(Tampa) La marge de manœuvre financière du Canadien alimentait déjà les boutades cette saison tant l’équipe nageait dans l’abondance. Voilà que ce coussin sera encore plus volumineux à compter du 1er juillet prochain.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

La LNH a en effet annoncé mercredi, par l’entremise de son commissaire adjoint Bill Daly, que le plafond salarial, actuellement établi à 81,5 millions US, serait rehaussé à au moins 84 millions en 2020-2021. Il pourrait même atteindre 88,2 millions. Selon le scénario définitif, qui sera déterminé de concert avec l’Association des joueurs d’après les revenus de la ligue, tous les directeurs généraux profiteront donc de 2,5 à 6,7 millions supplémentaires dans leur budget en vue de la saison prochaine.

Tous les DG devaient sourire à belles dents à la suite de cette annonce. Mais on se doute que Marc Bergevin était tout particulièrement heureux.

À court terme, cela ne changera pas grand-chose pour lui ni pour l’organisation. Le seul joueur d’impact de l’équipe qui sera sans contrat l’été prochain est Max Domi. Joueur autonome avec compensation, Domi ne se trouvera toutefois pas en position de force à la table de négociation, surtout pas vu sa production offensive largement en deçà de celle de la saison dernière.

Même si Domi doublait son salaire actuel de 3,15 millions, le Canadien disposerait encore d’un coussin de 14 à 18 millions la saison prochaine.

Quatre autres patineurs seront joueurs autonomes avec compensation : Jake Evans, Charles Hudon et Xavier Ouellet pourraient se voir attribuer environ 1 million chacun, tandis que Victor Mete peut aspirer à un peu plus. Christian Folin, Dale Weise et Keith Kinkaid seront quant à eux libres comme l’air. Des trois, seul Weise pourrait potentiellement recevoir une offre, que l’on présumerait frugale le cas échéant.

Même en prévoyant l’embauche d’un gardien auxiliaire de qualité à quelque 3 millions, Bergevin gardera la tête bien hors de l’eau, qu’il décide de procéder ou non à des transactions pour améliorer son club.

La vraie fleur que vient de lui offrir la LNH, par contre, c’est pour la saison suivante. On l’a écrit et réécrit, mais l’été 2021 s’annonce très, très chaud chez le Canadien. Phillip Danault, Tomas Tatar, Brendan Gallagher, Jeff Petry et Joel Armia deviendront tous joueurs autonomes sans compensation, tandis qu’Artturi Lekhonen et Jesperi Kotkaniemi devront eux aussi négocier de nouveaux contrats, mais comme joueurs autonomes avec compensation.

Mine de rien, si Bergevin reçoit le chèque-cadeau de 6,7 millions dont il rêve, c’est la quasi-totalité du salaire de Gallagher ou de Petry qu’il financerait d’un coup. Cela pourrait aussi faire la différence entre retenir ou laisser aller un marqueur comme Tatar ou Armia. Car malgré tout l’amour que le DG dit avoir pour son proverbial « noyau », il est peu probable qu’il trouve le moyen de garder tous ces joueurs à Montréal.

PHOTO KIM KLEMENT, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Anthony Cirelli (71) est un des jeunes joueurs du Lightning.

BriseBois aux anges

Un autre qui a dû passer une belle journée, c’est Julien BriseBois, DG du Lightning de Tampa Bay.

Le prochain adversaire du Canadien constitue en effet une équipe redoutable, peut-être la plus équilibrée du circuit en termes de talent, de vitesse, de caractère et de gabarit, et ce, à toutes les positions.

Ce succès a toutefois un prix. L’été prochain, l’attaquant Anthony Cirelli ainsi que les défenseurs Erik Cernak et Mikhail Sergachev, respectivement âgés de 22, 23 et 21 ans, deviendront joueurs autonomes avec compensation. Sous le plafond salarial actuel de l’équipe, ils comptent pour moins de 900 000 $ chacun.

Déjà des forces vives de l’équipe malgré leur jeune âge, ils obtiendront, à n’en point douter, des augmentations de salaire substantielles. Or, avec un plafond à 81,5 millions, BriseBois n’aurait eu qu’un peu plus de 5 millions à diviser entre ces trois jeunes loups. Dans le nouveau contexte, il disposera de 7,5 à 12,7 millions. Peut-être devra-t-il quand même se départir d’un de ses nombreux attaquants aux salaires « raisonnables » — Ondrej Palat, Tyler Johnson ou Alex Killorn —, mais il vient subitement de s’éviter une vente-débarras en règle.

À l’opposé du spectre, une équipe comme les Devils du New Jersey pourrait être embêtée. Car avec la hausse du plafond salarial vient inévitablement une hausse du « plancher », cette somme minimale que doivent dépenser les équipes. Les deux seuils évoluent de manière à peu près proportionnelle.

Ainsi, on peut estimer que le « plancher » se situera entre 62 et 65 millions, environ.

Pour l’heure, les Devils ont des engagements d’un peu plus de 56 millions pour la saison prochaine, si on tient compte des 4,65 millions destinés à Kyle Palmieri, au centre de multiples rumeurs de transaction. S’il fallait atteindre 65 millions, il y aurait un sacré vide à combler.

Le gardien MacKenzie Blackwood recevra sans doute une belle augmentation. Mais après lui, les plus gros noms sans contrat sont Mirco Mueller et Jesper Bratt.

Devant cette obligation de dépenser des Devils, Newark pourrait soudainement devenir une destination de choix pour les joueurs autonomes qui souhaitent faire sauter la banque.

À défaut d’y trouver une ambiance branchée, ils pourront au moins y être grassement payés.