Ça aura pris plus de temps que certains ne l’auraient souhaité, mais la Ligue nationale s’est rendue à l’évidence : elle suspend ses activités jusqu’à nouvel ordre. Dans le contexte de pandémie mondiale de COVID-19, la question est surtout de savoir quand elles reprendront.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

C’est en effet une crise d’une ampleur inégalée qui a mené à cette situation. Une crise qui ne touche pas que l’Amérique du Nord, mais bien le monde entier. Une crise qui ne touche pas que le monde du sport, mais toutes les sphères de la société. En fait, le sport devient ici une victime bien marginale d’une situation qui a des conséquences autrement plus graves que l’annulation de matchs de hockey.

Le président des Stars de Dallas, Brad Alberts, l’a exprimé de la façon la plus éloquente.

« En ce moment, ça dépasse les frontières de notre sport, a-t-il dit aux médias de Dallas, dans une conférence webdiffusée. C’est une crise internationale et une crise nationale. On doit comprendre notre place dans la société. »

C’est d’ailleurs ce qui ressort en faisant le tour de la LNH. Chez le Canadien, personne n’a officiellement parlé aux médias. Un groupe de journalistes couvrant les activités de l’équipe a demandé de s’entretenir avec Paul Byron, représentant du Canadien au sein de l’Association des joueurs, et avec Geoff Molson, président de l’équipe. Ces demandes ont été refusées.

Plusieurs autres organisations ont fait de même et ont seulement réagi à la nouvelle par des communiqués, car la LNH est essentiellement à la remorque des annonces des instances canadiennes et américaines.

Les réponses les plus concrètes proviennent d’ailleurs de sources gouvernementales. La plus frappante : celle du gouverneur de l’Illinois, J.B. Pritzker, qui a demandé aux propriétaires d’équipes de Chicago d’annuler tous leurs matchs jusqu’au 1er mai, ou, du moins, de les disputer à huis clos. Le gouverneur a dit que les propriétaires avaient accepté.

À Anaheim, les Ducks ont quant à eux annoncé qu’à la demande du gouverneur de l’État de la Californie, tous les événements prévus au Honda Center jusqu’au 31 mars avaient été reportés.

En Ontario, les écoles publiques seront fermées jusqu’au 5 avril. À San Francisco aussi, les écoles publiques seront fermées pour trois semaines à compter de lundi. Avec de telles annonces, on voit mal comment justifier politiquement la réouverture d’amphithéâtres avant ces dates…

Des joueurs infectés ?

En entrevue au réseau CNBC, le commissaire de la LNH, Gary Bettman, a indiqué qu’à sa connaissance, aucun joueur n’avait eu de test positif à la COVID-19.

PHOTO BRUCE BENNETT, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Gary Bettman, commissaire de la Ligue nationale de hockey

Le directeur général des Stars de Dallas, Jim Nill, a toutefois expliqué que l’équipe attendait de recevoir une trousse de test afin de s’assurer que l’attaquant Alexander Radulov, qui était malade ces derniers jours, n’était pas infecté. Sur son compte Instagram, l’ancien du Canadien a assuré être en santé et n’avoir jamais été infecté.

J’ai décidé qu’il était temps de prendre les devants et de ne pas attendre qu’un de nos joueurs ait un test positif, car de toute évidence, nous n’allions pas disputer le reste de la saison sans qu’un joueur ait un test positif.

Gary Bettman, dont les propos ont été rapportés par le confrère Nick Cotsonika, journaliste pour NHL.com

Le cours des événements s’est précipité mercredi soir après qu’on eut appris qu’un joueur du Jazz de l’Utah, Rudy Gobert, avait subi un test positif à la COVID-19. La NBA a alors annoncé la suspension de ses activités, une pause qui durera au moins 30 jours, a dit le commissaire de la NBA, Adam Silver, jeudi.

La LNH n’a toutefois pas répondu aussi rapidement que l’affirme Bettman. D’abord, parce que les Sharks de San Jose et les Blue Jackets de Columbus ont disputé des matchs en dépit des recommandations contraires des autorités locales.

La LNH a ensuite publié un communiqué tard mercredi, affirmant qu’elle était « au courant » de la décision de la NBA et qu’elle évaluait ses différentes options. Mais la décision de faire une pause sur les activités n’a été annoncée qu’en début d’après-midi jeudi.

« Les joueurs arrivaient à l’aréna et avaient l’air de se dire : allons-nous vraiment jouer un match ce soir ? racontait Jon Cooper, entraîneur-chef du Lightning, en entrevue à Sirius XM.

« On est en attente, a-t-il poursuivi. C’est un peu comme lors du lock-out, mais en même temps, il y avait de la négociation, de l’espoir. Cette fois-ci, on est vraiment en territoire inconnu. »

Réactions

Jason Dickinson (Stars) et Alex Killorn (Lightning) sont deux des très, très rares joueurs à avoir répondu aux questions des journalistes. Les Bruins ont quant à eux distribué des déclarations de Zdeno Chara et de Patrice Bergeron par courriel.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Alex Killorn, du Lightning de Tampa Bay

La ligue avait évidemment une grosse décision à prendre et elle devait le faire rapidement. Nous soutenons la décision, sachant les effets du virus.

Alex Killorn, aux médias de Tampa

Les dirigeants ont toutefois été plus nombreux à parler aux médias, même si aucun secret d’État n’a été révélé. Ceux des Kings, des Predators, des Flames, des Coyotes, des Stars, du Lightning et des Jets l’ont notamment fait.

« Depuis une dizaine de jours, on a élaboré différents plans de contingence, dans l’espoir de ne pas en arriver là où on en est aujourd’hui, a reconnu le DG des Flames, Brad Treliving.

« Ce sont des joueurs, ils veulent jouer. Mais ils reconnaissent aussi qu’un vestiaire n’est pas immunisé contre ce qui se passe dans la société. »

« Notre but est simple : recommencer à faire ce qu’on aime, dans une communauté en santé, avec une équipe capable de redonner de la joie à nos concitoyens », a de son côté dit Sean Henry, chef de la direction des Predators de Nashville, ville qui a été frappée par une tornade la semaine dernière.

Henry a par ailleurs annoncé que les employés du Bridgestone Arena seraient payés pour leurs quarts de travail prévus cette fin de semaine.

Chez le Canadien, un communiqué de quatre paragraphes a été envoyé, de même qu’un article de questions-réponses, publié sur le site Internet de l’équipe, dans lequel il était question du statut des billets achetés, des concours organisés par l’équipe et des heures d’ouverture de la boutique de souvenirs.

La Ligue américaine aussi

Sans surprise, la Ligue américaine – là où jouent les filiales des équipes – a également annoncé la suspension de ses activités, tout comme l’ECHL, la ligue professionnelle de troisième niveau en Amérique du Nord. « La Ligue américaine continuera à suivre les développements et fournira des mises à jour sur la saison 2019-2020 au moment approprié », a écrit la ligue dans un court communiqué de deux paragraphes. Si les séries devaient commencer en respectant le classement actuel, le Rocket de Laval en serait exclu. Le club-école du Canadien occupe le 6e rang de la division Nord, à quatre points du 4e et dernier rang y donnant accès, occupé par les Devils de Binghamton. Le Rocket a disputé 62 des 76 matchs inscrits au calendrier.