« C’est un bon joueur, mais il ne faut pas partir en peur et penser que c’est devenu une vedette. » La phrase, lâchée par Claude Julien au sujet de Nick Suzuki, a jeté un froid sur un point de presse déjà expéditif, après la défaite de 2-1 subie aux mains des pauvres Red Wings de Detroit.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

L’entraîneur-chef du Canadien se confond rarement en compliments à l’égard de ses jeunes joueurs, peut-être à l’exception récente de Cayden Primeau.

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Mais les remarques aussi cinglantes à chaud ne font pas partie de ses habitudes. C’est pourquoi cette observation était aussi inattendue.

Cet avertissement est surprenant pour deux raisons. D’une part, il tranche avec l’analyse que Suzuki a lui-même faite de son jeu : « Je pense que je joue du bon hockey », a-t-il dit dans le vestiaire après la rencontre.

« Je sais que je peux certainement faire mieux, j’essaie d’apprendre chaque jour, j’essaie de devenir meilleur », a-t-il ajouté.

D’autre part, le jugement sévère de Julien est un peu contradictoire avec la performance et l’utilisation de Suzuki samedi soir.

Après deux périodes, il était l’attaquant le plus occupé de son club. Au final, des coéquipiers l’ont dépassé, mais il a essentiellement joué le même nombre de minutes que Max Domi.

PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE

Il a été employé en avantage numérique et en désavantage numérique. Son trio avec Nick Cousins et Jordan Weal a produit une chance de marquer de plus que celui de Domi avec Artturi Lekhonen et Joel Armia.

Tout le monde a retenu son souffle lorsque Suzuki a servi une incroyable passe soulevée à Cousins en deuxième période. Seul devant le gardien Jonathan Bernier, Cousins n’a pas su conclure. Et en troisième, le joueur de centre s’est fait voler un but quasi certain par le même Bernier qui, étendu de tout son long, a sorti la mitaine au dernier moment. « Je suis encore sous le choc de ne pas avoir marqué », a avoué Suzuki.

Malgré tout, Claude Julien a noté que le jeune homme est au nombre des joueurs qu’il aurait aimé voir attaquer le filet avec davantage d’énergie, une critique que tous les attaquants se sont eux-mêmes adressée par ailleurs.

Bref, on peut se demander si Julien tente présentement de modérer les ardeurs de son propre joueur ainsi que les attentes à son endroit. Ou encore s’il lui donne du temps de glace et des responsabilités importantes parce qu’il n’en a pas vraiment le choix.

On ne sait toujours pas quand Jonathan Drouin, Paul Byron et Jesperi Kotkaniemi reviendront au jeu.

Samedi, Max Domi n’a pas été affreux, mais ses décisions douteuses demeurent nombreuses – une passe entre les jambes en sortie de zone, vraiment ? Nate Thompson reste fiable, mais on voit mal comment son entraîneur pourrait lui en donner davantage.

Dans tous les cas, la plus belle chose qui pourrait arriver à Suzuki, c’est de se faire assigner des ailiers plus inspirants. Cousins fait du bon travail en fond de territoire, mais Weal est carrément un boulet. L’ajout d’un Ryan Poehling, par exemple, ne pourrait certainement pas nuire. À la gauche de Thompson, il a connu un fort match contre Detroit.

Mais ne comptez pas sur Julien pour trop vanter son travail.

Question d’un collègue : « Qu’as-tu pensé du travail de Poehling ? »

Réponse : « Il a été bon. » Prochain dossier.

« On aurait dû gagner »

C’est peut-être Tomas Tatar qui a le mieux résumé les choses après le match : « On aurait dû gagner. »

Car c’est une équipe très (très très) faible qui s’est amenée à Montréal. Une équipe qui aligne des vétérans dont la présence dans la LNH n’est sans doute attribuable qu’à leur lourd contrat. Une équipe qui présentait la pire attaque et la pire défense du circuit avant le match. Et qui n’avait remporté que deux rencontres contre des clubs de l’Est – dont une contre le Tricolore en tout début de saison.

Or les Red Wings n’ont eu besoin que de deux « vraies » chances pour se sauver avec la victoire. Une rondelle volée par Dylan Larkin à Shea Weber en fond de territoire puis remise à Tyler Bertuzzi qui a fait 1-0 dans les premières minutes du match. Puis un but opportun en avantage numérique en troisième période.

Les joueurs du Canadien ont passé plus des deux tiers de la soirée avec la rondelle sur leur palette. Ils ont décoché 43 tirs. Mais ça n’a pas suffi.

Tatar, encore : « On a bien joué. On a eu nos chances. On a fait ce qu’on devait faire, mais c’est dur quand on ne marque pas. »

Difficile de le contredire.

« Oui, Jonathan [Bernier] a bien joué, mais on n’était pas assez au filet, a renchéri Phillip Danault. Ils sont mieux sortis que nous, ils avaient plus faim que nous. »

Voyons si le vol vers le Pacifique ouvrira l’appétit des joueurs du CH. Car si les rencontres à Vancouver, Calgary, Edmonton et Winnipeg ne suscitent pas plus d’enthousiasme chez eux, le réveillon pourrait être bien déprimant.

Vejdemo rappelé, Leskinen rétrogradé

Après le match, le Tricolore a annoncé le rappel de l’attaquant Lukas Vejdemo, de même que le renvoi du défenseur Otto Leskinen au Rocket de Laval. L’ajout d’un attaquant était prévisible, car il aurait été risqué de se pousser à cinq heures d’avion avec le minimum de 12 avants en santé (Jesperi Kotkaniemi, blessé y sera aussi). Pour Vejdemo, il s’agit d’un tout premier rappel dans la LNH. Le Suédois, choix de 3e tour du CH en 2015, vient au 2e rang du Rocket cette saison avec 16 points en 30 matchs. De son côté, Leskinen n’a joué que 8 min 35 s samedi, et a seulement effectué deux présences en troisième période. Le Canadien compte présentement sept défenseurs en santé, en plus du blessé Victor Mete, qui s’approche d’un retour. Si Mete n’est pas prêt à jouer mardi, Julien pourra toujours faire appel à Mike Reilly comme défenseur gaucher. — Guillaume Lefrançois, La Presse

Dans le détail

Le retour du balancier

La discipline de Brendan Gallagher était une des surprises du début de la saison. Rappelons qu’il a écopé de sa première punition lors du 24e match. Voici toutefois qu’il a été puni quatre fois dans les deux dernières rencontres. Samedi, il a été chassé deux fois pour double-échec, les deux fois en zone offensive. Sa deuxième infraction a particulièrement fait mal au Tricolore, puisqu’elle est survenue avec moins de quatre minutes à écouler en troisième période, avec un retard de deux buts à combler. « Je ne peux pas prendre ces punitions-là. Je ne peux pas. Je suis très frustré, a admis Gallagher. Mais c’est dur de juger ce qui est une pénalité et ce qui n’en est pas une. Je ne dis pas que mon geste n’était pas une pénalité, ce l’était. Mais regardez notre match contre Colorado, à la fin, tout était permis devant le filet. [Hier], je fais la même chose, et je suis puni. D’un soir à l’autre, ça varie. »

Barber robuste

Riley Barber en est un autre qui a franchi la ligne entre la robustesse et l’indiscipline, lui aussi en troisième période, lui aussi en zone offensive. Et les Red Wings ont inscrit leur deuxième filet du match pendant qu’il était au banc des pénalités. Réputé pour son talent offensif dans la Ligue américaine, Barber se démarque davantage par sa robustesse depuis son rappel. Samedi, il a distribué six mises en échec, et on vous confirme que c’était de vraies mises en échec que l’on remarque pendant un match. À 6 pi et 203 lb, il a le gabarit pour le faire. « J’aime apporter cette robustesse. Dans la Ligue américaine, c’est un peu différent. Mais ici, j’essaie d’apporter quelque chose à chaque présence. » Reste maintenant à voir si le rappel de Lukas Vejdemo signifie qu’il se retrouvera dans les gradins à Vancouver mardi.

La bête noire matée

Avant le début de la saison, Jonathan Bernier avait battu le CH une seule fois… en 17 matchs ! Le Québécois ne paraît pas complexé du tout cette saison contre le Tricolore. C’était également lui qui avait signé la victoire le 10 octobre dernier au Centre Bell. Samedi, il a bloqué 42 rondelles, si bien qu’il n’a cédé que 3 fois sur 77 tirs des Montréalais (efficacité de ,961). Bernier a tenu son bout face aux attaques les plus menaçantes, notamment l’échappée de Phillip Danault en première période, ou un joli échange à trois qui s’est conclu par un tir de Nick Cousins. Les hommes de Claude Julien ont aussi bien tenté de le déranger en le frappant – volontairement ou pas – à quelques reprises. Cela dit, le Canadien a aussi aidé Bernier en lui laissant la vue dégagée sur plusieurs tirs.

Ils ont dit

On doit être meilleurs à domicile

Claude Julien

On a pris trois mauvaises pénalités en zone offensive. On n’était pas vraiment à point ce soir. On joue bien sur la route, mais on doit être meilleurs à domicile. Jouer pour ,500, pas acceptable à domicile.

Claude Julien

Je pensais que la rondelle avait touché le poteau et qu’elle était ressortie. Mais ensuite, j’ai vu la reprise à l’écran géant et c’était bel et bien un but.

Tomas Tatar

Il y a eu des hauts et des bas. C’est une longue saison et il reste encore beaucoup de hockey à jouer. On comprend que les équipes autour de nous vont connaître des séquences de victoires. Nous, il faut s’assurer d’éviter de recommencer ce qu’on a fait il y a quelques semaines.

Brendan Gallagher

Avec [Ryan] Poehling, on a travaillé à développer de la cohésion entre nous à Laval. Avec Nate [Thompson] comme centre, ça facilite notre travail, car il connaît bien la ligue et c’est un très bon joueur. Je suis content de jouer avec lui.

Riley Barber

Marquer le premier but est très important, surtout quand ton équipe n’a pas gagné assez de matchs, car la confiance devient très importante. Tu prends l’avance, c’est un match différent, tu n’es pas en mode rattrapage toute la soirée.

Jeff Blashill, entraîneur-chef des Red Wings

EN HAUSSE

Brett Kulak

Très en forme, il a appuyé l’attaque avec 5 tirs au but en plus de 3 tentatives qui n’ont pas atteint la cible. Il s’est encore approché des 20 minutes de jeu.

EN BAISSE

Jordan Weal

Véritable éteignoir offensif pour ses compagnons de trio. À forces égales comme en avantage numérique, il ne génère rien. Le voilà à 14 matchs sans point.

70 %

Le Canadien a complètement dominé sur le plan des tentatives de tir et des chances de marquer à forces égales, atteignant 70 % du total des deux équipes dans les deux cas.