L’ex-entraîneuse de l’équipe canadienne de hockey féminin Danièle Sauvageau a accueilli favorablement l’annonce de l’implantation d’une nouvelle équipe de la Ligue nationale de hockey féminin à Toronto dès 2020-21, mais elle croit que le marché montréalais peut aspirer à encore bien plus.

Alexandre Geoffrion-McInnis
Presse Canadienne

« Ça ne vise pas le bassin de joueuses qui évoluaient dans la LCHF, comme Marie-Philip Poulin et Mélodie Daoust, mais c’est une ligue qui ressemble un peu à l’Association mondiale de hockey de l’époque, avant la fusion avec la LNH, a imagé Sauvageau en entretien téléphonique avec La Presse canadienne. Pour plein de raisons, les gens de la LCHF n’ont pas cru bon de s’unir à cette ligue-là dès le départ. »

PHOTO D’ARCHIVES CANADIENNES DE MONTRÉAL

Danièle Sauvageau derrière le banc des Canadiennes de Montréal lors d’un match à Shenzhen, en Chine, en décembre 2018.

Sauvageau fait référence à la décision de quelque 200 joueuses qui, à la suite de la fin des activités de la LCHF, il y a un peu plus d’un an, ont décidé de se réunir afin de former l’Association des joueuses de hockey professionnel féminin (AJHPF).

L’objectif de l’AJHPF est de mettre sur pied une ligue viable financièrement qui leur permettrait de jouer sur une base régulière, en plus de leur fournir une assurance-santé et d’autres formes de soutien. D’ailleurs, des joueuses comme Poulin, Kendall Coyne Schofield, Hilary Knight et Natalie Spooner ont décidé de bouder la NWHL, qui est établie aux États-Unis.

« L’annonce de ce matin offre à la possibilité à des femmes de jouer au hockey. Est-ce que c’est la formule idéale pour nos meilleures joueuses ? Non. Mais c’est tout de même une offre de service alternative dans la région de Toronto. C’est comme si on disait : il n’y a pas de LNH, ni de Rocket de Laval. On en a besoin. Ce n’est pas une ligue professionnelle – nous n’en sommes pas encore rendues là –, mais elle offre à un bassin de joueuses l’opportunité de jouer », a expliqué celle qui est maintenant dirigeante de sa propre entreprise et conférencière.

L’AJHPF est là pour rester

Il reste que cette annonce, faite en pleine pandémie de COVID-19, en a fait sourciller plus d’un mercredi matin.

On se questionne sur la possibilité que cette annonce de la commissaire et fondatrice de la LNHF, Dani Rylan, puisse encourager certaines membres de l’AJHPF à quitter le navire, faute d’alternative. D’ailleurs, Rylan a précisé dans son annonce l’identité des cinq premières joueuses de la nouvelle concession torontoise, toutes d’ex-joueuses de la LCHF.

« Le paysage du hockey féminin vient de changer à Toronto, a reconnu la Sauvageau, qui se demande si cette annonce pourrait inciter certaines joueuses à quitter l’AJHPF pour se joindre à la LNHF. « Ce n’est pas impossible, mais en même temps j’ai bien l’impression qu’elles vont garder le cap, surtout le noyau de 150 joueuses qui croit toujours à une association avec les clubs de la LNH.»

« Nous, ce que nous croyons, c’est que nous pouvons encore offrir aux Montréalais ce qu’il y a de meilleur dans le hockey féminin dans des matchs préparatoires, des matchs de démonstration. Je continue de mettre mes énergies là-dessus », a-t-elle martelé.

Ainsi, plutôt que d’affaiblir le hockey féminin, Sauvageau croit même que la pandémie du nouveau coronavirus pourrait être bénéfique, d’une certaine façon, pour son avenir.

Elle a cité en exemple les propos de Roger Federer, qui s’est questionné mercredi, sur Twitter, sur la possibilité de fusionner les circuits professionnels masculin et féminin de tennis. Selon le Suisse, l’interruption des activités en raison de la pandémie offrirait au tennis une opportunité en or de consolider son avenir, tant pour les hommes que les femmes.

« Je suis très, très honorée de tenir les même propos que Roger Federer, même si ça fait 35 ans que je le répète sans cesse, a-t-elle évoqué. Pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas pratiquer le même sport, ni être sur la même patinoire qu’eux (dans la LNH) ? Je pense même que le tennis féminin a créé sa propre organisation parce qu’il n’y trouvait plus sa place dans le tennis masculin. […] Il est temps de nommer des femmes en position de leadership, qu’elles aient une position décisionnelle.

« Si on fait preuve de créativité, d’ouverture, alors je pense que ça pourrait mener à l’instauration d’une véritable ligue professionnelle de hockey féminin », a-t-elle ajouté.

Sauvageau encense Molson

En ce sens, Sauvageau a salué les efforts du propriétaire du Canadien de Montréal, Geoff Molson, afin de supporter le hockey féminin au Québec.

« Geoff Molson est bon pour le hockey féminin. Il supporte le niveau d’entraînement qu’on leur offre, et il est très ouvert à la prochaine génération de ligue qui s’en vient. Qu’il sorte ou non publiquement (pour nous appuyer), c’est une chose, mais je confirme que Geoff Molson est bon pour le hockey féminin, a-t-elle répété. C’est souhaitable de développer une concession professionnelle de hockey féminin (à Montréal), et je crois fondamentalement que ça va arriver.

« Il serait toutefois préférable que ça le soit au bon moment. Et ce bon moment-là, au moment où on se parle, il est difficile à déterminer. Mais je suis convaincue que ça va se produire », a-t-elle conclu.

Entre-temps, Digit Murphy, qui aura la tâche de recruter le directeur général et l’entraîneur-chef de la nouvelle équipe torontoise de la LNHF, a souligné que d’autres équipes d’expansion de la NWHL pourraient voir le jour éventuellement au Canada, surtout à Montréal.

La LNHF a été créée en 2015, et elle était alors devenue la première à rémunérer ses joueuses en Amérique du Nord. Ses clubs sont implantés à Boston, Monmouth Junction, au New Jersey, Danbury, au Connecticut, Buffalo et St.Paul, au Minnesota.