Depuis la cessation des activités de la LNH, nous vous offrons chaque jour ouvrable une analyse détaillée des 31 clubs de la LNH : le travail du directeur général, le repêchage, les échanges, les joueurs autonomes, les perspectives d’avenir. Aujourd’hui, les Devils du New Jersey.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

SITUATION ACTUELLE

Les Devils ont procédé à une purge administrative importante en 2015. Le DG Lou Lamoriello, en poste depuis 1987, a été mis de côté au profit de Ray Shero. Son fidèle bras droit et directeur du recrutement amateur, David Conte, n’a pas été épargné non plus. Shero arrivait précédé d’une grosse réputation, après avoir mené les Penguins de Pittsburgh à la conquête de la Coupe Stanley en 2009 et à une finale la saison précédente. Cinq ans plus tard, on est de retour à la case départ. Shero a été congédié en janvier. En un peu moins de cinq ans sous son règne, les Devils ont participé aux séries éliminatoires une seule fois et perdu en première ronde. Son successeur, du moins par intérim, Tom Fitzgerald, a annoncé une reconstruction agressive, une méthode honnie par Shero, l’homme aux multiples raccourcis. Les choses n’allaient guère mieux lors des dernières années de l’ère Lamoriello, faut-il cependant le préciser. Après avoir atteint la finale en 2012, le New Jersey avait été exclu trois fois consécutives des séries éliminatoires. La chute des Devils, deux fois vainqueurs de la Coupe Stanley au début des années 2000, coïncide avec le déclin de leur gardien Martin Brodeur et du départ de leurs vedettes Zach Parise, Patrik Elias, Ilya Kovalchuk et Petr Sykora. Les faibles résultats au repêchage ont empêché les Devils de se régénérer. Sept des douze meilleurs compteurs des Devils en 2014-2015 avaient 32 ans ou plus. Parmi les 35 joueurs ayant disputé au moins un match cette année-là, 18 n’étaient plus dans la LNH deux ans plus tard. Shero n’a donc pas hérité d’une situation facile. Mais au lieu de prévenir les fans d’années difficiles à venir, il a vendu du rêve dès son arrivée. L’arrivée de Taylor Hall en 2016 a suscité beaucoup d’espoir. Ça aura duré un an seulement. Shero a mis tous ses œufs dans le même panier l’été dernier. Il a acquis P. K. Subban et son monstrueux contrat, embauché les joueurs autonomes Nikita Gusev et Wayne Simmonds. Le plan n’a pas fonctionné et Shero n’a plus d’emploi. Tout n’est pas sombre pour Tom Fitzgerald. Avec deux premiers choix au total ces dernières années, les Devils ont leurs deux centres offensifs d’avenir, Nico Hischier et Jack Hughes. Les Devils pourraient repêcher deux fois parmi les dix premiers en 2020 avec le choix obtenu des Coyotes de l’Arizona pour Taylor Hall. Ils ont aussi un troisième choix de première ronde obtenu du Lightning (celui des Canucks) pour Blake Coleman. Les Devils connaissaient une bonne fin de saison sous l’impulsion de l’entraîneur Alain Nasreddine.

REPÊCHAGE (2009-2019)

Les Devils ont commencé leur disette au repêchage plusieurs années avant l’arrivée de Ray Shero. Entre 2009 et 2014, ils ont repêché seulement deux joueurs de premier plan, Damon Severson et Adam Larsson, quatrième choix au total en 2011. À moins que vous ne considériez Blake Coleman et Miles Wood comme des joueurs de premier plan. Les quatre années précédentes n’ont guère été mieux. Les Devils n’avaient pas de choix de première ronde en 2010 et 2013 et n’ont pas pigé parmi les 28 premiers en 2012 et 2014. Ça n’aide pas. Ray Shero a nommé l’un de ses anciens complices chez les Sénateurs, Paul Castron, au poste de directeur du recrutement pour remplacer Conte. Castron occupait les mêmes fonctions avec les Blue Jackets de Columbus. La suite n’est guère reluisante. Les Devils détenaient le sixième choix au total en 2015. Ils croyaient mettre la main sur leur éventuel centre numéro un Pavel Zacha. Celui-ci commence enfin à trouver sa niche au New Jersey, il avait 32 points cet hiver, mais il a été repêché avant Ivan Provorov, Zach Werenski, Timo Meier, Mikko Rantanen, Mathew Barzal, Thomas Chabot, Kyle Connor, Brock Boeser et plusieurs autres. L’année suivante, ils faisaient de Michael McLeod leur premier choix, 12e au total. McLeod possède de la vitesse à revendre, mais son manque de compréhension du jeu collectif était connu. Le jeune homme a été préféré à Charlie McAvoy et Jakob Chychrun, entre autres. Ces deux repêchages ont fait mal. Hischier est un bon choix en 2017, mais aura-t-il l’impact d’un Miro Heiskanen et Cale Makar. Curieux, quand même, que les Devils, dont les carences en défense crevaient les yeux, aient chaque fois choisi des attaquants. Castron est toujours en poste, voyons si le nouveau VP exécutif Martin Brodeur le maintiendra en poste.

Meilleur coup

Damon Severson, défenseur, deuxième ronde, 60e au total en 2012. Un de gros coups de l’ancienne administration en fin de parcours. Severson est devenu un défenseur essentiel aux Devils. Il est le joueur le plus utilisé des Devils depuis deux ans.

Pire coup

Pavel Zacha, centre, première ronde, 6e au total en 2015. On ne peut se permettre de rater des défenseurs comme Provorov, Werenski et Chabot à ce rang, sans compter les autres attaquants de talent, dont Rantanen.

Meilleur espoir

Jack Hughes est déjà dans la LNH et ne peut plus être considéré un espoir. Après lui, on doit considérer le défenseur Ty Smith, premier choix de l’équipe en 2018 (17e au total). Ce défenseur gaucher a amassé 59 points en 46 matchs cet hiver dans la Ligue junior de l’Ouest et a participé aux deux plus récents Championnats mondiaux juniors avec le Canada.

ÉCHANGES

Ray Shero ne s’en tire pas trop mal à cet égard. Il a obtenu le meilleur compteur de l’équipe, Kyle Palmieri, des Ducks, pour des choix de deuxième et troisième ronde en 2015. Taylor Hall lui a coûté Adam Larsson en 2016. Ce défenseur droitier a vite plafonné, même s’il demeure un élément important chez les Oilers. Hall a rapporté un choix de première ronde et deux espoirs, Kevin Bahl et Nick Merkley, cet hiver. Shero n’aurait pas obtenu un tel retour pour Larsson. L’acquisition de Sami Vatanen en 2017 n’a pas donné les résultats escomptés par contre. Adam Henrique était un centre de 40 à 50 points au New Jersey. L’acquisition de Subban a probablement signé son arrêt de mort. Subban n’était pas en forme à son arrivée au New Jersey, après avoir été victime de maux de dos la saison précédente et négligé son entraînement. Si l’ancien défenseur du CH ne se replace pas, les Devils seront coincés pour deux autres années avec un joueur dont la moyenne salariale atteint neuf millions. Par contre, il semblait retrouver l’élan des beaux jours au moment de l’interruption des activités. Subban a obtenu quatre points à ses cinq derniers matchs et a joué en moyenne 26 minutes lors des deux derniers. Tom Fitzgerald a fait du gros travail de reconstruction à la date limite des échanges en obtenant un choix de première ronde, un choix de deuxième ronde et les espoirs Janne Kuokkanen et Nolan Foote pour Sami Vatanen, Blake Coleman et Andy Greene.

Meilleur coup

Taylor Hall pour Adam Larsson. Hall a remporté le trophée Hart un an après son arrivée. Larsson est un défenseur très limité offensivement.

Pire coup

Si P. K. Subban ne se replace pas la saison prochaine, Ray Shero aura coûté cher aux propriétaires.

JOUEURS AUTONOMES

Les dernières grosses dépenses des Devils remontent à 2013. Lou Lamoriello a donné presque 25 millions pour cinq ans à Ryan Clowe et il s’en est mordu les doigts. Clowe était un joueur déjà usé et il n’a pas duré un an. Donner 25 millions pour cinq ans à Mike Cammalleri en 2014 n’a pas rapporté non plus à Lamoriello. Trois ans plus tard, son contrat était racheté. Shero a été plus prudent. Donner 5 millions à Wayne Simmonds était généreux, mais l’offre ne dépassait pas une saison au moins.

Meilleur coup

Will Butcher a choisi les Devils à sa sortie des rangs universitaires en 2017. Ce défenseur a aidé l’équipe au chapitre de l’attaque, même si le jeu défensif ne constitue pas sa force.

Pire coup

Ryan Clowe, une décision qui remonte heureusement à presque dix ans. Le ressort a cassé à 30 ans.

Dix saisons (trois rondes remportées, sept exclusions)

2010-2011 : 38-39-5, 11e Est, OUT.

2011-2012 : 48-28-6, 6e Est, finale de la Coupe Stanley.

2012-2013 : 19-19-10, 11e Est, OUT.

2013-2014 : 35-29-18, 10e Est, OUT.

2014-2015 : 32-36-14, 13e Est, OUT.

2015-2016 : 38-36-8, 12e Est, OUT.

2016-2017 : 28-40-14, 16e Est, OUT.

2017-2018 : 44-29-9, 8e Est, première ronde.

2018-2019 : 31-41-10, 15e Est, OUT.

2019-2020 : 28-29-12, 14e Est, (à 12 points de la dernière place donnant accès aux séries).

(Demain : les Islanders de New York)

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