Le Canadien traverse une crise. Une autre. Mais celle-ci est plus importante. L’espoir s’est dissipé. Les partisans sont découragés. Depuis 48 heures, ma boîte de courriels déborde de vos suggestions de transaction.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

– Carey Price contre un choix de 1er tour

– Shea Weber contre un choix de 1er tour

– Tomas Tatar contre un choix de 1er tour

– Jeff Petry contre un choix de 1er tour

– Karl Alzner contre un choix de 1er tour

(OK, pas Karl Alzner.)

Tout ça — vous l’aurez deviné — pour augmenter les chances du Canadien de repêcher Alexis Lafrenière. Je comprends l’intention. Cette stratégie fonctionne peut-être dans votre pool avec vos neveux de 11 ans.

Mais pas dans la LNH.

Depuis 10 ans, seulement quatre choix parmi les dix premiers ont fait l’objet de transactions dans les six mois précédant un repêchage. Aucun plus élevé que le 7e des Coyotes de l’Arizona en 2017.

Alors non, le Canadien n’obtiendra pas Alexis Lafrenière de cette façon.

Comme l’a expliqué André Tourigny, entraîneur adjoint de l’équipe canadienne junior, dans notre balado Sortie de zone : « Quand même bien je te dirais : je vais te donner cinq premiers choix et mes deux meilleurs espoirs. Tu vas accepter ça ? Non. Comment tu vas faire pour aller trouver un autre Jack Eichel après ? Tu as beau m’en donner dix, des choix de première ronde, c’est ma chance d’avoir un joueur d’impact. Il n’y a pas de prix pour ces gars-là. »

Ça a le mérite d’être clair.

D’autres partisans du Canadien souhaitent que l’équipe procède à une reconstruction totale. Ici aussi, je mets des bémols. C’est plus facile dans les autres sports qu’au hockey.

Au basketball, il suffit de « couler » pendant deux ans pour obtenir deux partants de qualité, puis d’embaucher un joueur autonome de premier plan pour avoir une équipe compétitive. Au baseball, une franchise peut échanger tous ses vétérans une même saison sans contrainte. C’est ainsi que la masse des Astros de Houston est passée de 60 millions en 2012 à 22 millions en 2013, avant d’atteindre 147 millions cet été.

Dans la LNH, c’est impossible.

La ligue impose un plancher de 60,2 millions. Aussi, ça prend plus que trois athlètes pour avoir une formation gagnante. Pour une raison bien simple : les meilleurs patineurs ne jouent qu’entre 20 et 25 minutes par partie. Il faut donc une dizaine de bons joueurs. C’est pourquoi les reconstructions des Oilers d’Edmonton, des Sabres de Buffalo, des Red Wings de Detroit ou des Rangers de New York prennent du temps. Souvent entre cinq et huit ans.

C’est ce qui attend le Canadien si l’organisation prend ce chemin.

Dans ce scénario qui paraît de plus en plus probable, qui resterait ? Qui partirait ?

Petit exercice de futurologie.

Brendan Gallagher (27 ans)

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Brendan Gallagher

Le cœur de l’équipe. Sauf que dans 18 mois, Brendan Gallagher sera joueur autonome sans compensation. Et si j’étais son agent, je lui recommanderais assurément de quitter une équipe en reconstruction. D’autant que les clubs de l’Ouest canadien — d’où il vient — sont sur la pente ascendante et cherchent des ailiers droits.

Avec les Oilers, Gallagher se retrouverait assurément à la droite de Connor MacDavid ou de Leon Draisaitl pour plusieurs saisons. Avec les Flames de Calgary, il y a de la place à droite de Sean Monahan ou d’Elias Lindholm. Avec les Canucks de Vancouver, il compléterait un top 6 déjà très talentueux.

Si Gallagher ne souhaite pas négocier son prochain contrat dans les prochaines semaines, le Canadien devra envisager une transaction contre un espoir de premier plan.

Tomas Tatar (29 ans)

Lui aussi profitera de l’autonomie complète dans 18 mois. Jamais sa valeur n’a été si élevée. Il produit à un rythme de 0,84 point par match – de loin sa meilleure saison en carrière. Il fait partie des 50 meilleurs marqueurs de la ligue. Ses statistiques cette année sont supérieures à celles d’autres ailiers gauches échangés depuis deux ans contre des choix et des espoirs intéressants.

Tomas Tatar, 29 ans, 16-21-37, - 5
Taylor Hall, 28 ans, 9-24-33, — 14
Evander Kane, 28 ans, 18-14-32, - 3
Mike Hoffman, 30 ans, 15-17-32, — 3

Pariez sur Marc Bergevin pour tester le marché d’ici la date limite des transactions.

Phillip Danault (26 ans)

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Phillip Danault

Comme ses deux compagnons de trio, Phillip Danault deviendra joueur autonome sans compensation après la saison prochaine. Sa prolongation de contrat doit être une priorité pour le Canadien. Il est le meilleur attaquant défensif de l’organisation. Son jeu offensif s’est aussi amélioré. Parmi tous ceux qui ont joué au centre cette saison (au moins 100 mises en jeu), il est le plus productif à forces égales.

Points à forces égales
Phillip Danault : 26
Max Domi : 22
Nick Suzuki : 18
Nate Thompson : 8
Jesperi Kotkaniemi : 5
Jordan Weal : 4

Incontestablement un joueur à conserver.

Joel Armia (26 ans)

Sa situation ressemble à celle de Tomas Tatar. Lui aussi sera libre comme l’air dans 18 mois. Lui aussi connaît la meilleure saison de sa carrière. Sauf qu’il a trois ans de moins. Il est physiquement imposant. Et il aime tirer au but.

Tirs par 60 minutes jouées à forces égales
B
rendan Gallagher : 14,8
Joel Armia : 11,6
Max Domi : 8,6
Tomas Tatar : 8,4
Artturi Lehkonen : 8,1

C’est un gros atout au sein d’une organisation qui mise surtout sur de jeunes fabricants de jeu (Drouin, Kotkaniemi, Suzuki). À garder.

Jonathan Drouin (24 ans)

L’attaquant le plus talentueux du Canadien. Un joueur très créatif, que je vois aux côtés de Cole Caufield à long terme. De plus, après 300 matchs dans la LNH, il montre encore des signes de progression. Il a le potentiel d’être le meilleur joueur de l’équipe dans cinq ans.

Max Domi (24 ans)

Difficile à déchiffrer. Est-il un marqueur de 50, 60 ou 70 points ? Peut-il encore progresser, comme Jonathan Drouin le fait cette saison ? Dans le doute, il vaut mieux être patient. D’autant qu’il est un leader au sein du groupe de joueurs dans la mi-vingtaine.

Artturi Lehkonen (24 ans)

Un attaquant que les 30 autres équipes de la LNH aimeraient acquérir. Ce qui signifie qu’il rend aussi de précieux services au Canadien. Comme il n’a que 24 ans, il sera encore utile lorsque l’équipe atteindra son apogée, dans cinq ans. À moins d’une offre impossible à refuser, je m’attends à ce qu’il reste à Montréal. Surtout que Marc Bergevin l’a identifié au début de la saison comme l’un des leaders du club.

Jeff Petry (32 ans)

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Jeff Petry

Un choix déchirant. D’une part, aucun espoir n’est prêt à prendre sa place du côté droit de la défense. De l’autre, il sera joueur autonome sans compensation dans 18 mois. Il pourrait exiger un contrat à long terme — et je doute que le Canadien le lui offre. Il ne reste que 12 défenseurs de 35 ans et plus dans la LNH, et seulement 6 jouent plus de 20 minutes par match. Marc Bergevin n’a pas le choix d’écouter les offres. À noter : Petry possède une clause de non-mouvement.

Shea Weber (34 ans)

Impossible que Petry et lui partent en même temps. Le Canadien n’a personne pour les remplacer. Weber est un leader positif. Une figure rassurante auprès des jeunes de l’organisation. Sa seule présence dans l’alignement fait grandir les autres joueurs de quelques pouces. Aussi, plusieurs clubs élites n’ont pas l’espace sous le plafond salarial pour accepter son contrat. Tant que Marc Bergevin sera directeur général, Weber restera à Montréal.

Carey Price (32 ans)

Le cas polarisant. Un joueur de concession qui ne comble pas les attentes dans un marché où les gardiens sont généralement échangés contre trois fois rien.

Gardiens partants échangés depuis 2015
Jonathan Bernier c. un choix conditionnel (non réclamé)
Phillip Grubauer (et Brooks Orpik) c. un choix de 2e tour
Darcy Kuemper c. Scott Wedgewood et Tobias Rieder
Ben Bishop et un choix de 5e tour c. Peter Budaj, Erik Cernak et un choix de 7e tour
Scott Darling c. un choix de 3e tour
Brian Elliott c. des choix de 2e et 3e tour
Frederik Andersen c. des choix de 1er et 2e tour

Prenons le meilleur scénario. Celui de Frederik Andersen. Au moment de la transaction, le Danois avait 26 ans et cherchait un contrat de 5 millions par saison. Sa moyenne : 2,30. Son pourcentage d’efficacité : 91,9 %.

Price a 32 ans. Sa moyenne ? 3,01. Son efficacité ? 90,2 %. Et il gagne 10,5 millions par année. Pour encore six saisons et demie.

Vous comprendrez que ce n’est peut-être pas le meilleur moment pour l’échanger. Mais en 2021, la LNH accueillera un club d’expansion à Seattle. Une franchise qui pourrait être à la recherche d’un joueur de concession comme Price, qui vient de la Colombie-Britannique voisine. Un club qui aura le privilège de construire sa masse salariale à partir de zéro. Donc qui n’aura aucune difficulté à absorber les cinq dernières années de son contrat.

Sauf qu’il y a un os : Carey Price possède une clause de non-mouvement. Et ce n’est franchement pas évident qu’il la laissera tomber pour joindre une équipe d’expansion…