Mikhail Grigorenko n’a jamais vraiment quitté Québec. Bon… il n’y a pas joué depuis 2013-2014, mais c’est ici qu’il a rencontré sa conjointe, Amélie. Et c’est ici qu’il passe désormais ses étés, entre les saisons de hockey.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Pour s’en convaincre, il suffit de lui demander dans quel secteur il demeure. « Lac-Beauport », répond-il, comme un habitué de chez Archibald. À défaut de parler français, il est capable de reproduire l’accent québécois comme bien des Européens de l’Est.

C’est donc de Lac-Beauport que Grigorenko nous parlait mardi, comme il l’aurait fait lors de tout autre printemps. La différence, cette fois, c’est que le voyage qui l’attend quand les camps d’entraînement reprendront sera plus court.

Après trois ans en KHL, il sera de retour dans la LNH la saison prochaine, si la pandémie de COVID-19 est maîtrisée, évidemment.

Le Russe a signé un contrat d’une saison avec les Blue Jackets de Columbus, entente qui deviendra officielle le 1er juillet en raison d’un imbroglio administratif.

Et si ça se trouve, ce retour dans la LNH ne sera pas le plus gros changement dans la vie de l’ancien des Remparts de Québec ce printemps. Sa conjointe donnera en effet naissance à leur troisième enfant dans quelques semaines.

PHOTO ROCKET LAVOIE, ARCHIVES LE QUOTIDIEN

Mikhail Grigorenko avec les Remparts de Québec en 2011

« Les deux autres enfants ont 4 et 3 ans. Ils parlent très bien français et anglais. Le russe, c’est ma responsabilité ! Et comme je suis souvent parti… Ma fille le maîtrise assez bien par contre, elle peut parler avec mes parents et ma famille en Russie. »

Malgré l’éloignement, sa petite famille l’a tout de même suivi à ses trois saisons avec le CSKA de Moscou.

« Ma femme et les enfants me suivaient pendant la saison de hockey. Et l’été, c’était moi qui les suivais à Québec. Quand le hockey recommençait, on prenait l’avion ensemble. C’était plus long comme voyage, mais Moscou est une très belle ville, et les enfants allaient à un genre de maternelle, avec les enfants des autres joueurs étrangers. Pour ma femme, c’était bien, car elle était proche des autres parents. »

Avec « Torts »

Dès l’annonce de l’embauche de Grigorenko par les Blue Jackets, ce fut instantané. De nombreux amateurs se demandaient comment un joueur dont le niveau d’engagement était souvent remis en question allait faire bon ménage avec John Tortorella, entraîneur-chef des Blue Jackets.

Grigorenko est parfaitement en paix avec l’idée de jouer pour celui que l’on surnomme affectueusement « Torts ». Il faut dire qu’en tant qu’ancien protégé de Patrick Roy, à Québec et au Colorado, Grigorenko s’y connaît en matière d’entraîneurs bouillants…

« Les conversations étaient surtout avec Jarmo et Bill [Kekalainen et Zito, respectivement DG et DG associé des Blue Jackets]. J’ai bien aimé ce qu’ils ont dit. Mais avant de m’engager, je voulais me présenter à “Torts”, donc on s’est parlé au téléphone. Il m’a dit : “Avec nous, tu auras ta chance. Si tu montres que tu la mérites, tu obtiendras le temps d’utilisation en conséquence.” C’était tout ce que je voulais entendre. »

Une version améliorée

Les attentes ont toujours été élevées envers Grigorenko, nettement plus qu’envers bien d’autres joueurs repêchés au 12rang, là où les Sabres de Buffalo l’ont réclamé en 2012. C’est qu’il a longtemps été perçu comme un choix top 3, avant que sa cote descende.

Il aura été écorché par quelques controverses pendant ses années à Buffalo, notamment un renvoi dans la LHJMQ qu’il n’a pas digéré. Mais comme nous souffle un informateur à Buffalo, les Sabres de l’époque n’étaient pas exactement un modèle de stabilité.

Trois entraîneurs se sont succédé derrière le banc pendant les trois années de Grigorenko là-bas, et ils venaient d’en embaucher un quatrième — Dan Bylsma — quand ils ont échangé le jeune joueur à l’Avalanche du Colorado à l’été 2015.

Il a ensuite été limité à des récoltes de 27 et 23 points, avant de rentrer en Russie où, juge-t-il, il est devenu un joueur différent.

« Je suis plus mature mentalement et physiquement. Je suis plus complet. Je n’ai pas peur de jouer différents rôles, ce qui est bon parce que l’entraîneur pourra m’utiliser à toutes les sauces. Je peux jouer en avantage numérique, mais j’ai aussi joué en désavantage. Je ne suis plus un joueur limité. »

Il serait donc devenu plus complet, mais aussi plus productif : 41 points en 47 matchs cette saison, 52 en 55 la saison précédente. « Avec Linden Vey et Kirill Kaprizov, c’était un des trios dominants dans la KHL. C’était fatigant quand tu étais coincé dans ta zone contre eux », observe l’attaquant Patrice Cormier, qui a passé les deux dernières saisons en KHL.

J’ai retrouvé ma touche de marqueur, comme dans le junior. J’ai toujours été un joueur offensif, mais je n’obtenais pas de points dans la LNH. C’était bon de recommencer à marquer.

Mikhail Grigorenko

« Je ne veux pas être négatif au sujet de mon premier séjour dans la LNH. J’ai tenté de soutirer le positif de chaque entraîneur, de chaque occasion. Et ça m’a rendu meilleur.

« Ça m’a mené à la KHL, et je suis très content de mon passage là-bas. J’ai participé au Championnat du monde deux fois, j’ai participé aux Jeux olympiques et on a gagné l’or, ce qui était très gros chez nous en Russie. J’ai vécu plusieurs expériences. »