Le nom de Melanie Desrochers n’est pas connu du grand public. En fait, à défaut d’avoir été un partisan assidu des défuntes Canadiennes de Montréal, l’amateur de sport moyen n’en a probablement jamais entendu parler.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Mais cela importe peu pour l’Ontarienne de 27 ans. Samedi soir, à la Place Bell de Laval, elle a eu l’occasion de disputer ce qui sera probablement l’un des matchs les plus corsés de sa saison. Un niveau de jeu auquel elle avait accès chaque semaine jusqu’à l’année dernière, mais dont elle doit maintenant se contenter dans des matchs hors concours depuis que la Ligue canadienne de hockey féminin, circuit dont faisaient partie les Canadiennes, a fermé boutique en raison d’une impasse financière.

« À ce point-ci, l’important n’est pas que les gens connaissent mon nom, mais qu’ils sachent qu’il existe un groupe de filles fortes et capables de jouer à un niveau élite », a raconté Desrochers après la rencontre à Laval.

Ce match, premier d’une courte série baptisée le Pro-Challenge, a mis aux prises deux délégations de joueuses représentant Montréal et le Minnesota, qui comptaient dans leurs rangs une quinzaine de membres actuelles des équipes canadienne et américaine ainsi que quelques ex-Olympiennes.

Ces rencontres sont organisées par l’Association des joueuses de hockey professionnelles, la PWHPA. Elles s’inscrivent dans une série d’évènements spéciaux destinés à donner de la visibilité aux joueuses orphelines d’une ligue organisée qui, souhaitent-elles, pourra les traiter comme de véritables athlètes professionnelles. D’aucunes rêvent d’un partenariat solide et durable avec la LNH, mais les discussions piétinent.

L’espoir demeure toutefois bien réel. Mais certaines, comme Melanie Desrochers, tapent du pied.

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Sarah Lefort (à gauche) et Melanie Desrochers

Tant et aussi longtemps qu’on n’a pas de ligue, du talent va se perdre chaque année. Toutes les filles qui ont obtenu leur diplôme l’année dernière dans les universités américaines et canadiennes n’ont plus de place pour continuer leur carrière.

Melanie Desrochers

Aux yeux de Desrochers, les programmes nationaux, dont elle-même n’a jamais fait partie, y perdent aussi au change. Ceux-ci recrutent des joueuses à la fin de l’adolescence, mais faute d’une ligue compétitive hors des circuits universitaires, ils se privent de tout un bassin de joueuses qui pourraient se développer sur le tard. Elle donne l’exemple d’Ann-Sophie Bettez, qui a réintégré le programme canadien l’an dernier à 31 ans.

« Les filles doivent jouer et pouvoir gagner leur vie en le faisant, c’est aussi simple que ça, tranche Desrochers. Elles doivent pouvoir se concentrer seulement à continuer de s’améliorer. C’est la seule manière qui va permettre à notre sport de s’élever. »

Avantage Montréal

Sur la glace, en tout cas, les joueuses n’étaient pas rouillées.

C’est l’équipe de Montréal, composée en quasi-totalité d’ex-Canadiennes, qui a remporté le match, au compte de 4 à 2. Les deux équipes se sont échangé des buts au deuxième vingt, mais c’est un but de la favorite de la foule, Marie-Philip Poulin, qui a changé la donne.

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Marie-Philip Poulin

En troisième période, la Beauceronne a accepté une passe de Jill Saulnier avant de foncer en zone adverse. Son tir des poignets n’a laissé aucune chance à la gardienne américaine Nicole Hensley, dont la vue était partiellement voilée par l’une de ses défenseures. Tracy-Ann Lavigne a complété la marque alors qu’il ne restait que deux minutes à jouer.

« On était super excitées de jouer à Montréal ! », s’est exclamée Poulin, première étoile de la rencontre. « Le jeu était rapide, je pense que ç’a été aussi le fun pour nous que pour nos fans. »

La formation montréalaise a le privilège, contrairement à d’autres au sein de la PWHPA, de compter sur un noyau stable de joueuses qui s’entraînent ensemble chaque semaine sous la direction de Caroline Ouellette, dernière entraîneuse des Canadiennes.

Retrouver un public de plusieurs centaines d’admirateurs venus les encourager revêtait donc un caractère bien spécial.

« C’est comme rentrer à la maison. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu ce sentiment », a confié Hilary Knight, joueuse américaine qui a disputé la dernière saison à Montréal.

Pour Caroline Ouellette, même si le match était sans enjeu, il n’était pas question que ses joueuses se traînent les pieds sur la glace.

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L’entraîneuse Caroline Ouellette

C’est probablement le meilleur calibre qu’elles vont affronter cette saison, avec un tempo élevé et beaucoup d’Olympiennes sur la glace. On voulait les préparer le mieux possible.

Caroline Ouellette

Depuis quelques semaines, l’équipe montréalaise joue presque chaque week-end et affronte notamment des formations masculines de calibre collégial ou junior AA, en plus des évènements spéciaux de la PWHPA. Avec à la clé deux entraînements par semaine, la routine se réinstalle peu à peu.

Ouellette applaudit cette occasion qu’ont les joueuses de continuer à disputer des matchs de haut calibre, mais se navre de l’absence d’un championnat pour lequel se battre.

« Tous les matchs qu’on dispute sont importants, notamment ceux contre les équipes masculines, qui prouvent combien on est crédibles. Mais mon moteur, comme joueuse, ç’a toujours été de savoir que je pouvais gagner une coupe à la fin. Ça me brise le cœur de voir que les filles sont privées de ça », conclut-elle.

« L’essence du sport élite, c’est de compétitionner avec les meilleurs. Ne pas y avoir droit, c’est inacceptable. »

Les équipes de Montréal et du Minnesota s’affronteront de nouveau ce dimanche à 12 h 30 à la Place Bell de Laval.