Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Artturi Lehkonen est un homme de peu de mots. De très, très peu de mots, même. À tel point que son silence est parfois plus éloquent que ses paroles.

Questionné par un collègue qui lui demandait s’il avait davantage en tête les deux buts qu’il avait marqués ou les deux qu’il avait plus tard ratés, le Finlandais a laissé passer un long silence. Puis, du bout des lèvres, il a chuchoté sa réponse : « Ceux que j’ai ratés. »

« Ça fait toujours du bien de marquer des buts, mais ce n’est pas ce que j’ai en tête quand on perd », a-t-il précisé.

Mine de rien, Lehkonen a peut-être résumé du même coup la saison du Canadien. Plein de points positifs, mais encore davantage de négatifs, qui font en sorte que les résultats ne suivent pas. La défaite de 3-2 subie en prolongation aux mains des Penguins de Pittsburgh samedi rentre dans la deuxième catégorie.

Même s’il avait la mine basse, Lehkonen n’a pas grand-chose à se reprocher. Oui, il aurait aimé compléter son tour du chapeau en troisième période lorsque Nate Thompson l’a envoyé en échappée en infériorité numérique, et une fois encore en prolongation lorsqu’il a tiré la rondelle sur l’extérieur du poteau à la droite de Matt Murray. Mais son but en première période, inscrit après un échange magique avec Nick Suzuki et Max Domi, et son autre en deuxième après un effort individuel colossal, ont fait de lui l’un des rares héros de la soirée.

Après la rencontre, Claude Julien a estimé que son équipe avait « assez bien joué » et qu’elle s’était donné une « chance de gagner ». C’est vrai. Mais ce qui a été encore plus flagrant, c’est la prise de décision déficiente du même groupe, également soulignée par l’entraîneur-chef.

Un premier exemple a abouti sur le premier but des Penguins. Quelques secondes à peine après que le Canadien eut ouvert la marque, Victor Mete est rentré au banc des siens alors que la rondelle se trouvait toujours en zone neutre et en possession des Penguins. Comme Jeff Petry n’a que deux mains, il s’est concentré sur le porteur du disque Teddy Blueger, mais Zach Aston-Reese s’est retrouvé avec l’enclave juste pour lui. Ben Chiarot, qui venait de sauter sur la glace, n’a eu aucune chance de le rejoindre et de l’empêcher de marquer.

Un autre exemple, plus cruel encore : le but en prolongation. Un autre changement hasardeux, celui-là de Nick Suzuki, a laissé le même Blueger et Brandon Tanev s’avancer à deux contre un vers le filet du Canadien. En fait, ç’aurait été à deux contre deux si Max Domi avait daigné amorcer un repli. Le numéro 13 s’est réveillé lorsque Blueger a tiré sur Price, mais quand il a tenté de contrer Tanev sur le retour, le mal était fait.

« J’avais mon bâton sur le sien, je devais gagner cette bataille », a convenu Domi après coup. « Il y a plein de détails qui montrent où on devrait être meilleurs. C’en est un exemple. »

« Évidemment qu’on n’est pas contents du résultat, a-t-il ajouté. On doit trouver des moyens d’y arriver [à gagner]. Si on peut se sortir de cette mauvaise passe, ça va aller. »

Cette « mauvaise passe », c’est en effet une cinquième défaite d’affilée. Au moins, celle-là a donné un point au classement. Mais comme l’a encore souligné Julien, cette équipe « ne peut plus se permettre de ne pas être à point mentalement ».

« Ç’a été notre plus grand défi ce soir », a-t-il fait remarquer. À fort juste titre.

Price solide

De l’avis général, s’il y en a un qui ne peut pas être blâmé dans cette défaite, c’est bien Carey Price. Le gardien du Canadien était mûr pour offrir une performance solide après ses récentes défaites contre le Lightning (deux fois) et les Panthers. Et c’est ce qu’il a fait.

Un bond difficile à gérer a eu raison de lui sur le but égalisateur, et il a été dérangé dans son déplacement sur le but gagnant. Mais on a surtout arrêté de compter les moments où il a sorti ses coéquipiers du pétrin.

On aurait bien aimé entendre ce qu’il avait à dire sur ce match, mais il n’a pas daigné se présenter devant les représentants des médias.

Phillip Danault a tout de même résumé la situation en affirmant que « Price a été solide, il nous a donné toutes les chances de gagner ».

S’il reste bien un mince espoir de sauver ce qui reste de cette saison, c’est celui de voir le gardien du Canadien répéter les performances comme celle de samedi.

Or, en plus de cela, il faudra compter sur un réveil du premier trio, qui s’ennuie cruellement de Brendan Gallagher. Sur un autre effort offensif d’Artturi Lehkonen qui, mine de rien, aspire soudain à une récolte de 20 buts. Ou encore sur un hypothétique sauvetage orchestré par Ilya Kovalchuk.

Les blessures continueront de causer des soucis. Mais l’excuse a ses limites, surtout lorsqu’on regarde le dernier adversaire du Tricolore.

Ce sont en effet des Penguins très amochés qui se sont présentés au Centre Bell. Et ce sont quand même eux qui en sont repartis avec deux points.

Ils ont dit

Je pense qu’il y a eu contact

Max Domi

Quand Lehkonen joue comme ça, c’est un joueur très dangereux. Il est extrêmement efficace, c’est bien qu’il soit récompensé pour ses efforts.

Max Domi

Ça s’est passé tellement vite, je croyais que j’avais une petite ouverture, la rondelle s’est retrouvée sous le gardien, mais elle n’est pas entrée.

Artturi Lehkonen, sur sa chance ratée en échappée

Je n’ai aucun commentaire. Ce n’est pas nous qui prenons la décision. Ça se passe entre les arbitres et Toronto. C’est tout ce que je peux dire.

Claude Julien, sur le but en prolongation

Je pense qu’il y a eu contact. Mais ce sont eux qui décident. Je ne connais pas toutes les règles. Mais de ce que j’ai vu, il a nui au gardien. On aurait aimé que ce soit plus clair, ou qu’on en ait un en notre faveur. C’est frustrant.

Phillip Danault, sur le but en prolongation

Leurs gros noms jouent bien. Ils n’ont pas gagné trois Coupes Stanley pour rien. Leur noyau est encore là et tu vois les vétérans qu’ils ont.

Phillip Danault, sur les Penguins malgré leurs blessés

J’ai fait quelques erreurs que j’aimerais revoir, mais j’ai joué assez bien. C’est le fun avec les attaquants qui jouent comme ça. On a beaucoup de talent ici. […] Quand tu entends le poteau, ce n’est pas le fun.

Marco Scandella

Dans le détail

Un duo robuste

Il y a longtemps qu’on n’avait pas vu deux duos de défenseurs aussi robustes chez le Canadien. Il y avait déjà Ben Chiarot et Shea Weber, mais le tandem formé de la recrue Cale Fleury et du nouveau venu Marco Scandella s’est également imposé physiquement avec six mises en échec. Le duo devra toutefois éviter de chercher le gros plaquage à tout prix. Sur une même séquence, en première période, chacun y a été d’un bon coup d’épaule (Scandella contre Evgeni Malkin, Fleury contre Brandon Tanev) ; dans les deux cas, cela a mené à une occasion de marquer des Penguins. On devine qu’avec le temps, chacun lira mieux les intentions de l’autre. Du reste, on a vu un Scandella plus offensif que ce qu’on nous avait décrit, touchant même le poteau. Pour le moment, sa présence à la place de Brett Kulak n’a pas fait diminuer l’utilisation de Ben Chiarot, qui a passé 26 min 39 s sur la patinoire. Mais on devine aussi que Julien n’allait pas l’employer 22 minutes dès son premier match !

Un bon contrat ?

Ils ont été nombreux, dans les chaumières de la Pennsylvanie, à se gratter la tête, le 1er juillet dernier, quand Jim Rutherford a accordé un contrat de six ans, à 3,5 millions par saison, à Brandon Tanev, un attaquant formé par les Jets dont le sommet personnel en une saison est de 29 points. Avant même d’inscrire le but gagnant, il disputait un match éclatant, provoquant plusieurs erreurs par son échec avant insistant, jouant de façon fort efficace en désavantage numérique. Tanev vient au quatrième rang de la LNH avec 158 mises en échec, et il est en voie de flirter avec les 40 points (19 points en 41 matchs). Sans parler d’un vol, on peut dire que Rutherford a mis la main sur un joueur de 28 ans qui en a encore visiblement beaucoup à donner.

Un courant d’air

« Galchenyuk joue-t-il ce soir ? » a sans doute été la boutade la plus commune, samedi. L’ancien du Canadien amorçait la saison au sein du premier trio des Penguins, si bien que son centre s’appelait Evgeni Malkin. La cohésion tant espérée entre les deux russophones ne s’est toutefois jamais manifestée, et à compter de la deuxième période, c’est plutôt Dominik Kahun qui avait son tour régulier à la gauche de Malkin. Galchenyuk a finalement passé 9 min 22 s sur la patinoire, dont seulement 1 min 33 s en troisième période. Il a obtenu un seul tir, une déviation pendant un avantage numérique. Après 32 matchs, il compte quatre petits buts et dix passes. Son contrat expire à la fin de la saison ; aussi bien dire qu’il sera seulement de passage à Pittsburgh.