Il y a de ces mythes qui ont la couenne dure. Des perceptions tenaces qui, après vérification des faits, ne tiennent pas la route.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Le voyage du Canadien dans l’Ouest canadien, par exemple, traîne une espèce de réputation misérabiliste. Parlez-en autour de vous, ça donne parfois l’impression que le Tricolore s’en va tout droit à l’abattoir.

On peut comprendre d’où vient cette perception, car Montréal a jadis connu de graves difficultés dans l’Ouest, et y a subi quelques raclées mémorables.

À Vancouver, de 2000 à 2009, le Canadien s’est incliné huit fois de suite, dont une bastonnade de 7-1 au tout début du règne de Jacques Martin, en octobre 2009.

Sous Michel Therrien, l’équipe avait amorcé la saison 2015-2016 avec neuf victoires de suite ; c’est à Vancouver que cette séquence folle a pris fin, sous la forme d’un échec de 5-1.

En février 2009, le Canadien s’est incliné 6-2 à Calgary, une huitième défaite à ses 10 derniers matchs. Le lendemain, Guy Carbonneau a fait un Fred Caillou de lui-même et invité ses hommes à jouer aux quilles ; puis, ils ont été massacrés 7-2 à Edmonton. Un mois plus tard, Carbonneau sera congédié.

Ce n’est pas reposant, ce voyage-là. C’est toujours difficile. Ce sont de grosses équipes.

Phillip Danault après la défaite du Canadien contre les Red Wings de Detroit, samedi soir, au Centre Bell

Remarquez qu’à moins que le Canadien parte un jour en tournée européenne pour y affronter les équipes nationales de la Géorgie, de la Bulgarie et du Luxembourg, on doute qu’il y ait des voyages faciles dans la LNH.

Voyages fructueux

Le Canadien s’envolait dimanche pour Vancouver. Au programme : les Canucks mardi, les Flames à Calgary jeudi, les Oilers à Edmonton samedi et les Jets à Winnipeg lundi.

Or, les dernières expériences nous rappellent que ce voyage a plutôt souri aux Montréalais. En six saisons depuis le lock-out de 2012, l’équipe y présente une fiche de 11-7-1.

2018-2019
Défaite à Edmonton, victoire à Calgary, victoire à Vancouver (2-1-0)
2017-2018
Victoire à Vancouver, victoire à Calgary, défaite à Edmonton (2-1-0)
2016-2017
Victoire à Vancouver, défaite à Calgary, victoire à Edmonton (2-1-0)
2015-2016 Défaite à Vancouver, défaite à Edmonton, victoire à Calgary (1-2-0)
2014-2015
Défaite à Edmonton, victoire à Calgary, défaite en prolongation à Vancouver (1-1-1)
2013-2014
Défaite à Calgary, victoire à Edmonton, victoire à Vancouver, victoire à Winnipeg (3-1-0)

Parlant de mythe, il y a aussi celui de Carey Price contre Edmonton. Il est vrai que ses premières visites dans la capitale albertaine n’ont pas été de francs succès ; il y a perdu ses trois premiers matchs.

Sans doute en partie pour cette raison, Price n’a disputé que deux des six matchs à Edmonton dans la liste ci-dessus. Il en a gagné un et a accordé 5 buts sur 52 tirs. Rien de catastrophique, d’autant plus que dans le premier de ces deux matchs (29 octobre 2015), il s’était blessé pendant l’échauffement et n’était donc pas à 100 % de ses capacités.

Fiche de Carey Price dans l’Ouest canadien depuis 2013
À Vancouver 4-1-1, moyenne de 2,81, efficacité de ,916
À Calgary 3-1-0, moyenne de 1,97, efficacité de ,939
À Edmonton 1-1-0, moyenne de 2,51, efficacité de ,904
À Winnipeg 3-0-0, moyenne de 1,00, efficacité de ,965

Price a par ailleurs de bonnes chances de disputer les quatre matchs du voyage. C’est du moins ce qu’a indiqué l’entraîneur-chef Claude Julien quand il a commenté la décision de renvoyer Cayden Primeau à Laval, samedi.

Ces résultats passés ne garantissent absolument rien ; seulement, ils nous rappellent qu’il faut relativiser les effets de la fatigue associée au déplacement ou au décalage horaire.

Un calendrier favorable… des deux côtés !

Ça n’a pas toujours été le cas, mais le Canadien pourra respirer un peu au cours de ce périple, puisque les matchs seront disputés tous les deux jours. Parmi les six voyages mentionnés précédemment, quatre incluaient une série de deux matchs en 24 heures.

Tomas Tatar est un de ceux qui apprécient ce calendrier. Lorsqu’il jouait avec les Red Wings, il s’était claqué la tournée de l’Ouest canadien à six reprises. Les six fois, le voyage comportait une série de deux matchs en deux soirs.

« C’est la première fois que l’horaire est ainsi fait, a-t-il répondu, oubliant visiblement le voyage de l’an dernier avec le Canadien. Deux matchs en deux soirs, dans la LNH, c’est très dur. On va essayer d’en profiter. »

Par contre, les adversaires du Canadien auront eux aussi un horaire clément. Les Canucks, les Flames et les Jets ont tous congé la veille ET le lendemain du match contre le Tricolore. Les Oilers joueront quant à eux la veille, mais également à domicile, contre les Penguins de Pittsburgh.

Dans les circonstances, les adversaires du Canadien auront beau jeu d’envoyer leur gardien numéro un. À moins qu’ils profitent de matchs contre une équipe de l’Est, qui se cherche quelque peu à l’attaque, pour donner un peu d’action au gardien auxiliaire.

Prochain match : Canadien c. Canucks, mardi (22 h) à Vancouver