Anthony Duclair s’est fait reprocher toutes sortes de choses depuis le début de sa carrière. Qui son manque de combativité, qui son inconstance, qui ses lacunes défensives.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

« Je ne crois pas qu’il sache jouer », a même dit, il y a 10 mois à peine, son ex-entraîneur John Tortorella.

Il y avait donc quelque chose d’assez surprenant à l’entendre vanter son travail en défense ainsi que celui de son équipe, mercredi matin au Centre Bell, où les Sénateurs affronteront le Canadien en soirée.

À l’évidence, Duclair a trouvé sa place à Ottawa, qui constitue déjà sa cinquième destination à seulement 24 ans.

Avant la présente saison, il avait passé 13 min 12 s sur la glace, en moyenne, depuis ses débuts dans la LNH. Or, cette année, on a ajouté plus de 3 minutes à sa charge de travail. Il est désormais l’un des attaquants des Sénateurs les plus utilisés en supériorité numérique, mais il abat également du boulot à court d’un homme, contribuant au succès des siens dans cette situation – Ottawa présente le 12e désavantage numérique de la ligue.

« [L’entraîneur adjoint] Jack Capuano m’a approché avant le camp d’entraînement. Il m’a dit qu’avec ma vitesse, je pourrais être une force en désavantage numérique. Dans le passé, d’autres coachs m’avaient dit qu’ils voulaient m’essayer, mais ils ne l’avaient jamais fait. J’ai saisi cette opportunité-là », a expliqué Duclair aux médias montréalais.

Pour améliorer cet aspect de son jeu, le Québécois a expliqué avoir reçu l’aide de ses coéquipiers, à commencer par Jean-Gabriel Pageau, qui s’affirme désormais comme un spécialiste en la matière à l’échelle de la LNH.

« Jouer en désavantage numérique, je pense que ça m’a aidé dans mon jeu défensif à 5 contre 5 aussi », a constaté Duclair.

Cette observation a été confirmée textuellement quelques minutes après par son entraîneur D.J. Smith.

« Lorsque vous jouez avec confiance, tous les éléments de votre jeu fonctionnent mieux », a-t-il lancé.

C’est pourtant l’apport offensif de Duclair qui a fait l’objet des premières éloges de Smith.

Car avec 15 buts et 22 points jusqu’ici cette saison, le jeune homme est en voie de connaître sa meilleure saison en carrière. Ses sommets personnels de 20 buts et 44 points, établis en Arizona à sa saison recrue en 2015-2016, sont assurément atteignables.

Même s’il met l’accent sur la maturité qu’il a acquise et le travail qu’il investit chaque été sur le plan personnel, Duclair avoue que la confiance de son entraîneur pèse lourd dans la balance.

D.J. Smith, dont c’est la première saison comme entraîneur-chef dans la LNH, est reconnu pour être proche de ses joueurs – un « players’ coach », comme le veut l’expression anglaise.

« Notre relation est vraiment forte, résume Duclair. J’avais besoin de ça. »

Pageau tout feu tout flamme

Anthony Duclair n’est pas le seul joueur des Sénateurs à présenter des statistiques qui excèdent les attentes.

Jean-Gabriel Pageau (16 buts) et lui (15) figurent en effet aux 11e et 12e rangs des buteurs du circuit, et ce, même s’ils évoluent pour une équipe loin d’être vue comme une puissance offensive.

PHOTO ED MULHOLLAND, USA TODAY SPORTS

Jean-Gabriel Pageau affiche un différentiel de +19 cette saison, ce qui le place au deuxième rang dans la LNH.

À moins d’une blessure, Pageau est en bonne posture pour largement dépasser ses 19 buts de 2015-2016, sa meilleure campagne à ce jour. « Je n’ai pas changé la curve [de mon bâton] ! », a-t-il ricané lorsque invité à expliquer cette faste récolte.

Pas si mal pour un joueur d’abord reconnu pour son jeu défensif. Son travail efficace n’est plus un secret pour personne. En témoigne son différentiel de +19, au deuxième rang dans la LNH.

Tout ceci arrive à point nommé pour Pageau, qui écoule la dernière année d’un contrat qui lui rapporte 3,1 millions de dollars annuellement. Sans surprise, comme les Sénateurs rateront probablement les séries éliminatoires, son nom commence à figurer dans les rumeurs d’échange. Une équipe qui aspire aux grands honneurs pourrait être tentée de payer cher pour ses services. Si, évidemment, les Sénateurs consentaient à le laisser partir.

Bonne chance, toutefois, pour le faire parler d’une telle éventualité.

« En ce moment, ma concentration reste sur l’équipe, a-t-il insisté. Nous avons une jeune équipe, une équipe qui se tient. Nous tombons ensemble, mais nous nous relevons aussi ensemble. C’est mon focus principal. »

En ce sens, Pageau reste fidèle à la franchise qui l’a repêché en quatrième ronde en 2011, qui lui a donné sa chance et qui en a fait une pièce importante de sa reconstruction.

En voilà d’ailleurs un autre dont son entraîneur se fait un plaisir de souligner le travail.

« Dès le départ, il a exercé une bonne influence sur notre groupe. Il se présente pour jouer. […] Il est un véritable professionnel et il accomplit du bon travail », a dit D.J. Smith.

Pageau disputera contre le Canadien le 400e match de sa carrière.

« Ça passe tellement vite, a-t-il remarqué. On dirait que ça s’est déroulé en un claquement de doigts. Je suis heureux de cette réalisation, mais je ne veux pas arrêter à 400. Le hockey, c’est ma passion et je suis en pleine forme. »

Quant aux Sénateurs, il reconnaît que « c’est l’organisation qui [lui] a donné [sa] première chance ».

« Ils ont cru en moi. Ils m’ont permis de jouer mon premier match dans la LNH et ce soir je joue mon 400e match avec eux. Je retire une fierté à porter le gilet des Sénateurs. »