilya Mikheyev, contrat d’entrée de la LNH en 2019.

Mikheyev, 25 ans, était un joueur autonome de la KHL l’été dernier. Il a connu un bel essor à Omsk sous l’autorité de Bob Hartley. Il avait 23 points en 39 matchs lors de l’interruption de la saison.

Pire coup

David Clarkson, sept ans, 36 M$ en 2013.

Clarkson était un joueur usé à son arrivée à Toronto, à presque 30 ans. Il venait de connaître une saison de 30 buts au New Jersey, mais il dépassait la marque des 17 buts pour la première fois de sa carrière. Il a joué à peine deux saisons, affreuses, avant de tomber au combat. Il a longtemps hypothéqué la masse salariale de l’équipe.

Dix saisons (aucune ronde remportée, cinq exclusions)

2010-2011 : 37-34-11, 10e Est, OUT.

2011-2012 : 35-37-10, 13e Est, OUT.

2012-2013 : 26-17-5, 5e Est, défaite première ronde.

2013-2014 : 38-36-8, 11e Est, OUT.

2014-2015 : 30-44-8, 15e Est, OUT.

2015-2016 : 29-42-11, 16e Est, OUT.

2016-2017 : 40-27-15, 8e Est, défaite première ronde.

2017-2018 : 49-26-7, 8e Est, défaite première ronde.

2018-2019 : 46-28-8, 5e Ouest, défaite première ronde.

2019-2020 : 36-25-9, 7e Est, (trois points d’avance au troisième rang de sa division sur les Panthers de la Floride, avec un match de moins à disputer).

(Demain : les Canucks de Vancouver)

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