C’est le genre d’information qui, prise hors contexte, ferait le bonheur des sites qui cherchent les clics faciles. « Une recrue prend congé pendant qu’une légende trime dur ! » Mettez un mot ou deux en majuscules pour ajouter à l’indignation, et le tour est joué.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

La recrue en congé, c’était Nick Suzuki, qui n’était pas au nombre des 11 joueurs du Canadien qui ont participé à l’entraînement optionnel de dimanche.

La « légende » qui trimait dur, c’était Ilya Kovalchuk, qui était l’un desdits 11 joueurs du Tricolore sur la patinoire. Bon… Le terme « vétéran » serait peut-être plus approprié, mais on vous rappelle que l’idée de la mise en situation est d’attirer les clics.

Le contexte, maintenant… Suzuki avait droit à un congé au lendemain d’un match au cours duquel il a passé 21 min 52 s sur la patinoire. Pour la quatrième rencontre de suite, il a établi un sommet personnel de temps d’utilisation, après 20 min 43 s jeudi, 20 min 26 s mardi et 19 min 48 s le 29 décembre.

Kovalchuk, lui, s’activait parce qu’il a été embauché vendredi par le Canadien, souhaite aider l’équipe le plus rapidement possible – dès lundi soir contre les Jets de Winnipeg, idéalement – et tente de rattraper le temps perdu puisqu’il n’a pas joué depuis le 9 novembre.

Au-delà de ces situations particulières, le contexte est surtout celui d’une équipe éprouvée par les blessures, qui doit donc en demander beaucoup à ses recrues, tout en misant – à faible risque – sur un vétéran en fin de carrière pour revenir dans la course aux séries éliminatoires. Une équipe qui doit conjuguer le présent et l’avenir.

Bienvenue dans le drôle d’univers du Canadien de Montréal du début de 2020.

Vivre avec les erreurs

Mine de rien, l’entraîneur-chef Claude Julien a employé quatre recrues lors des trois derniers matchs, en plus de Jesperi Kotkaniemi, qui n’a que 19 ans et qui aurait été admissible à jouer au Championnat du monde junior qui vient de se conclure. Si on exclut Lukas Vejdemo, un joueur de quatrième trio, les autres ont tous des responsabilités importantes.

– Ryan Poehling était en uniforme pour le 11e match de suite, et a passé 14 minutes sur la patinoire, dont 3 minutes en avantage numérique et 1 minute en désavantage. L’attaquant est loin d’être parfait, mais il paraît nettement plus à l’aise que lors de son premier rappel cette saison, quand il avait disputé quatre matchs très discrets. « La première fois, j’avais peur de faire des jeux, peur de commettre des erreurs. Mais c’est fini, je ne me sens plus comme ça. Je joue plutôt à ma façon, je m’amuse », a rappelé Poehling.

– Kotkaniemi jouait samedi un cinquième match de suite depuis qu’il s’est remis d’une commotion cérébrale. Chaque fois, le centre a disputé entre 13 et 15 minutes.

– Cale Fleury a participé aux 17 matchs du Canadien depuis que Julien lui a fait sauter un tour le 28 novembre. Son utilisation a chuté à 12 minutes samedi, mais les nombreuses pénalités de part et d’autre l’ont privé de quelques occasions.

– Suzuki a disputé tous les matchs de son équipe cette saison. Son importance est rendue telle que Julien l’emploie à toutes les sauces.

Pour une équipe dont l’objectif publiquement déclaré est de participer aux séries, ce n’est évidemment pas le scénario idéal. Intégrer deux recrues est une chose ; intégrer cinq jeunes – on pourrait même ajouter Victor Mete, 21 ans – en est une autre.

La situation est telle que les patineurs recrues du Canadien sont en voie de totaliser 214 matchs cette saison. Il s’agirait du plus haut total de l’équipe en une saison sous Marc Bergevin. On le rappelle, ce chiffre exclut le très jeune Kotkaniemi.

Matchs disputés par des patineurs recrues du Canadien
2019-2020 : 110 (projection de 214 pour la saison complète)
2018-2019 : 101
2017-2018 : 192
2016-2017 : 163
2015-2016 : 184
2014-2015 : 133
2013-2014 : 109
2013 : 119 (saison écourtée de 48 matchs. Projection de 2013 pour une saison de 82 matchs)

« Ce n’est pas facile, mais on compose avec ce qu’on a, a souligné Julien. Il faut parfois vivre avec les erreurs et croiser les doigts pour que ces erreurs ne coûtent pas un but ou un match. C’est le risque et la récompense de développer des jeunes au niveau de la LNH. C’est là qu’on en est aujourd’hui. T’intègres des joueurs qui arrivent du junior, sans expérience de la Ligue américaine. »

À la défense de Suzuki

Vivre avec les erreurs, c’est ce que Julien fait ces dernières semaines, en l’absence de Jonathan Drouin, Joel Armia et Brendan Gallagher. Suzuki, par exemple, est maintenant un incontournable en prolongation, mais ça vient avec des erreurs d’inexpérience, comme on l’a vu sur le but gagnant de Brandon Tanev samedi.


PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Nick Suzuki a disputé tous les matchs du Canadien cette saison.

Sur la séquence, Suzuki rentre au banc même si les Penguins contrôlent la rondelle, ouvrant la porte à un surnombre. À sa défense, Max Domi aurait pu intervenir avec un repli plus énergique.

« Tout le monde fait des erreurs, a rappelé Julien. Nick était à la fin d’une longue présence. Il pensait s’en sortir. Ben Chiarot s’en était sorti la première fois. Et on aurait pu se replier plus fort pour aider sur ce jeu-là.

« C’est une erreur, mais il fait tellement de bonnes choses, a poursuivi l’entraîneur-chef. Plus tu joues, plus tu as de chances de faire des erreurs. Mais ce n’était pas le genre d’erreur qu’il fait, et je peux te garantir que ça n’arrivera pas encore, parce que c’est un gars très intelligent. »

Les blessés du CH recouvrent peu à peu la santé. Kovalchuk finira par être prêt à jouer. Autant d’indices que les recrues n’occuperont peut-être pas toujours autant de place. Vejdemo est le plus vulnérable. Qui sait si un autre séjour à Laval attend Poehling ? Les choses changent vite à cet âge.

Mais Suzuki et Fleury, selon toute vraisemblance, continueront à apprendre au plus haut niveau. L’expérience les sert plutôt bien jusqu’ici.

En bref

PHOTO ERIC BOLTE, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Brendan Gallagher (11)

Gallagher progresse

Brendan Gallagher a recommencé à patiner. L’attaquant, victime d’une commotion cérébrale le 31 décembre dernier en Caroline, était sur la patinoire dimanche matin, en compagnie d’un thérapeute, avant la séance d’entraînement officielle de son équipe. Il portait ce qui semblait être une visière teintée. Gallagher est toujours sur la liste des blessés. Il y a été placé après la rencontre du 31. Il pourrait donc revenir au jeu mardi, soit une semaine après sa blessure. Mais l’entraîneur-chef Claude Julien a refusé de donner quelque échéancier que ce soit. Les attaquants Jonathan Drouin et Joel Armia, tous deux blessés à un poignet, ont également patiné sur l’autre moitié de la patinoire. La date de leur retour au jeu demeure inconnue, mais Julien a déjà laissé entendre qu’il ne les attendait pas avant la semaine de relâche du Canadien, qui commence le 19 janvier.

Kovalchuk fait un heureux

Ilya Kovalchuk a participé à un premier entraînement avec ses nouveaux coéquipiers. Il l’a fait en portant son numéro 17, auquel il tient pour rendre hommage au légendaire Valeri Kharlamov. Brett Kulak le lui a donc cédé, et portera désormais le 77. Kovalchuk a récompensé son nouveau coéquipier pour sa générosité. « Je confirme que c’était une très, très belle montre Rolex ! Je vais la garder toute ma vie, c’est un beau souvenir », a lancé Kulak. Kovalchuk espère jouer dès lundi, lors de la visite des Jets de Winnipeg, mais Julien n’a pas voulu s’avancer. L’entraîneur-chef a toutefois assuré que le fait qu’il ait participé à un entraînement optionnel ne serait pas retenu contre lui. « Il n’a pas joué depuis novembre, même s’il s’est entraîné. Il faudra surveiller ses performances, parce qu’au bout du compte, même si tu as beaucoup patiné, c’est différent d’être en forme pour jouer des matchs », a rappelé Julien.

Folin au ballottage

Le Canadien a soumis le défenseur Christian Folin au ballottage. Le Suédois n’a disputé que cinq matchs cette saison, et n’a pas été employé depuis le 19 octobre. Le Tricolore l’avait cédé à Laval en novembre pour qu’il y dispute sept matchs « aux fins de conditionnement ». Par contre, l’équipe ne peut pas utiliser ce prétexte à volonté… Les 30 autres équipes ont jusqu’à lundi midi pour le réclamer. S’il est ignoré, le Canadien pourra alors le céder dans la Ligue américaine. Le Canadien avait acquis Folin des Flyers de Philadelphie en février dernier, en compagnie de Dale Weise, contre Byron Froese et David Schlemko.