Tout indique que Cole Caufield respectera la volonté de Marc Bergevin.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

L’attaquant, choix de 1er tour du Tricolore (15e au total) en juin dernier, a fait part de son intention de demeurer une saison de plus à l’Université du Wisconsin.

La nouvelle, d’abord ébruitée par le collègue Todd Milewski, du Wisconsin State Journal, a été confirmée à La Presse par Tony Granato, entraîneur-chef des Badgers du Wisconsin.

« Je pense qu’il reviendra. Ça pourrait changer si Montréal se ravise, évidemment, a reconnu Granato, en entrevue à La Presse. Mais Cole préfère revenir une autre saison et continuer de jouer avec son frère. S’il se sent ensuite prêt, et que le Canadien le juge prêt, il aura alors une autre occasion de faire le saut. »

Caufield n’a pas pu être rejoint pour commenter la nouvelle. Les cours font actuellement relâche à l’Université du Wisconsin. En raison de la pandémie de la COVID-19, ils reprendront ensuite à distance. Au niveau hockey, la saison de Caufield est terminée après que les Badgers eurent été éliminés du tournoi éliminatoire de fin de saison.

De son côté, le Canadien a confirmé la nouvelle en milieu de soirée mardi, dans un court communiqué. « Cette année supplémentaire au sein du circuit de la NCAA sera bénéfique pour Cole et lui permettra de poursuivre sa progression dans ce circuit. Cole est un espoir important pour les Canadiens et nous suivons son développement avec intérêt », a dit Bergevin dans le communiqué.

Le mois dernier, Bergevin avait mentionné au confrère Mathias Brunet qu’il croyait que Caufield n’était pas prêt à accéder à la LNH.

« Caufield connaît une bonne année [dans la NCAA], avait dit le directeur général du Canadien. Mais à nos yeux, il n’est pas prêt. On va prendre une décision à la fin de l’année. S’il veut vraiment quitter le collège, on ne le forcera pas, mais on va lui recommander de rester [au Wisconsin].

« Ça ne veut pas dire que c’est une déception. On vise le mieux pour son développement à long terme. »

L’exemple de Makar

Rencontré par La Presse, en septembre dernier, Caufield avait déclaré que son objectif était de faire le saut dans la LNH dès ce printemps.

« J’ai vu ce que Cale Makar a fait l’an dernier au Colorado. C’était sa deuxième année à l’université, j’en suis conscient, mais il a eu un effet immédiat. C’est quelque chose que j’aimerais faire. Mais je dois démontrer que j’ai ma place, même si je suis un choix de premier tour », avait alors dit Caufield.

Il était donc intéressant d’entendre Granato, au bout du fil, utiliser exactement le même exemple.

« Les gens se disent : il retourne au collège parce qu’il n’a pas eu une bonne année. Non, Cole a connu une saison incroyable. Il a été le meilleur marqueur de sa conférence même s’il en est à sa première année, il joue bien défensivement. C’est important de reconnaître qu’il a connu une saison phénoménale.

« J’aime utiliser l’exemple de Cale Makar, qui avait eu toute une première saison. Il est tout de même resté à l’école et a gagné le trophée Hobey-Baker (joueur par excellence en NCAA) l’année suivante, et a ensuite pu se joindre à l’Avalanche en séries. Makar était très bon à sa première année, mais il avait encore besoin de développer des choses. Je ne dis pas que Cole devrait penser comme lui, mais c’est un bon exemple. Je ne pense pas que tu puisses rester une année de trop au collège. »

Caufield vient de disputer sa première saison en NCAA. En 36 matchs, l’attaquant de 5 pi 7 a amassé 36 points, dont 19 buts. Il a aussi représenté les États-Unis au Championnat du monde junior, où il a été limité à un but et une passe en cinq matchs, dans un rôle toutefois plus limité que ce qu’il faisait au Wisconsin.

Moins de pression

Son avenir chez les Badgers était devenu nébuleux ces derniers jours, après que deux de ses coéquipiers, Alex Turcotte et K’Andre Miller, eurent signé leur premier contrat dans la LNH. Le premier, un centre, s’alignera avec les Kings de Los Angeles, tandis que le second, un défenseur, rejoindra les Rangers de New York. Tous deux sont aussi d’ex-choix de première ronde.

Il y a toutefois lieu de croire que Caufield poursuivra ainsi son apprentissage dans un contexte de pression moindre. Les attentes au Wisconsin seront plutôt modestes avec le départ des deux piliers susmentionnés.

Caufield aura aussi droit à l’erreur.

« Je veux qu’il essaie des choses, je veux qu’il comprenne ce qu’il peut et ne peut pas faire, a affirmé Granato. C’était une bonne année d’apprentissage pour lui. Sa production était bonne. Il va s’améliorer sur certaines choses. Il y a toujours des choses qu’un joueur doit polir. On va regarder de la vidéo, on va regarder ce que Claude [Julien] demande aux ailiers de faire et on va lui enseigner. »

À l’inverse, la LNH n’est pas une ligue de développement, entend-on souvent. Les espoirs du Canadien en savent quelque chose. Jesperi Kotkaniemi a connu sa part de difficultés cette saison, difficultés soulignées par Bergevin dans son entrevue avec Mathias Brunet, tandis que Nick Suzuki a été critiqué à quelques reprises par Julien après qu’il eut commis des bévues.

La pression sera forte sur le CH l’an prochain. L’administration en place vient de mener l’équipe à trois exclusions de suite des séries (en calculant la présente saison). Déjà qu’il était étonnant qu’un entraîneur et un DG survivent à une telle séquence, de mauvais résultats l’automne prochain ajouteront à la pression. Pas le contexte idéal pour y aller d’essais et erreurs avec une recrue.

Veut-on vraiment d’un tel environnement de travail pour un des meilleurs espoirs de l’organisation ? Poser la question, c’est y répondre.