La nouvelle était ce qu’il y a de plus banal. Dimanche matin, les Blue Jackets de Columbus ont annoncé avoir octroyé une prolongation de contrat de deux ans à l’attaquant Nathan Gerbe. À 32 ans, Gerbe est un de ces joueurs qui vivote entre la LNH et la Ligue américaine. D’ailleurs, son contrat est à deux volets.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Mais Gerbe n’est pas n’importe quel joueur. À 5 pi 4, il est le plus petit patineur de l’histoire de la Ligue nationale.

Qu’il soit parvenu à s’établir une première fois dans le circuit est déjà un exploit en soi. Qu’il y soit parvenu de nouveau cette saison dépasse l’entendement. En connaissez-vous beaucoup, des joueurs qui partent jouer en Europe à 29 ans, qui y passent deux ans, et qui reviennent dans la grande ligue ?

« Je suis très reconnaissant d’être ici. Il y a toujours un risque de ramener un joueur d’Europe, car tu ne sais jamais ce qui peut se passer. Parfois, tu te bases sur la réputation, et c’est tout ce que tu peux faire », a rappelé Gerbe, rencontré avant le duel entre le Canadien et les Blue Jackets, dimanche midi.

Un détour par la Suisse

Gerbe a connu une carrière fort brillante dans les circonstances. De nombreux recruteurs ont douté de ses capacités en raison de sa taille, si bien qu’il a été repêché au 142e rang en 2005.

Après un passage fort remarqué à Boston College, l’Américain s’est frayé un chemin jusqu’à la LNH, où il s’est accroché pendant six saisons complètes. Ça a duré jusqu’au terme de la campagne 2015-2016, quand il s’est exilé à Genève. Avec 394 matchs au compteur dans la LNH, il en avait déjà accompli beaucoup pour un choix de 5e tour…

Mais après deux saisons en Suisse, il avait la chance de revenir en Amérique du Nord. De prime abord, il savait qu’il revenait principalement pour jouer dans la Ligue américaine et y agir comme bon vétéran. Et ça lui convenait parfaitement.

« Le but est toujours de jouer dans la LNH, évidemment. Mais de mon côté, je ne pense pas qu’en Suisse, les gars respirent le hockey comme moi et ça me manquait. Je m’ennuyais de la camaraderie, du professionnalisme du DG jusqu’aux entraîneurs. Je carbure à ça, peut-être un peu trop pour la ligue là-bas. Je suis peut-être trop intense ! Mais ici, je me sens chez moi, je suis avec des gars qui y mettent autant de sérieux que moi, qui veulent s’améliorer comme moi.

J’étais apprécié là-bas, je me suis amusé. La différence, c’est que là-bas, ils jouent au hockey. Moi, je vis le hockey. J’aime venir à l’aréna, parler, récupérer. Le hockey, c’est ma vie. »

À voir l’enthousiasme avec lequel il s’exprime, on n’a aucun doute quant à sa sincérité. Sur la glace aussi, cet enthousiasme saute aux yeux. « Contre Boston l’autre fois, c’était drôle de le voir contre [Zdeno] Chara, Nathan lui arrive dans les côtes !, rigole Pierre-Luc Dubois. Mais il ne change pas, il ne laissait pas Chara y aller en premier, il fonçait. C’est le fun de voir ça. »

Une influence

Un autre exemple de son ardeur au travail : ce but qu’il a marqué pendant un match préparatoire l’automne dernier.

On ressort cette séquence parce que cette semaine-là, La Presse était de passage à l’Université du Wisconsin pour un reportage sur l’espoir du CH Cole Caufield. On en avait profité pour rencontrer Sean Dhooghe, un attaquant de 5 pi 3 qui espère à son tour devenir le plus petit patineur de l’histoire de la LNH. Dhooghe avait confié que Gerbe était son idole.

Curieux hasard, il y a deux jours, Dhooghe a envoyé un message privé à Gerbe sur Twitter.

« Honnêtement, je ne le connaissais pas avant qu’il m’écrive. J’ai vu qu’il mesure 5 pi 3. C’est assez cool ! Je lui ai dit de continuer. Il a réussi à faire partie de l’équipe de l’Université du Wisconsin, c’est déjà un exploit considérable. Je lui ai dit de continuer à croire en ses moyens, de continuer à faire tomber les barrières. »

Gerbe est évidemment touché par de tels messages, mais à ses yeux, il ne fait que donner au suivant, puisqu’il a lui aussi déjà été jeune…

« Des gens avant moi ont montré le chemin. Theoren Fleury, je le regardais jouer. J’ai suivi la carrière de Martin St-Louis, Brian Gionta aussi. J’ai pu m’entraîner avec Martin au Connecticut. C’était formidable de le côtoyer et d’apprendre de lui. Si je peux aider qui que ce soit à avancer, ça va me faire plaisir.

Je tire une fierté de ce que je fais, et une de ces choses est d’aider les autres. Je n’ai jamais joué pour mon propre intérêt. J’aime être avec les gars et j’aime le hockey. Ma femme me dit toujours, quand je suis trop fatigué pour aller quelque part : ce n’est pas à propos de toi. Je garde toujours ça en tête. Le hockey, ce n’est pas à propos de moi. C’est l’équipe. »