Il y a de cela très exactement 27 ans, Gilbert Dionne était occupé à marquer de gros buts. Ces jours-ci, il ne marque plus, mais il accomplit un travail autrement plus gros en ces temps difficiles : il embarque dans des wagons de train pour décharger d’importantes quantités de grain.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Au bout du fil, l’ancien joueur du Canadien est affable, rieur, un peu comme le joueur de hockey que l’on a jadis bien connu.

« Je travaille sur les chemins de fer dans le coin de Kitchener, en Ontario, depuis le début de la crise, explique-t-il. Je ne sais même pas comment on appelle ça, ce que je fais… négociant en grains, je crois. En gros, j’embarque dans les wagons des trains qui arrivent ici depuis l’Ouest canadien, et je décharge le grain. C’est un gros travail et c’est important de pouvoir continuer à le faire, parce que les gens ont besoin de blé, de farine, de céréales. On ne peut pas arrêter, les gens ont besoin de manger. »

On attrape Gilbert Dionne alors qu’il est lui-même dans les wagons, à faire ce qu’il doit continuer à faire. Il fait un travail qui est essentiel, et au printemps de 1993, dans un univers bien différent, on pensait un peu qu’il faisait la même chose… 

« Il y a des vieux matchs qui repassent à la télé ces temps-ci, alors j’en entends parler en masse ! », ajoute-t-il.

C’est normal qu’on lui en parle. En 1993, Gilbert Dionne était un membre du Canadien de Montréal. Oui, ce Canadien-là. Celui qui a gagné une Coupe Stanley improbable, la 24e de son histoire, et aussi sa dernière à ce jour.

L’équipe de 1993 est soudée dans la mémoire collective pour une foule de raisons. Pour Patrick Roy et son clin d’œil à Los Angeles. Pour Jacques Demers et son enthousiasme contagieux. Pour Éric Desjardins et ses buts importants.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Gilbert Dionne et l’entraîneur-chef Jacques Demers en mars 1993

Gilbert Dionne fait partie de cette liste. Choix de quatrième tour du Canadien au repêchage de 1990, il n’allait jamais être un joueur vedette, il n’allait jamais se hisser au sommet des compteurs comme son grand frère Marcel.

Mais le temps d’un printemps, il a réussi à briller, encore et encore.

« L’autre jour à Sportsnet, ils ont présenté un de nos matchs, je pense que c’était le deuxième match de notre série contre les Nordiques, et ça ramène de beaux souvenirs… Affronter les Nordiques, c’était quelque chose de très émotif pour moi. »

Tout le monde parle toujours de cette saison-là comme d’une saison magique, mais ce que les gens ne savent peut-être pas, c’est qu’il y a eu des chicanes à l’interne, de moins bons moments.

Gilbert Dionne

« Mais ça a bien tourné. Cette équipe-là, c’était comme un mélange parfait entre des jeunes et des vétérans, entre un nombre égal de francophones et d’anglophones. Il y avait des vétérans qui prenaient les plus jeunes sous leur aile ; moi, je chambrais avec Vincent Damphousse, et quand on ne jouait pas, on regardait à l’hôtel les matchs des autres clubs, et je pouvais lui poser 1000 questions par soir ! C’était comme ça. »

Dans le cas de Dionne, ce que l’histoire retient, c’est une contribution, presque magique, lors de cet espace-temps bien précis. Ainsi, au printemps de 1993, il conclura les séries éliminatoires avec six buts et six mentions d’aide pour un total de 12 points en 20 matchs.

Ce que l’histoire retient aussi, c’est que la plupart de ses six buts cadrent dans la catégorie des « gros buts », de par leur immensité au bon moment.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @REDHAWKS_JRB

Gilbert Dionne

« C’est dur à dire s’il y a un but que je retiens plus que les autres… mais très certainement, mon but contre les Nordiques à Québec, alors que Ron Hextall était tellement avancé et loin de son but, c’est quelque chose que je ne vais pas oublier. Ce que je retiens aussi, c’est la confiance des dirigeants du club ; on me faisait jouer, peu importe si je faisais des erreurs ou pas. Chaque fois que je sautais sur la glace avec Paul DiPietro, on aurait dit qu’il se passait quelque chose ! »

Gilbert Dionne doit maintenant raccrocher. Il y a d’autres trains à décharger, il y a autre chose à faire, et puis de toute façon, on ne saurait le garder au bout du fil pendant trop longtemps.

« Je pense qu’on reparle de 1993 parce que tout le monde s’ennuie du hockey, conclut-il. Mais ça va revenir. Ma famille et moi, on fait attention et on écoute les consignes. Le reste, ça va bien aller… »