De façon générale, quand une équipe connaît une saison pénible, comme c’est le cas de l’édition actuelle du Canadien, les histoires positives ne foisonnent pas.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Reculons à 2017-2018 : à l’exception des 31 buts de Brendan Gallagher, qui rebondissait après en avoir marqué 10 la saison précédente, il n’y avait guère eu de sources de réjouissances pour les partisans. Il y avait bien eu les 10 buts de Nicolas Deslauriers et la moyenne de 2,46 d’Antti Niemi, mais ces joueurs de soutien n’allaient pas transporter le Tricolore.

Idem en 2015-2016 : les 30 buts d’Alex Galchenyuk étaient bien l’unique consolation au terme d’une campagne perdue. Qu’en est-il cette saison ?

Tomas Tatar

En obtenant trois aides samedi dernier, Tatar a établi une nouvelle marque personnelle en une saison et compte 61 points. Ça lui valait, avant les matchs de dimanche, le 24e rang dans la Ligue nationale. Qui retrouve-t-on en sa compagnie dans cette portion du classement des compteurs ? Des noms comme Alexander Ovechkin, Elias Pettersson, David Perron, Patrik Laine et Blake Wheeler. Pour la deuxième saison de suite, Tatar repousse ses propres limites.

Les meilleures saisons

C’était un peu l’avertissement servi par les plus sceptiques à l’issue de la saison 2018-2019 : trop de joueurs ont connu la meilleure saison de leur carrière, ce qui laissait croire qu’une baisse de régime était à prévoir. Tatar, Max Domi, Phillip Danault, Andrew Shaw et Jeff Petry avaient en effet tous établi des sommets personnels au chapitre des points. On pouvait ajouter Gallagher, qui avait établi une marque personnelle avec 33 buts. Qu’en est-il cette saison ? Le tableau ci-dessous montre les joueurs du « noyau » (lire : deux premiers duos, trois premiers trios) en voie d’établir des sommets personnels.

Les explications

Bref, il y a encore un groupe appréciable de joueurs qui connaissent leur meilleure saison. Il importe aussi de noter que les chiffres de Gallagher et de Joel Armia sont sur respectivement 71 et 67 matchs, pour tenir compte des matchs ratés. La hausse de Danault est certes modeste, mais il est aussi en voie d’afficher un différentiel de + 23, comparativement à + 17 l’an dernier. La statistique n’est pas banale quand on tient compte de la qualité de ses adversaires. C’est sans oublier Nick Suzuki, absent du tableau pour des raisons évidentes, mais qui offre un rendement largement supérieur à celui de la recrue du centre de l’an dernier, Jesperi Kotkaniemi.

Le trio de Danault

Le cas du trio de Danault est particulièrement fascinant, car ses succès de l’an dernier semblaient impossibles à reproduire. Or, Tatar, Danault et Gallagher offrent un rendement comparable. Le Canadien quand Tatar, Danault et Gallagher sont sur la patinoire ensemble à 5 contre 5 : 2018-2019 : 40 buts marqués, 20 buts accordés. Le Canadien obtient 60,94 % des tentatives de tir (indice Corsi) ; 2019-2020 : 36 buts marqués, 26 buts accordés. Le Canadien obtient 61,67 % des tentatives de tir. Bref, le jeu se passe bien plus souvent en territoire adversaire. L’écart entre les buts marqués et accordés est moindre, mais les trois complices ont encore 15 matchs pour améliorer les données.

La possession

Les indicateurs de possession de rondelle sont particulièrement fascinants. Rappelons que l’indice Corsi calcule le ratio des tentatives de tir d’une équipe par rapport à ses adversaires quand un joueur est sur la patinoire. L’idée est évidemment d’être au-dessus de 50 %. Cette saison, Gallagher, Tatar et Danault sont, dans l’ordre, 1er, 2e et 3e. Dans TOUTE la LNH. Le Canadien obtient 60,07 % des tentatives de tir quand Gallagher est sur la patinoire, et 60,03 % avec Tatar. Et 58,95 % avec Danault. Aux 12e et 13e rangs de la LNH, on retrouve Petry (57,07 %) et Brett Kulak (56,99 %). Collectivement, le Tricolore vient au 1er rang du circuit, contrôlant 54,43 % des tentatives de tir. Cet indicateur est généralement synonyme de succès, car 9 des 12 meilleures équipes à ce chapitre participeraient aux séries éliminatoires si elles commençaient maintenant. Les seules exceptions sont le Canadien, les Kings de Los Angeles (53,81 %, 4es) et les Hurricanes de la Caroline (54,27 %, 2es), mais ces derniers sont à un point des séries.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Brendan Gallagher

Les sous-performances

S’il y a tant de performances encourageantes, alors pourquoi l’équipe n’est-elle pas dans la course aux séries ? Puisque l’on parle de ceux qui ont connu leur meilleure saison, il importe de mentionner ceux qui sont loin du compte. Ça commence par Domi, en voie d’amasser 54 points. Rappelons qu’il en avait empilé 72 l’an dernier. Jonathan Drouin et Paul Byron arriveront eux aussi loin de leur production habituelle, mais ont raté la moitié de la saison (et l’absence de Drouin se prolonge).

Devant le filet

Là aussi, il y a eu baisse de régime. Un autre mauvais début de saison a plombé les statistiques de Carey Price. Son efficacité de ,910 est inférieure à celle de l’an passé (,918), et sa moyenne de buts accordés s’est aussi empirée (2,76 cette saison, 2,49 l’an dernier). Le rendement des autres gardiens derrière Price est toutefois encore plus troublant. L’an dernier, Niemi et Charlie Lindgren avaient obtenu 18 départs en tout ; ils avaient réussi à en gagner la moitié (9), malgré un atroce taux d’efficacité de ,888. Ça ne pouvait pas être pire cette saison, croyions-nous. Eh bien, Lindgren et Cayden Primeau présentent aussi une efficacité combinée de ,888. Mais ils n’ont remporté que 4 de leurs 12 départs. Quand une équipe est à sept points des séries, ce genre de statistique pèse lourd.