(Winnipeg) La boutade vient du confrère Marc Dumont, qui a toujours le mot pour rire sur Twitter. « Certaines personnes affirment qu’à ce jour, Laurent Brossoit s’attend encore à ce que Nick Suzuki tire. »

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

La boutade faisait référence à la magnifique passe que Suzuki a servie à Tomas Tatar pour préparer le premier but du Canadien lundi, le but qui allait lancer l’équipe vers une victoire de 6-2 contre les Jets de Winnipeg.

Aucun doute, Brossoit y a cru, si on se fie à la culbute qu’il a effectuée quand il a vu la rondelle traverser de bord en bord la zone offensive pour se retrouver sur le bâton de Tatar.

Et le tireur, lui ? Quand il voyait le torse de Suzuki qui pointait vers le filet, croyait-il qu’une passe s’en venait ?

« Tu ne sais jamais, a rappelé Tatar, auteur de deux buts dans la victoire. J’essaie simplement de me démarquer. Suzuki est très talentueux. On a déjà marqué quelques buts sur ce genre de jeu. C’est un excellent passeur et si cette ligne est ouverte… »

Phillip Danault, lui, était à quelques pieds de Suzuki et fonçait vers le filet quand la recrue s’est exécutée. Il assure toutefois qu’il ne s’attendait pas à un tir. « Non, car je sais comment il est. C’est un excellent passeur, mais un très bon tireur aussi. Il joue du gros hockey », a répondu le Québécois.

Suzuki a ainsi conclu avec panache un voyage plutôt convaincant. Il rentre à Montréal avec quatre points à ses trois derniers matchs. Il en compte 19 en 37 rencontres, un rythme qui lui permettra d’atteindre la quarantaine de points s’il le maintient.

« Il a connu un bon voyage. Il a pris de bonnes décisions avec la rondelle. Il est calme, il crée des chances de marquer. J’ai déjà dit qu’il est intelligent en avantage numérique, mais à 5 contre 5, je voulais en voir plus, et on commence à voir ça. Il a de belles qualités à 5 contre 5, et c’est important dans son évolution », a commenté Claude Julien.

À l’approche de la mi-saison, l’échantillon commence à être intéressant. Ses habiletés et sa lecture du jeu, qui étaient ses forces dans le junior, ressortent maintenant au niveau de la LNH. On dit souvent que le CH manque de talent pur à l’attaque. Dans le groupe actuel, Jonathan Drouin et Max Domi sont essentiellement les seuls autres joueurs à posséder ce talent supérieur. On a toujours su que Suzuki l’avait – il n’a pas été repêché au 13e rang par pure bonté de cœur des Golden Knights de Vegas –, mais qu’il puisse l’exprimer aussi rapidement, c’était peut-être moins attendu.

Avec tout ça, la sortie de Julien à la suite du match du 14 décembre semble bien loin derrière nous. Pas que Suzuki soit devenu, en l’espace de quatre matchs, une vedette. Mais l’entraîneur-chef souhaitait voir jouer Suzuki davantage entre les cercles des mises au jeu. Au nombre de revirements qu’il a créés, il est clair que le jeune homme a haussé son niveau d’implication.

Comme l’an dernier ?

À l’approche de la saison, les observateurs les plus pessimistes se plaisaient à rappeler que le Canadien de l’an dernier avait été dans le coup jusqu’à la fin parce que plusieurs joueurs avaient connu la meilleure saison de leur carrière. La régression attendue de certains de ces joueurs était le plus grand danger qui guettait l’équipe.

Régression, il y a effectivement eu. Max Domi, malgré son excellente tenue lundi, est en voie de rater la marque des 60 points après en avoir amassé 72 l’an dernier. Andrew Shaw – le plus susceptible de retomber sur Terre – a été échangé contre des choix au repêchage. Jordie Benn est parti comme joueur autonome.

Mais d’autres ont pris la relève. Tatar pourrait connaître la première campagne de 30 buts de sa carrière. Danault, Brendan Gallagher et Shea Weber n’ont jamais franchi les 60 points et ils y parviendront si la tendance se maintient. Joel Armia est un joueur transformé – reste à voir si sa blessure subie lundi lui fera rater de l’action. Et non seulement Ben Chiarot connaît-il sa meilleure saison, mais encore il en fait largement plus que Benn, le joueur qu’il remplaçait dans l’organigramme.

Résultat : le CH passera la pause de Noël dans le portrait des séries, malgré une séquence catastrophique en novembre.

L’équipe est encore loin de pouvoir crier victoire. Mais dans les circonstances, et avec une infirmerie fort occupée ce dernier mois, ce groupe cause encore la surprise. Pour une deuxième année de suite, l’équipe est meilleure que la somme de ses éléments.

Dans le détail

Armia blessé

Le Canadien saluait le retour au jeu de Victor Mete, mais il pourrait bien être remplacé à l’infirmerie… Joel Armia a en effet quitté le match en deuxième période. L’équipe a annoncé une blessure au haut du corps. À sa dernière présence, le Finlandais a semblé en douleur après un contact en apparence anodin avec Nathan Beaulieu. Mais en fin de première période, il a aussi été plaqué durement par-derrière, par le défenseur Luca Sbisa. Quoi qu’il en soit, le Canadien dispute son prochain match dans cinq jours. Claude Julien croisera les doigts pour que ce ne soit rien de grave, car la congestion à l’infirmerie le force à employer des joueurs « par défaut » en avantage numérique. C’est du moins la seule façon qui nous semble rationnelle d’expliquer la présence de Jordan Weal, qui a obtenu un point à ses 18 derniers matchs.

> Voyez le choc entre Beaulieu et Armia

Une défense en lambeaux

Ben Chiarot a connu des hauts et des bas dans le match, mais on devine que les Jets l’accueilleraient à bras ouverts s’ils le pouvaient. C’est que des six principaux défenseurs de l’an passé, il n’y en avait qu’un seul en uniforme lundi : Josh Morrissey. Jacob Trouba a été échangé, Chiarot et Tyler Myers ont profité de leur autonomie pour partir, Dustin Byfuglien est à la maison et Dmitry Kulikov est blessé. Certains jours, comme samedi au Minnesota, ça tient. Mais pas lundi. Nathan Beaulieu a multiplié les bévues devant ses anciens coéquipiers, Neal Pionk ne l’a pas eu facile non plus. « C’est une bataille tous les soirs, a reconnu Paul Maurice lundi matin. Il faut être acharné en défense et compter sur l’apport offensif de nos attaquants. »

Le CH a l’œil

Si vous avez l’impression que Claude Julien a la main heureuse quand il demande une révision, vous n’avez pas la berlue ! En première période, l’entraîneur-chef a contesté le but marqué par Patrik Laine, avançant qu’il y avait hors-jeu. Et il a vu juste. C’était la quatrième fois cette saison que le Tricolore demandait une révision ; les quatre fois, il a eu gain de cause. Montréal a remporté trois de ces quatre matchs. Les responsables de la vidéo, Mario Leblanc et Éric Gravel, sont donc en droit de s’attendre à un joli cadeau de Noël ! Ce succès du Tricolore ne doit toutefois pas nous faire oublier que l’équipe a connu un autre début de match très brouillon, une tendance lourde au cours de ce voyage.

En hausse

Max Domi

On a vu le meilleur et le pire de Domi au cours de ce voyage. Il a gardé ses meilleurs moments pour la fin, tout en limitant les erreurs.

En baisse

Riley Barber

Toujours pas de point après sept matchs, mais en plus, il ne s’est pas imposé physiquement contre les Jets. Il n’a pas sa place à Montréal dans une équipe en santé.

14-8-1

Le Canadien conclut sa tournée dans l’Ouest canadien avec une fiche de 3-1-0. Depuis le lock-out de 2012, la fiche de l’équipe s’établit maintenant à 14-8-1 au cours de ce voyage.